Le passage de la reine de Hongrie

Ce qui reste du passage de la Reine de Hongrie, au 17 de la rue Montorgueil.

L. C. LAZARE, Dictionnaire administratif et historique des rues et monuments de Paris, Paris, Au bureau de la revue municipale, 1855, 2e édition, p. 671 :
« Dans un acte du 12 brumaire an V, portant vente par le domaine national d'un immeuble situé rue Montorgueil, on lit ce qui suit : "Désignation, description, etc. Deux corps de logis séparés par une cage d'escalier pratiquée entre eux et servant à leur exploitation, avec une petite cour couverte en vitraux et un passage au rez-de-chaussée, plus un autre petit corps de bâtisse, en aile à droite de ladite petite cour, le tout situé rue Montorgueil et faisant partie de la maison à travers laquelle est pratiqué le passage public appelé vulgairement de l'Égalité, ci-devant de la reine de Hongrie. Ledit passage communiquant de la rue Montorgueil à celle Montmartre, le tout provenant, comme dit est, du condamné Daubancourt." »

Ouvert en 1770, ce passage permettait encore il n’y a pas si longtemps d’aller commodément à pied de la rue Montorgueil à la rue Montmartre – et inversement – mais il est aujourd’hui définitivement condamné.

Il apparaissait nettement sur le plan de Jaillot en 1775, sans y être cependant nommé. Le nom inscrit au-dessus de la porte, qui permettait de le fermer la nuit, est lié à une anecdote que raconte Lazare. Comme la police leur refusait les avantages qu’elles réclamaient, les femmes de la Halle, n’hésitèrent pas à envoyer à Versailles une délégation. La délégation fut reçue par Marie-Antoinette et sa porte-parole retint l'attention de la reine. En effet, Julie Bêcheur – surnommée « rose de mai » en raison de sa beauté – ressemblait à la mère de la reine, Marie-Thérèse, reine de Hongrie.

« Cette ressemblance n'était pas faite pour gâter cette affaire, écrit Lazare. La députation obtint non-seulement tout ce qu'elle avait demandé, mais encore les dames de la Halle eurent l'insigne honneur de dîner à la table du Roi, et Sa Majesté Louis XVI, en reconduisant la députation, embrassa Rose de Mai, qui revint toute joyeuse, avec ses compagnes, annoncer le succès de la députation. »

L'aventure valut à Julie Bêcheur le sobriquet de Reine de Hongrie et le passage qu'elle habitait prit ce nom.

En 1792, le passage de la Reine-de-Hongrie devint propriété nationale et fut débaptisé, devenant le passage Égalité. Ainsi que le stipule l'écrou des Madelonnettes, « Julie Bêcheur, dite Rose de Mai, demeurant, ci-devant de la Reine-de-Hongrie, accusée d'affection pour le ci-devant Roi et la femme Capet », fut guillotinée, de même que le propriétaire du passage, Daubancourt. Le passage retrouva son nom en 1806 jusqu'à l'entrée en guerre contre la France de l’Autriche-Hongrie, alliée de l’Allemagne : on martela le mot "Hongrie" sur le panneau situé à l’entrée du passage.