L'hôtel de la Guimard
L'hôtel de Mlle Guimard, par Ledoux,
dans Georges Bonnefons et Albert Lenoir, Les Hôtels historiques de Paris, V. Lecou, 1852

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome I, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 145-146 :
« En descendant la rue [de Provence], du côté des Boulevards, on trouve à droite, au n° 5, la charmante maison, bâtie par M. le Doux, architecte du roi, pour Mlle Guimard, célèbre danseuse de l'Opéra. Cette maison représente le Temple de Terpsichore, déesse de la danse ! Elle est aussi remarquable par son élégance que pour sa distribution. Le porche est décoré de quatre colonnes, au-dessus desquelles un charmant groupe isolé représente Terpsichore, couronnée sur la terre par Apollon. Ces figures en pierre de Conflent, et de six pieds de proportion, sont de M. le Comte, sculpteur du roi, adjoint à Professeur, qui a aussi exécuté, dans le cul-de-four, derrière les colonnes, un délicieux bas-relief de 22 pieds de long, sur 4 de haut où cet artiste habile a représenté le triomphe de la Muse de la danse. On la voit sur un char traîné par des Amours ; des Bacchantes précédent la marche et les Grâces inséparables de la danse, accompagnées de la musique, suivent le char. Deux faunes jouant des cymbales, indiquent par leurs mouvements, la danse de caractère. Au-dessus de la porte d'entrée de cette maison, est une jolie salle de spectacle, dont le plafond a été peint par feu M. Taraval, peintre du roi, et sur-inspecteur de la Manufacture royale des Gobelins. »

Marie Madeleine Guimard, née en 1743, était une danseuse de l’Opéra et une courtisane célèbre. Elle eut pour amants de grands seigneurs libertins, tels Jean Benjamin de Laborde, premier valet du roi mais aussi compositeur, et Charles de Rohan, prince de Soubise, ce que mentionne la série. Elle joua un rôle de mécène, protègeant en particulier Fragonard et le chevalier de Saint-Georges. Elle s’installa d’abord dans une maison du faubourg Saint-Germain avant de choisir d’habiter le village de Pantin en 1766. Dans la rénovation de la maison, elle inclut un théâtre. Ce lieu de spectacle devint très couru par la haute bourgeoisie et la noblesse de cour, y compris en raison des pièces d’inspiration libertine qu'on y donnait. Entre 1770 et 1773, elle fit construire à Paris à proximité des boulevards un hôtel particulier de style classique, vite surnommé le Temple de Terpsichore et dont l’architecte, comme l’indique Thiéry, était Claude Nicolas Ledoux.

Mlle Guimard y recevait comme auparavant trois fois par semaine, y donnant des soupers fins fort renommés et des spectacles dans une salle de cinq cents places, où se retrouvait le public qui se déplaçait précédemment à Pantin.

En 1785, la danseuse organisa une loterie pour mettre en vente son hôtel. La comtesse de Lau, gagnante du bâtiment grâce à un billet acheté cent vingt livres, le revendit à un banquier. L’hôtel fut détruit au cours du Second Empire dans les travaux urbanistiques du baron Haussmann.