Hôtel de Juigné
La structure de l''Hôtel de Juigné (ou Salé), devenu depuis 1985 le musée Picasso, a été respectée. Photo Wikipédia.

 

État actuel de Paris, ou le provincial à Paris ... [Avec] cartes nouvelles, Volume 2, À Paris, Chez le sieur Watin, 1788, p. 162 :
« L’Hôtel de Juigné a été d'abord nommé Salé, parce que ce fut un nommé Aubert qui, s'étant enrichi dans les gabelles, le fit bâtir et ensuite il fut appelé l'hôtel le Camus et aujourd'hui il appartient à la maison de Juigné. On y entre par une grande cour ornée de croisées tout à l’entour, couronnée d'une balustrade, ornée de sphinx ; on admire son magnifique escalier. Les avant-corps de ses murs sont ornés de pilastres corinthiens, qui font comme de grands médaillons dont les bustes sont sculptés, et d'un bon choix. D'autres génies décorent l’attique, au milieu duquel Jupiter couché, grand comme nature.

Promu percepteur de la gabelle (impôt sur le sel), Pierre Aubert de Fontenay-en-Brie fit construire cet hôtel entre 1656 et 1659, dans le goût du temps pour montrer sa puissance. Jean Boullier de Bourges en fut l’architecte. Les Parisiens, qui aimaient railler, l’appelèrent alors l’hôtel Sallé, en référence avec l’activité de son propriétaire. Cependant, entraîné en 1663 dans la chute de Fouquet, ce « bourgeois gentilhomme » ne profita pas longtemps de son bien.

Pendant soixante ans, convoité par les créanciers, le sort de l’hôtel fut incertain. L’hôtel est alors loué : il devient, entre autres, la résidence de l’ambassadeur de Venise entre 1668 et 1688. De 1715, le duc de Villeroy, protégé du roi s’y installe jusqu’à sa disgrâce en 1722. Il est finalement vendu en 1728 à Nicolas Le Camus, premier président de la Cour des aides.

À sa mort en 1771, sa fille et son gendre, le marquis de Juigné en héritent.

 
Fronton côté jardin
 
Escalier monumental

 

En 1786, l’hôtel est loué pour neuf ans à Noël Denis Baudouin qui le sous-loua au comte de La Luzerne, ministre de la Marine de Louis XVI. C’est donc en toute vraisemblance que, dans L’Inconnu du pont Notre-Dame, Jean-François Parot y loge Sartine, autre ministre de la Marine de Louis XVI.

En 1790, en tant que « bien d’émigré » , il est mis sous séquestre et sert pendant la Révolution à stocker les livres des couvents du quartier.

De 1797 à 1962, il appartient à une même famille, loué à la pension Ganser et Beuzelin, dont Balzac fut l’élève, puis à l’École centrale des arts et manufactures entre 1829 et 1884.

À partir de 1944, il est occupé par l’École des métiers d’art de la Ville de Paris.

En 1964, la ville de Paris achète l’hôtel, qui est classé Monument Historique le 29 octobre 1968. En 1974 l’hôtel est pressenti pour accueillir la collection des œuvres de Picasso. Son aménagement en musée est confié en 1976 à Roland Simounet.

Le musée Picasso est ouvert au public en 1985.

Pour en savoir plus : BABELON Jean-Pierre, « La maison du Bourgeois gentilhomme, l’Hôtel Salé, 5 rue de Thorigny, à Paris », Revue de l’art, année 1985, volume 68, n°68, p.7-34. Cliquez ici