Filles de Saint-Michel ou de Notre-Dame de La Charité

Couvent des Filles de Saint-Michel : élévation et coupe, Charpentier,1728
 N/III/Seine/127/7 (CHAN – Archives nationales)

SYLVESTRE, Théologie, Paris, chez Panckoucke, 1790, p. 335 :
« Filles de Saint-Michel.
Religieuses de Notre-Dame du refuge. Ordre ou Congrégation de Religieuses qui se sont dévouées à la conversion des femmes et des filles débauchées, & à préserver du désordre celles qui sont en danger d'y tomber. Ce pieux institut a commencé à Nancy en Lorraine, par le zèle d'une vertueuse veuve, nommée Mme de Ranfaing, qui, avec ses trois filles, eut le courage de se consacrer à cette bonne œuvre. Il fut approuvé par le Cardinal de Lorraine, Évêque de Toul en 1619, par le Pape Urbain VIII en 1634, & par Alexandre VII en 1661, sous la règle de St. Augustin. [...] Cet ordre n'a que douze maisons en France, parce que dans la plupart des grandes villes on y a suppléé par d'autres établissements qui ont le même objet. À Paris les filles du Sauveur, rue de Vendôme au Marais ; celles de Sainte Pélagie, au Faubourg Saint-Marceau ; celles du bon Pasteur, rue du Cherche-midi ; celles de Sainte Valère, rue de Grenelle, les Religieuses de Notre-Dame de Charité, ou filles de Saint Michel ; les Pénitentes de St. Magloire, font la même chose que les Religieuses du Refuge. »  

En effet, le Père Eudes – un oratorien – fonda le 25 novembre 1641 à Caen un établissement pour accueillir les filles que la pauvreté avaient contraintes à la prostitution et qui désiraient cependant sortir de leur état. En 1642, il obtint le droit de constituer à Caen une communauté dont les religieuses se voueraient à l’éducation des filles repentantes. Ces filles vivaient dans le monastère, mais à l’écart des religieuses qui les instruisaient car elles n’étaient pas destinées à devenir elles-mêmes religieuses. Lorsqu’on jugeait que l’éducation qu’elles avaient reçue leur permettait de revenir dans le monde, on les plaçait ou on les rendait à leurs parents. Le 3 avril 1724, le cardinal de Noailles s’associa à Marie-Thérèse Le Petit de Vernon de Chausserais pour acheter à Paris une grande maison et un jardin dans la rue des Postes pour y fonder un établissement tenu par des religieuse venues d'un couvent de la ville de Guingamp et qui accueillerait lui aussi des filles pénitentes. Le cardinal de Noailles obtint pour cette communauté des lettres-patentes, confirmées en 1741 et en 1764. Sa chapelle fut bénite sous le nom de saint Michel. Les filles pénitentes s’y présentaient souvent de leur propre gré mais elles pouvaient aussi y être enfermées sur ordre. Elles étaient, comme à Caen, logées dans des bâtiments séparés de ceux des religieuses. Cette communauté fut supprimée en 1790 : les bâtiments et les jardins devinrent la propriété d'un particulier. En 1808, la communauté se reforma, ayant acheté rue Saint-Jacques l'ancien couvent de la Visitation Sainte-Marie. Au début du XXe siècle, les religieuses furent expropriées en vue du lotissement d'une partie de leur terrain, de la construction de l'Institut de Géographie et de l'École Nationale Supérieure de Chimie et de l'alignement de la rue Saint-Jacques. Elles se sont déplacées à Saint-Michel-de-Chevilly, où elles s’occupent encore de la rééducation de jeunes femmes de la DDASS.