La salle des Machines
Jacques-François Blondel, Architecture françoise, ou Recueil des plans, élévations,
coupes et profils des églises,maisons royales, palais, hôtels & édifices les plus considérables
de Paris ...
(1752-1756, chez Charles-Antoine Jombert, A Paris). Tome 4
Coupe de la salle des Machines (planche XVIII)

 

Plan de la salle des Machines (planche XXX)

Élevation de l'un des côtés de l'amphithéâtre de la salle des Machines (planche XC)

 

J. de LA ROCHE, Voyage d'un amateur des arts, en Flandre, dans les Pays-Bas, en Hollande, en France, en Savoye, en Italie, en Suisse, fait dans les années 1775-76-77-78,  Amsterdam 1783, volume 1, p. 94 :
« La Salle de Spectacle , vulgairement appelée Salle des Machines (à cause des ballets que Louis XIV y faisait représenter pour sa cour), occupe une partie de l'aile droite [des Tuileries]. Cette salle est comptée entre les plus vastes et les plus superbes de l'Europe. Six mille spectateurs ont pu y être placés à l'aise. L'avant-scène a beaucoup de mérite ; en général le ton de cette décoration est d'un grand goût sans néanmoins mériter d'être cité pour modèle.
Note : L'on peut juger de la vaste étendue de cette salle, lorsqu'on observera, que la salle où les Comédiens Français représentaient avant d'aller occuper leur nouvelle salle près le Luxembourg, était seulement construite dans ce qui constituait le théâtre : la salle proprement dite, subsiste avec sa riche avant-scène. Le plafond de cette salle est estimé ; il a été peint par Noël Coypel, d'après les cartons de Le Brun. Défunt Servandoni, décorateur célèbre, a donné sur ce grand théâtre plusieurs spectacles à machines, qui ont procuré aux curieux l'occasion de voir cette salle éclairée, mais jamais remplie : elle était trop vaste, relativement au nombre des amateurs habituels de spectacles à Paris. 
»

En 1659, Mazarin demanda à Gaspare Vigarani, architecte et décorateur de théâtre italien, de construire une salle gigantesque pour célébrer le mariage de Louis XIV avec l'Infante d'Espagne. Elle devait d’abord être édifiée en bois car elle n’était pas destinée à durer. Mais le projet initial fut vite modifié et on décida que la salle serait finalement construite en dur, contre le pavillon Nord des Tuileries. De ce fait, elle ne fut pas achevée pour le mariage (célébré en 1660).

Devenue salle des Machines, elle fut inaugurée le 7 février 1662, où l’on y joua Ercole Amante de Cavalli. Sa situation est du reste à l’origine des expressions « côté cour » (celui du Louvre) et « côté jardin » (celui des Tuileries) pour désigner la droite et la gauche sur une scène de théâtre. La salle avait été conçue pour accueillir les grands spectacles à machines – avec des changements de décors à vue – mis à la mode par l’Italie : le plafond de scène culminait à 13 mètres et la fosse, où se logeaient toutes les machineries, avait 5 mètres de profondeur. De plus, la salle proprement dite, qui pouvait accueillir au moins 5 000 spectateurs, avait plus de quarante mètres de long alors qu’elle n’en avait qu'une dizaine de large. Les voix des chanteurs et le son des instruments étaient inaudibles dans un tel espace.

Elle fut, de ce fait, peu utilisée sous Louis XIV. En revanche, à partir de 1737 – sous Louis XV – elle fut cédée à Jean-Nicolas Servandoni, architecte et scénographe, qui y monta à nouveau de grands spectacles à machines. En 1763, Jacques-Germain Soufflot et Ange-Jacques Gabriel ayant réduit la scène de moitié, la salle des machines accueillit la troupe de l'Opéra, chassée du Palais-Royal par un incendie. Cette troupe y resta jusqu’au 26 janvier 1770, date à laquelle elle réintégra le Palais-Royal. Comme le souligne L’Affaire Nicolas Le Floch, par ricochet, la troupe de la Comédie-Française quitta alors le jeu de paume de l'Étoile, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés, pour s’installer à son tour dans la salle des machines, où elle resta jusqu’en 1782, date à laquelle les comédiens migrèrent vers le théâtre de l’Odéon qui venait d’être construit sur l’emplacement d’un terrain vendu par le prince de Condé.

La salle resta vide jusqu’en janvier 1789. Elle servit alors – sous le nom de « théâtre de Monsieur » – à des comédiens italiens, qui en furent délogés par l’arrivée – en octobre – de Louis XVI, contraint de quitter Versailles. La Convention nationale y siégea de mai 1793 à octobre 1795. Napoléon lui restitua sa fonction première mais elle fut complètement détruite par un incendie lors des événements de la Commune de Paris, le 23 mai 1871.