Le château d'eau, vis à vis du Palais-Royal
Gravure de J.B. Scotin, dans la Description de Paris, de Piganiol de la Force, Paris, Th. Legras, 1742 (source Gallica)

 

Pierre-Thomas-Nicolas HURTAUT, Dictionnaire historique de la Ville de Paris et de ses environs, Moutard, 1779, p. 299 :
« Château-d'eau, (le) ou Fontaine de la place du. Palais-Royal. C'est l'édifice qui fait face à ce magnifique palais, où était ci-devant l'hôtel de Sillery, appartenant à Noël Brulart de Sillery, qui le vendit le 22 mars 1640, moyennant 50 000 écus, à M. Charles d'Escoubleau, Marquis d'Alluye et de Sourdis, qui, le même jour, en fit sa déclaration au profit du Cardinal de Richelieu. Il n'était séparé du Palais-Royal, que par la largeur de la rue ; mais lorsque la Reine Régente Anne d'Autriche vint avec Louis XIV et le Duc d'Anjou, ses fils, faire son séjour au Palais-Cardinal, (c'est ainsi qu'il se nommait, parce que le Cardinal de Richelieu l'avait fait bâtir) elle fit détruire l'hôtel de Sillery, pour en faire une place et des Corps-de-garde ; mais comme cette place était bornée par de vieilles maisons, sans apparence, et d'un vilain aspect, Philippe, Duc d'Orléans, Régent du Royaume, les fit abattre en 1719, et ensuite élever sur les dessins de Robert de Cotte, premier architecte du Roi, un grand corps de bâtiment, qu'on nomme aujourd'hui le Château-d'eau, où sont des réservoirs d'eau de la Seine et d'eau d'Arcueil, pour les bassins du Palais-Royal et des Tuileries. Ce bâtiment, dont l'architecture est en bossages rustiques vermiculés, est flanqué de deux pavillons de même symétrie ; le tout sur vingt toises de face. Au milieu, est un avant-corps, formé par quatre colonnes d'ordre toscan, qui portent un fronton, dans le tympan duquel sont les armes de France, Au-dessus, sont deux belles statues, à demi couchées, qui sont de Couflou le jeune, dont l'une représente la Seine, et l'autre la Nymphe de la fontaine d'Arcueil. Au bas de cet avant-corps, est une niche, où est le robinet de la fontaine, au-dessus de laquelle, sur un marbre noir, on lit : Quantos effundit in usus ! »

Dans Le Fantôme de la rue Royale, l’attente d’un fiacre place du Palais-Royal est pour Nicolas l’occasion de découvrir ce Château d’eau et de rappeler ce qu'écrit Mercier dans le Tableau de Paris (chapitre 966) :

« Une  plaisanterie usitée parmi les domestiques, c'est d'envoyer un nouveau débarqué chercher une place chez M. Picard, Suisse du Château d'eau, rue Saint-Honoré. Ce Château-d'eau n'est qu'une décoration pour faire face au Palais-royal, et les laquais qui débarquent du coche le prennent pour un château réel. »

Le Fantôme de la rue Royale évoque aussi le château d’eau, situé à l’est de la capitale, près du grand égout et qui « comprenait quatre pompes actionnées par quatre chevaux relevés toutes les deux heures. Ces machines emplissaient un bassin et l’effet de chasse d’eau servait à nettoyer deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, le grand égout entre la Bastille et l’ouest de la ville, lieu où les immondices se déchargeaient en aval dans la Seine ».