L'Opéra

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome I, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 534-540 :
« En revenant le long du boulevard pour gagner la porte Saint-Martin, on rencontre la salle de l'Opéra. Le nouvel incendie survenu le 8 juillet 1781, ayant détruit, en quelques heures, la salle magnifique construite par M. Moreau, architecte du roi, et chevalier de l’ordre de Saint Michel. [...] Pour ne pas priver le public de la jouissance de ce spectacle, il a été construit provisoirement et par ordre, sur le boulevard de la porte Saint-Martin, par M. le Noir, architecte, une salle où l’Académie royale de musique put continuer ses représentations en attendant qu'il plût à Sa Majesté de déterminer l'endroit où l'on placerait ce spectacle par la suite. Quoique ce bâtiment provisoire ne soit qu’en charpente, il annonce un monument des plus solides et fait infiniment d'honneur à l’architecte qui en a conçu le plan ingénieux et commode. [...] Le public paraissant douter de la solidité d'une construction faite en soixante-quinze jours et autant de nuits, une circonstance heureuse s'est présentée pour lever ses doutes et le rassurer. La naissance du Dauphin ayant comblé les vœux de la nation et tous les différents corps s'étant empressés d'en témoigner leur joie, l'Académie royale de musique profita de cet événement, pour faire, le 25 octobre 1781, l'ouverture de son théâtre par un spectacle gratuit, où il y eut une affluence prodigieuse qui constata la solidité de ce monument. »

Le mot "Opéra" est la contraction d’ « Académie d’opéra », Académie royale de Musique fondée en 1669, en parallèle à l’Académie royale de Danse. Le roi Louis XIV était lui-même danseur et, par ces institutions, cherchait à développer l’opéra en France. Malgré son nom officiel, l'Opéra ne bénéficiait pas des largesses de la cour mais il avait le monopole des pièces en musique, en particulier sous la direction de Jean-Baptiste Lully à partir de 1672. Comme le signale le texte de Thierry, l’opéra a investi de nombreux bâtiments au cours de son histoire.

L'incendie du 6 avril 1763 (estampe, source Gallica) L'incendie du 8 juin 1781 (estampe, source Gallica)
C’est une salle du Palais-Royal qui, jusqu’en 1763, faisait office d’Opéra. On y jouait les œuvres de Quinault, de Rameau, ou encore Le Devin du village de Rousseau. C’est là aussi que s’était fait connaître la Camargo, célèbre danseuse, dont on trouve le nom inscrit sur l'un des murs du Tambour royal, l'auberge de Ramponneau. Cette salle fut complètement détruite par un premier incendie, le 6 août 1763. Aussi les acteurs de l'Opéra furent-ils déplacés dans la salle des Machines de Servandoni, dans le château des Tuileries, y donnant leur première représentation le 24 janvier 1764.
 

Ils y restèrent six ans, jusqu’au 26 janvier 1770, date à laquelle fut ouverte la nouvelle salle reconstruite au Palais-Royal, sur l'emplacement même de celle que l'incendie de 1763 avait anéantie. C'est cette salle qui, dans Le Fantôme de la rue Royale, fait l'objet d'une discussion chez les Galaine, Nicolas Le Floch reprenant les critiques que faisaient à l'époque les Parisiens. Dans cette nouvelle salle, les acteurs de l'Opéra connurent cependant près de onze ans de grands succès, particulièrement avec les œuvres de Gluck, ce que mentionne la série policière.

Le Noyé du Grand Canal met aussi en scène les célèbres bals masqués qui, depuis 1716, se donnaient à l'Opéra pendant le Carnaval, à raison de deux bals par semaine et ce, à partir de minuit. Ces bals ne furent supprimés qu'au tout début du XXe siècle.

Cependant le sort s’acharnant, un nouvel incendie réduisit de nouveau l’Opéra en cendres le 8 juin 1781. On construisit à la hâte sur le boulevard une salle où les comédiens jouèrent pour la première fois le 27 octobre 1781. En 1794, l'Opéra quitte cette salle de la Porte-Saint-Martin, pour s'installer rue Richelieu. Il y resta vingt-quatre ans mais, le 13 février 1820, le duc de Berry ayant été assassiné alors qu’il sortait du théâtre, on décida de démolir l'édifice. C'est à la fin du XIXe siècle qu'est construit l’Opéra Garnier (1875), concurrencé un siècle plus tard par l’Opéra-Bastille (1990).