Le combat du taureau

Le clos du Combat des animaux sur la carte de Vaugondy (1771)

La barrière de Pantin, dite du Combat, par J.-L.-G.-B Palaiseau en 1819 (Gallica)

PIERRE LOUIS MANUEL, La Police de Paris dévoilée, Paris, Garnery, 1794, volume 2, p. 296-297 :
« La police n'a pas seulement des malheurs à prévenir ; elle a encore une morale publique à former. Il faut qu'elle éloigne du peuple ce combat du taureau qui a peut-être fait commettre plus d'un assassinat. Il faut que si un boucher barbare menace de son noueux bâton le veau encore trop jeune pour pouvoir aller de lui-même à la mort, elle lui crie : tue-le, mais ne le frappe pas. »

Sur la carte de Vaugondy, on voit nettement qu'il existait en 1771, un espace clos appelé Combat des animaux, au bout de la rue de Sèvres. Les jours de fête – c’est-à-dire quinze jours à Pâques, le jour de l’Ascension, celui de la Pentecôte, de la Trinité, de la Fête-Dieu, des fêtes de la Vierge, de la Toussaint, ainsi que la veille et le jour de Noël – on conviait le peuple à se masser sur les gradins qui entouraient ce terrain pour assister à de sanglants spectacles, qui duraient deux heures l’hiver et trois l’été. Dans l’arène, d’énormes dogues affrontaient des taureaux, des sangliers, des loups, des ours, des lions ou encore des tigres. Les combats les plus fréquents étaient cependant ceux qui opposaient des chiens à des taureaux, d’où le nom de Combat du taureau qui se substituait parfois à celui de Combat des animaux. Le spectacle se terminait sur un feu d’artifice.

Comme on le voit dans le texte de Pierre-Louis Manuel, ces combats n'étaient pas très bien vus des autorités. Ils scandalisaient aussi des étrangers comme James de Rutlidge, qui écrivait en 1775 dans son Essai sur le caractère et les mœurs des français : « Les entrepreneurs, pour attirer la multitude, ne manquent pas de spécifier dans les affiches le nombre et la qualité des animaux qui sont dévoués à combattre jusqu'à la mort, ainsi que le degré de fureur et de rage qu'on a sujet d'espérer qu'ils emploieront pour leur défense. À la fin de toutes les affiches, on lit cette apostille : "On espère qu'ils se défendront cruellement." »

En dépit de certaines réticences, les combats d'animaux sont toutefois non seulement maintenus, mais ils connaissent un engouement tel qu'il faut penser à un lieu plus important que celui de la rue de Sèvres. Les Mémoires secrets de Bachaumont donnent, à la date du 15 Mai 1778, une explication très vraisemblable de cet essor : « Pendant qu'on se dispose à guerroyer de toutes parts, il est des gens qui ne perdent pas de vue l'amusement public, d'autant plus nécessaire qu'il s'agit de faire diversion aux idées sinistres qu'inspirent tant d'armées terrestres et navales sur pied. Une compagnie se propose d'établir à Paris des combats de Taureaux dans le goût de ceux d'Espagne. II s'agit de former une magnifique enceinte, capable de contenir environ vingt mille spectateurs, et l'on ferait venir du pays des maîtres capables de diriger ces sanglantes boucheries. »

Cette enceinte fut bien créée en 1779 : les combats d’animaux quittèrent la rue de Sèvres pour se déplacer au-delà de l'hôpital Saint-Louis, à l'extrémité de la rue Grange-aux-Belles. La barrière de Pantin devint la barrière du Combat et les spectacles qui s'y donnaient devinrent encore plus fréquents qu'auparavant.

Cependant, l’autorisation pour des combats de taureaux à l’espagnole ne fut point accordée. Le 4 mai 1780, M. Amelot, ministre de la Maison du roi, écrivait au lieutenant général de police Lenoir : « Je vous avoue que j'ai beaucoup de répugnance à accorder la permission d'établir la course de taureaux dont il est parlé dans le mémoire ci-joint. Indépendamment de ce que c'est un nouveau spectacle et qu'ils sont déjà trop multipliés, il me semble qu'il y a quelque inconvénient à en autoriser un qui n'est point dans nos mœurs et dont l'effet serait d'accoutumer le peuple à voir du sang. »

Jusque-là en effet, les animaux étaient les seuls acteurs du combat : aucun homme n'y risquait sa vie.

Souvent fermé mais toujours rouvert, le Combat du taureau a existé jusqu'à la moitié du XIXe siècle. Quant à la barrière dite du Combat, elle fut démolie pendant la Commune, en 1871.