Hôtel des frères Bouret (ou Bourret)
Séance de amgnétisme, organisée par Mesmer [s.n.], circa 1784 (Gallica).
L'hôtel n'est cependant plus – vu la date – celui de la place Vendôme.

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 126 :
« La maison, n° 16, [...] également bâtie par Bullet, offre une cour entourée de bâtiments, décorés dans le rez-de-chaussée par des arcades, et dans le fond par un péristyle de six colonnes doriques ; des pilastres d'ordre ionique règnent dans tout le pourtour au premier étage.
 »

La maison dont parle Thiéry – située 16, place Vendôme – est l’hôtel Moufle, également appelé hôtel Noé ou de Serres. Cet hôtel fut bâti en 1723 par l'entrepreneur Pierre Grandhomme et acquis, en 1733, par Barthélémy Moufle de la Thuilerie, trésorier général de la Marine. Sa fille, qui épousa d’Aymard-Félicien Boffin de la Sône, lieutenant-colonel aux Gardes-françaises, hérita de l’hôtel.

Dans la seconde moitié du siècle, la place devint un endroit très prisé. Un autre trésorier de la Marine, à savoir Claude Baudard de Sainte-James – celui-là même qui fit construire la Folie Sainte-James dans le bois de Boulogne, près de Bagatelle, et que Nicolas rencontre dans L'Honneur de Sartine – s'installa-t-il sur la place en 1777.

En 1772, à la mort d'Aymard-Félicien Boffin de la Sône et de son épouse, l'hôtel Moufle devient la propriété de leur fils Noël-Félicien de Sône, qui le loue aussitôt au vicomte de Noé, d'où l'appellation d'hôtel de Noé.

Les difficultés financières Noël-Félicien de Sône, qui l'ont conduit à vendre son domaine de Noisiel en 1777, l'ont-elles également conduit à vendre l'hôtel Moufle ? Nous n'en avons pas trouvé la preuve matérielle. Toujours est-il que l'hôtel situé au n° 16 de la place Vendôme porte le nom d'hôtel Bouret dans l'ouvrage de Louis Hautecœur, Histoire de l'architecture classique en France (Paris, Picard, 1943, volume 5, p. 422) comme dans les Procès-verbaux de la Commission du vieux Paris (Éditeur Commission Municipale du vieux Paris, 1923, p. 200).

Il semble donc que l'hôtel fût devenu en 1778 la propriété des frères Bouret, fermiers généraux, de nombreuses sources mentionnant qu'à son arrivée à Paris, Mesmer le leur loua pour y présenter ses expériences de magnétisme. C’est là que Nicolas se rend dans Le Noyé du Grand-Canal, Aimée lui ayant décrit auparavant comment opérait Mesmer. On trouve, reprise par Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy, une description encore plus saisissante dans l’Encyclopédie théologique de Migne (tome 48, volume 1 du Dictionnaire des sciences occultes, J.P. Migne, 1846, p. 102-103) :

« L’hôtel Bourret, dont il avait fait son temple dans cette capitale, était rempli de trépieds grecs el de caisses de fleurs, d'où s'exhalaient de doux parfums, cette première séduction des sens. Un demi-jour augmentait le mystère et faisait rêver. On se parlait à voix basse ; on se regardait avec curiosité. Dans la grande salle était une cuve en bois de chêne, de quatre à cinq pieds de diamètre, d'un pied de profondeur, fermée par un couvercle en deux pièces et s'enchâssant dans la cuve ou baquet. Au fond se plaçaient des bouteilles en rayons convergents, et de manière que le goulot se tournait vers le centre de la cuve. D'autres bouteilles partaient en sens contraire on en rayons divergents, toutes remplies d'eau, bouchées et magnétisées. On mettait souvent plusieurs lits de bouteilles ; la machine était alors à haute pression. La cuve renfermait de l'eau qui baignait les bouteilles ; quelquefois on y ajoutait du verre pilé et de la limaille de fer. Il y avait aussi des baquets à sec. Le couvercle était percé de trous pour la sortie de tringles en fer coudées, mobiles, plus ou moins longues, afin de pouvoir être dirigées, appliquées vers différentes régions du corps des malades qui s'approchaient du baquet. D'un anneau du couvercle partait une corde très longue, dont les patients entouraient leurs membres infirmes sans la nouer. On n'admettait pas du reste les affections pénibles à la vue, telles que les plaies, les loupes et les difformités. Enfin les malades se rapprochaient pour se toucher par les bras, les mains, les genoux et les pieds. Les plus robustes magnétiseurs tenaient, par-dessus le marché, une baguette de fer dont ils touchaient les retardataires et les indociles. Comme le baquet, les bouteilles, les tringles et les cordes étaient préparées, les passions entraient bientôt en crise. Les femmes éprouvaient d'abord des bâillements ; leurs yeux se fermaient, leurs jambes ne les soutenaient plus ; elles étaient menacées de suffocation. En vain les sons de l'harmonica, les roucoulements du piano et des chœurs de voix se faisaient entendre : ces secours paraissaient accroître les convulsions des malades. Des éclats de rire sardoniques, des gémissements douloureux, des torrents de pleurs éclataient de toutes parts. Les corps se renversaient en des mouvements tétaniques ; la respiration devenait râleuse ; les hoquets des mourants, la face hippocratique, le collapsus, tous les symptômes les plus effrayants se manifestaient. A ce moment, les acteurs d'une scène si étrange couraient les uns au-devant des autres, éperdus, délirants ; ils se félicitaient, s'embrassaient avec joie ou se repoussaient avec horreur. On emportait les plus fous dans la salle des crises, où les femmes battaient de leurs têtes les murailles ouatées ou se roulaient sur un parquet en coussins avec des serrements à la gorge. Au milieu de cette foule palpitante, Mesmer se promenait en habit lilas, étendant sur les moins souffrantes une baguette magique, s'arrêtant devant les plus agitées, enfonçant ses regards dans leurs yeux, tenant leurs mains appliquées dans les siennes avec les quatre pouces et les doigts majeurs en correspondance immédiate, pour se mettre en rapport, tantôt opérant par un mouvement à distance avec les mains ouvertes et les doigts écartés, à grand courant, tantôt croisant et décroisant les bras avec une rapidité extraordinaire pour les passes en définitive. Souvent le geste du magnétiseur, effleurant les articulations les plus sensibles, tirait subitement de la malade un éclair brillant, pareil à ceux qu'on observe à la suite des journées très-chaudes. Ce phénomène frappait de terreur la cohue des femmes échevelées qui se pressaient haletantes sur les pas de Mesmer, et le thaumaturge lui-même, épouvanté de sa puissance, reculait devant l'étincelle du fluide. »

Ayant acquis une grande renommée, Mesmer quitta très rapidement l'hôtel Bouret pour officier à l'hôtel Bullion, rue Coquillère, près de Saint-Eustache, puis à l'hôtel de Coigny, rue du Coq-Héron.

Quant à l’hôtel Moufle ou Noé, ou Bouret , il fut vendu en 1785 à Jean-Pierre de Serres, d’où son autre dénomination : hôtel de Serres.

Il est possible de voir les boiseries du grand salon qui sont conservées au musée des Arts décoratifs.