La place Louis XV
"Vue de l'ordre et de la marche des cérémonies qui doivent être observées
le jour de lapublication de la Paix à la Place de Louis XV" (1763). Gallica.
L'obélisque a remplacé la statue équestre du roi et la place s'appelle
désormais place de la Concorde mais la perspective reste inchangée.

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome I, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 96 à 103 :
« Revenant sur vos pas, vous prendrez la rue Royale pour aller voir la place de Louis XV. Cette rue magnifique a quinze toises de largeur : ses maisons parallèles sont terminées par les deux corps de bâtiments donnant sur la place, dont ils forment le fond du côté du faubourg Saint-Honoré. Ces bâtiments de 48 toises de longueur chacun, sur 75 pieds de haut, sont construits et placés à 16 toises de distance de la balustrade extérieure des fossés et séparés par la rue Royale, dont nous venons de parler. Ils ont à leurs extrémités des avant-corps couronnés de frontons, dans les tympans desquels sont sculptés des sujets allégoriques. Une suite d'arcades décorées de bossages, et formant galeries, sert de soubassement à un péristyle de colonnes isolées d'ordre corinthien, qui semble servir de communication aux pavillons et avant-corps des deux bouts. [...] Le bâtiment de la gauche est occupé par plusieurs particuliers, celui de la droite par l'hôtel du Garde-meuble de la Couronne. Cet hôtel, dont la principale porte d'entrée est au milieu de la façade sur la place, est le magasin général des meubles précieux de la Couronne, confiés à la garde de M. le Moine de Crecy, sous la direction de M. Thierry de Villedavray, Maître-de-Camp de Dragons, Chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint- Louis, Commissaire-Général de la Maison du Roi au département du Garde-meuble. [...] Cette place de figure octogonale, est située entre le fossé qui termine le jardin des Tuileries, le faubourg St-Honoré, les Champs-Élysées et le quai qui borde la rivière. [...] Six entrées conduisent à cette place, qui réunit le jardin des Tuileries aux Champs-Élysées : les deux principales ont chacune 25 toises de largeur. Cette place est enceinte par de grands fossés de 11 à 12 toises de largeur sur 14 pieds de profondeur ; ils se communiquent les uns aux autres par des ponts de pierre avec archivoltes et terminées par des balustrades. [...] Au milieu et en face de la grande allée des Tuileries et de la grande route de Neuilly, est la statue équestre, en bronze, de Louis XV, vêtu à la romaine et couronné de lauriers. Ce monument superbe, noble, simple, dans le vrai style antique et fondu d'un seul jet en 1760, sur les dessins sous la conduite de feu M. Bouchardon, sculpteur du roi, a 16 pieds de haut. »

La construction de cette place royale est née de la volonté de la ville de Paris d’urbaniser les terrains à l’ouest du jardin des Tuileries tout en honorant le roi après sa maladie (1748). Après un concours, Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du roi fut chargé de la réalisation en 1755. La réalisation de la statue équestre qui ornait cet espace de parade est confiée à Edme Bouchardon et achevée par Jean-Baptiste Pigalle en 1763. Comme le précise le texte, « le roi est vêtu à la romaine et couronné de lauriers ». Mais le roi n’est plus Louis le Bien aimé et l'on brocarde la statue : "Ah ! la belle statue, ah ! le beau piédestal, Les vertus sont à pied et le vice à cheval."

En 1770, la place Louis XV est encore en chantier et c’est le cadre du début du roman de Jean-François Parot Le Fantôme de la Rue Royale : lors du feu d’artifice tiré pour célébrer le mariage du dauphin et de Marie-Antoinette d’Autriche, un incendie se déclara, générant une panique incontrôlable. Des centaines de personnes, projetées dans les fossés qui entouraient la place, périrent étouffées : officiellement, cent trente-deux, mais en réalité beaucoup plus. Siméon-Prosper Hardy en dénombre quatre cent vingt-quatre.

La place ne fut achevée que deux ans plus tard. La partie nord de la place est la seule à être bordée de bâtiments, de style classique. L’actuel Hôtel de la Marine était le Garde Meuble royal, construit par Jean-Germain Soufflot sur les plans de Gabriel. L’Hôtel d’Aumont, devenu celui de Crillon, a été transformé en un hôtel de luxe au début du XXe siècle. Quant à l’Hôtel de Saint-Florentin, théâtre de la cinquième intrigue de la série, il était construit à l’angle nord-est, tandis qu'au nord-ouest se situait l’Hôtel de la Reynière.

De 1792 à juin 1794, la place, rebaptisée Place de la Révolution après la destruction de la statue de Louis XV, fut le lieu de l’exécution par la guillotine des condamnés des tribunaux révolutionnaires : Louis XVI et sa femme y vécurent leurs derniers instants, respectivement exécutés le 21 janvier et le 16 octobre 1793. En 1795, la place prend son nom actuel de Place de la Concorde. En 1833, un des obélisques de Louxor offert par Méhémet Ali à la France est érigé en son centre. Au XIXe siècle, deux fontaines monumentales prévues par Gabriel sont ajoutées à l’ornementation de la place et en 1854, les fossés qui bordent la place sont comblés. Au début des années 1930, l’Hôtel de la Reynière est détruit puis reconstruit dans le style proche des bâtiments de Gabriel pour devenir l’Ambassade des États-Unis.