Les thermes de Julien
Les thermes de Julien, par Hubert Robert (1798)
Dijon, Musée des Beaux-Arts
Les ruines des thermes de Julien dans
Le Magasin pittoresque (vol. 2), 1834, p. 305

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome II, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 318-319 :
« Le palais des thermes. Continuant la rue des Mathurins, et descendant celle de la Harpe, vous arrêterez vis-à-vis l’hôtel du bœuf couronné, à une vieille maison qui a pour enseigne la Croix de fer, et timbrée du n° 29 : vous y trouverez au fond de la cour le plus ancien monument de Paris, reste du palais des Thermes, bâti par l'Empereur Julien, vers l’an 357, et habité par ce prince pendant son séjour à Paris. C'est le premier exemple d'habitation extérieure à la Cité. Clovis, Childebert & autres Rois de la première, seconde, et même quelques-uns de la troisième Race, logèrent aussi dans ce palais, qui, du temps de Louis-le-Jeune, était appelé le vieux palais. Ce fut à-peu-près à cette époque qu'il fut abandonné, que partie en fut abattue, l'autre vendue ; et que l’on perça des rues sur le terrain de ses jardins. Il n'en existe plus aujourd'hui qu'une vaste salle dont la voûte fort exhaussée donne une haute idée de la grandeur que devait avoir ce palais, et de la solidité que les Romains mettaient dans leurs constructions. Cette voûte, quoique d'une grande portée, sert de soutien à un jardin pratiqué sur son sommet ; et il ne paraît pas que l'infiltration des eaux y ait produit le moindre dommage. On arrive à ce jardin, ainsi que nous l'avons dit plus haut, par l'appartement du second étage de l'hôtel de Cluny dont il est une dépendance. Cette vaste salle sert aujourd'hui de magasin à un tonnelier. Différents planchers pratiqués empêchent d'en voir le plan rez-terre, et on ne peut plus guère en juger que par celui de la voûte ; mais il est facile de voir, par leur disposition que cette construction est antérieure aux irruptions des Goths. »

Les thermes de Julien sont en réalité les ruines d’un palais romain construit à l’extérieur de la petite cité de Lutèce, à proximité d’une voie romaine vers le sud (l’actuelle rue Saint-Jacques), au pied du mont Locotitius (la montagne sainte-Geneviève). Vers 300 après J.C., le gouverneur romain des Gaules, Constance-Chlore, est à l’origine de la construction de ces bâtiments dans lesquels étaient intégrés, comme partout dans l’empire romain, de magnifiques bains privés, de véritables thermes dont on peut encore admirer le frigidarium, la pièce du bain froid. Un aqueduc alimentait les bains depuis Arcueil. L’empereur Flavius Claudius Julianus (331 ou 332 - 26 juin 363), qui y résida à partir de 357, aimait beaucoup ce lieu, d'où l'appellation "thermes de Julien". Nommé Julien l'Apostat par les Chrétiens qu’il combattit, mais aussi Julien le Philosophe ou Julien II, il y écrivait, loin des tracas du monde. C'est d'ailleurs là qu'on vint le chercher pour le proclamer empereur. Nommé par Constance II, il devint César en Gaule de 355 à 361 et fut proclamé empereur romain de 361 à 363.

Le roi franc Childéric II (roi d'Austrasie de 662 à 673, roi de tous les Francs de 673 à 675, assassiné à vingt ans) installa l'une de ses capitales à Lutèce et résida dans le palais qui avait survécu à la destruction de l’Empire romain d’Occident en 476. Les rois capétiens, quant à eux, ne choisirent pas de s’installer dans le palais, mal défendu contre les attaques des Normands mais installèrent leur palais dans l’île de la Cité. Au XIIIe siècle, l’enceinte de Philippe-Auguste qui protègeait Paris au sud, contribua à détruire un peu plus ce qui restait des vieux bâtiments. Les terrains furent morcelés pour faire place à de nouvelles habitations.

En 1340, le puissant abbé de Cluny, Pierre de Châlus, fit l’acquisition des ruines et du domaine afin d’y construire un hôtel pour en faire sa résidence à Paris, ce qui est réalisé à la fin du XVe siècle, en style gothique flamboyant, par les abbés Jean III de Bourbon et Jacques d’Ambroise qui succédèrent au précédent en 1485. À la suite de ces travaux, le palais romain disparut en partie. Les salles qui restaient conservèrent le nom de palais des Thermes mais elles étaient devenues des dépendances de l’hôtel particulier des abbés de Cluny, ainsi que de certains artisans comme le signale le texte de Thiéry. Au XVIe siècle, l’hôtel devient aussi résidence royale et François Ier y organise le mariage de sa fille en 1537 avec le roi d’Écosse.

À la Révolution, l’hôtel de Cluny est vendu comme bien national. Un jardin recouvre les salles romaines et les racines des arbres commencent à détruire les voûtes. Le roi Louis XVIII sauve le vieux bâtiment, ordonnant la démolition des maisons et l’enlèvement de la terre qui recouvrait les ruines dès 1818. En 1843, l’ensemble des bâtiments, l’hôtel de Cluny et les ruines du palais romain, deviennent un musée chargé de regrouper les antiquités nationales.