L'hôtel Saint-Florentin
L'ex hôtel Saint-Florentin, devenu hôtel Talleyrand,
acheté en 1950 par les États-Unis.
 
 

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome I, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 104 :
« De l'autre côté de la place [Louis-XV], du côté des Tuileries, et au coin de la rue de St. Florentin, se présente l'hôtel, bâti par M. Chalgrin, architecte du Roi, pour feu M. le duc de la Vrillière : il appartient aujourd'hui à Madame la duchesse de l'Infantado. L'on doit en remarquer la porte d'entrée, l’escalier, la distribution et la richesse des appartements, où l’on jouit d'une belle vue sur la place de Louis XV, et sur les Tuileries, au moyen de la terrasse régnante sur le dessus de la fontaine, qui orne le fond de cet endroit près l'entrée de la porte de l'Orangerie.
En face de cet hôtel, est une des entrées de l'hôtel du Garde-meuble. Tout le long de la rue du même côté, sont de fort beaux hôtels. »

En 1640, la rue Saint-Florentin n’était pas encore percée. À sa place, il y avait une impasse, appelée cul-de-sac de l'Orangerie. Sur la partie appartenant au roi, on avait placé de petites maisons qui abritaient les orangers du jardin des Tuileries. En 1757, Louis XV céda à la ville de Paris la partie de cette impasse qui lui appartenait, afin que la future place Louis XV fût ornée de bâtiments en arrière-corps par l’architecte Ange-Jacques Gabriel, en charge du projet.

L’impasse devint une rue, qui devait porter le nom de Bourgogne et présenter des façades symétriques. En fait, la rue s’appela d’abord rue de l’Orangerie, puis rue de Saint-Florentin par arrêt du Conseil d'État du Roi, le 11 mars 1768, en raison de l’hôtel que Louis Phélypeaux, duc de La Vrillière et comte de Saint-Florentin, y avait fait construire sur un terrain ayant appartenu au banquier Samuel Bernard, face à l’hôtel du Garde-Meuble – devenu hôtel de la Marine. L’hôtel Saint-Florentin fut dessiné en 1767 par Jean-François-Thérèse Chalgrin, qui, en ce qui concerne la façade sur la rue de Rivoli, respecta les dessins de Gabriel. L’hôtel fut achevé en 1769.

En 1777, à la mort du comte de Saint-Florentin, l'hôtel devint la propriété du duc de Fitz-James. En 1787, à la mort du duc, l’hôtel fut acquis par un grand d'Espagne, le duc del Infantado. Celui-ci, chassé par la République, quitta le lieu, lequel devint en 1793 un magasin de salpêtre. En 1806, le jardin de l'hôtel ainsi que la fontaine dont parle Thiéry disparurent en raison de l’ouverture de la rue de Rivoli. Il était devenu la propriété du marquis d'Hervas, qui le vendit vers 1812 au prince de Talleyrand-Périgord. Celui-ci habita l’hôtel jusqu'à sa mort, en 1838. L’hôtel, dit de Talleyrand-Périgord, fut aussitôt acquis par James de Rothschild. Il resta dans l’héritage de la famille Rothschild jusqu’au 14 novembre 1950, date à laquelle le gouvernement américain l’acheta pour y établir des services diplomatiques.

Depuis 1948, le lieu était cependant loué par le gouvernement américain, qui y avait installé en 1949 le centre George C. Marshall. Les USA rénovèrent l’hôtel entre 1979 et 1984, grâce à l'architecte Hugh Newell Jacobsen, et à Barroux et Robert Carlhian, décorateurs, qui respectèrent la fonction primitive des pièces et, entre 1999 et 2007, l'hôtel de Saint-Florentin, classé comme Culturally Significant Property par le Département d'État américain, fut complètement restauré par la fondation américaine World Monuments Fund Europe et France. La section consulaire américaine a quitté les lieux au printemps 2007. L’hôtel abrite depuis le 10 mai 2010 le cabinet d'avocats Jones Day, qui l’a transformé en bureaux fonctionnels, mais en respectant sa valeur historique. Seuls le Centre Marshall et des espaces y attenant au deuxième étage restent affectés à des services gouvernementaux américains.

La cour de l'hôtel Saint-Florentin en mai 2012