L'hôtel de Gramont et les différents sièges de l'hôtel de police

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome I, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 133-134 :
« En suivant la rue neuve des Capucines, du côté du Boulevard, vous trouverez à droite, au n° 20, le Bureau de la Direction générale des Nourrices, puis l'Hôtel et les Bureaux de M. le Lieutenant général de Police. Les soins et l'attention du respectable magistrat qui occupe cette place s'étendent sur tout ce qui peut procurer la tranquillité des citoyens, dont il excite l'admiration et la reconnaissance. Son siège ordinaire est au Châtelet. II a sous ses ordres, vingt inspecteurs de police, créés en 1708, et plusieurs autres préposés. Il a aussi nombre de bureaux, quantités de personnes employées au service de la police, et un corps de garde de pompiers à sa porte. Le bureau de sûreté, faisant partie des bureaux de M. le Lieutenant général de Police, est aussi dans son hôtel. On peut faire sans frais, à ce bureau, la déclaration de ce qui a été volé. Trois inspecteurs, chargés de cette partie, se rendent tous les jours à ce bureau, depuis onze heures du matin jusqu’à une heure. Les commissaires, distribués dans chaque quartier, sont obligés de recevoir gratis les déclarations des particuliers, sur les vols qui peuvent leurs avoir été faits, et de les faire passer à ce bureau. »

Paris était si sale au XVIIe siècle que Louis XIV ordonna qu'on prît des mesures, disant « qu’il marcherait exprès dans les rues pour voir si ses ordres à cet égard étaient exécutés » (La Police de Paris en 1770, mémoire inédit, composé par le commissaire de police Lemaire, par ordre de G. de Sartine, sur la demande de Marie-Thérèse). C'est ainsi que, par édit royal du 15 mars 1667, fut créée la charge de lieutenant général de police, dont la mission dépassait du reste celle du simple entretien des rues, s’étendant sous l’Ancien Régime à de multiples domaines : 1° la religion ; 2° la discipline des moeurs ; 3° la santé ; 4° les vivres ; 5° la voirie ; 6° la sûreté et la tranquillité publiques ; 7° les sciences et les arts libéraux ; 8° le commerce ; 9° les manufactures et les arts-mécaniques ; 10° les serviteurs, domestiques et manouvriers ; 11° les pauvres.

En 1667, il s’agit donc d’une véritable réforme administrative visant à unifier les différents pouvoirs qui s'opposent depuis le Moyen-âge. Premier lieutenant de police, Gabriel Nicolas de La Reynie mit au pas le Parlement de Paris et réorganisa, en les plaçant toutes sous sa responsabilité, les différentes polices qui se concurrençaient : les commissaires, les archers, les exempts du guet, la compagnie du lieutenant criminel et la prévôté de l’Île. Le lieutenant général de police était un magistrat du Châtelet et à ce titre, il y présidait chaque semaine, comme on le voit dans la série, le tribunal de police. Il pouvait aussi émettre des lettres de cachet. Quant aux commissaires, ils ont, en 1668, le titre de conseillers du roi et reçoivent une pension annuelle.

En ce qui concerne l'emplacement de l'hôtel de police, il a varié tout au long du XVIIIe siècle, suivant la résidence du lieutenant de police en fonction : il se situa successivement rue Vieille-du-Temple et rue des Bons-Enfants sous la lieutenance du comte d'Argenson, rue de Cléry sous celle d'Ombreval et rue Saint-Honoré, non loin de l'église Saint-Roch sous celle de Berryer, dans l'hôtel de Gramont rue Neuve Saint-Augustin sous celle de Sartine et un peu plus loin dans la même rue, au début de celle de Le Noir, lorsque l'hôtel de Gramont fut détruit. Jaillot mentionne dans ses Recherches critiques, historiques et topographiques sur la Ville de Paris (1775) que cet hôtel, qui fut la résidence de Sartine, fut démoli en 1767 afin d'ouvrir la rue de Gramont (voir photos ci-dessous), « pour la commodité du public ».

Lorsque Thiéry écrit, l'hôtel de police est installé depuis sept ans rue Neuve-des-Capucines, ce que signale Alexandre-Jacques Du Coudray dans ses Nouveaux Essais historiques sur Paris (Belin, 1781, p.188). Du Coudray s'étonne d'ailleurs « que ce ne soit qu'en 1780 que la Police de Paris ait un lieu fixe et déterminé pour son siège ». Si Le Noir résida bien rue Neuve-des-Capucines, ce ne fut donc qu'à partir de 1780, bien que Jean-François Parot l'y installe dès 1777, dans Le Cadavre anglais. Le roman présente du reste un certain flottement puisque, vers la fin, Nicolas et Bourdeau reviennent rue Neuve-Saint-Augustin.

Cet hôtel des lieutenants généraux de police devint en 1789 la mairie de Paris, et fut occupé par Bailly, premier maire de la capitale, condamné à mort et exécuté au Champ-de-Mars. Le second maire de Paris qui habita cet hôtel fut Pétion, dont la fin fut tout aussi tragique.