Manufacture de Sèvres
La manufacture de Sèvres en 1817, par Michallon (Gallica)

Philippe MACQUER, Dictionnaire portatif des arts et métiers, Paris, Chez Lacombe, 1766, tome 2, p. 421 :
« II paraît que ce sont les Saxons qui, en Europe, ont fait les premiers de la vraie porcelaine, mais qui néanmoins est d'un autre genre que celle des Indes, quoiqu'aussi bonne. Dans certains endroits de l'Allemagne on est parvenu à faire de la porcelaine qui imite assez bien celle de Saxe, quoique souvent inférieure en beauté. À leur imitation les Français ont établi plusieurs manufactures de porcelaine ; mais jusqu'à présent il n'en existe aucune dans laquelle on fasse de la porcelaine semblable à celle de la Chine, d'Allemagne et de Saxe. Toutes les porcelaines qui se font en France ne sont que du verre tendre, mêlé de matières terreuses blanches, dispersées et mal combinées dans le verre fondu, et qui sont d'une très grande sensibilité au feu ; telles sont celles qui se fabriquent à Paris, à Chantilly, à Villeroi etc. Mais plusieurs découvertes qui viennent d'être faites donnent lieu de penser que la Manufacture Royale de Sèvres aura bientôt une porcelaine égale en solidité et supérieure en beauté à tout ce que l'on a vu jusqu'à présent de plus parfait chez les étrangers. »

Pierre Joseph MACQUER, Dictionnaire de chimie contenant la théorie et la pratique de cette science, son application à la physique, à l'histoire naturelle, à la médecine, et à l'économie animale, F.-B. de Félice, 1767, volume 3, p. 55-56 :
« Mais si la France a droit de se glorifier de ce qu'on peut faire de plus beau et de plus magnifique en porcelaine, c'est, sans contredit, par les ouvrages admirables qui sortent journellement de la Manufacture du Roi, établie à Sèvres. Cette porcelaine tient dès à présent le premier rang, par l'éclat de son blanc, la beauté de sa couverte et de ses fonds en couleurs, dont aucune porcelaine connue n'a pu jusqu'à présent approcher : rien n'égale la magnificence de sa dorure, la régularité et l'élégance de ses formes ; le talent et le génie brillent dans ses ouvrages de peinture et de sculpture ; on ne peut en faire un plus bel éloge qu'en nommant Messieurs Bachelier et Falconnet, qui président à ces ouvrages, et qui les dirigent. Enfin tous les travaux qui se font dans cet établissement, vraiment grand et vraiment royal, dirigés par des hommes d'une capacité reconnue, éclairés par les recherches et les lumières de la physique et de la chimie, sont sur le point de rendre la porcelaine de cette manufacture l'émule et l'égale de tout ce qu'on a jamais fait de plus parfait, de meilleur et de plus solide en ce genre. »

La manufacture royale de porcelaine était installée à l’origine au château de Vincennes et produisait à partir de 1745, avec le privilège et des capitaux du roi, une porcelaine tendre – ou fritte – d’excellente qualité et d’un blanc parfait, ce qu’indique le texte de Pierre Joseph Macquer. En 1746, il y avait déjà dix-huit peintres qui travaillaient dans les ateliers de Vincennes et, en 1749, la manufacture employait cent vingt personnes. Le roi étant le principal actionnaire de la société, la marque de fabrique reprenait les deux L enlacés de son monogramme, la lettre indiquant l’année à partir de 1753.

Cette manufacture, à la demande de la marquise de Pompadour, s’installa à Sèvres en 1756 sur la ferme de la Guyarde, propriété située au pied de la colline du château de Bellevue où se trouvait déjà une verrerie, que la marquise avait installée en 1750. Elle désirait fournir aux tables de Versailles de véritables objets d’art, capables de rivaliser avec les verres de Murano à Venise et c'est son frère, le marquis de Marigny, qui lança la fabrication du cristal dans la verrerie royale de Sèvres.

En 1756, les bâtiments agricoles avaient disparu pour laisser place à des locaux neufs construits par l’architecte Lindet et formant une bâtisse de quatre étages sur 130 m de long. Deux ans plus tard, la manufacture employait deux cent cinquante personnes. Le roi y avait son propre appartement et pouvait ainsi observer dans les ateliers les objets créés par les ouvriers. En 1759, la manufacture s'avérant peu rentable, Louis XV l’intégra dans le domaine de la Couronne. Louis XVI, à son tour, la protégea et la finança.

La marquise intervint dans tous les choix, en particulier dans ceux des artistes comme le sculpteur Étienne-Maurice Falconet, mais aussi dans la création de teintes – comme le rose pompadour – ou de décors. De 1757 à 1766, Falconet fut le directeur des ateliers de sculpture et le créateur de nombreux biscuits de Sèvres, sculptures sans émail et sans décor. La marquise se réservait un rôle commercial, en vendant les porcelaines, que ce fût dans les locaux de la manufacture ou au château de Versailles.

À partir de 1769, la composition de la céramique dure, invention chinoise déjà connue en Saxe depuis le début du siècle, ayant été trouvée en France et grâce au kaolin du Limousin occitan, Pierre-Joseph Macquer développa la production de cette céramique qui ne pouvait se rayer.

L'ancienne manufacture de porcelaine de Sèvres

La nouvelle manufacture de porcelaine à Sèvres

dans Les environs de Paris illustrés, d'Adolphe Laurent Joanne (L. Hachette et cie, 1868, p 122-123)

En 1876, la manufacture quitta les locaux qui présentaient des fissures et s’installa en bord de Seine. Les bâtiments rénovés accueillirent la première École normale supérieure de jeunes filles et, depuis 1945, le centre international d'études pédagogiques.

En 1971, la cristallerie de Sèvres s’installa à Vannes-le-Chatel, en Lorraine, où elle poursuit sa production.