Bains flottants
Les bains près du Pont-Royal par Victor-Jean Nicolle (1779) - Gallica Les bains près du pont de la Tournelle (dessin du XVIIIe siècle) - Gallica

 

M. THIERY, Almanach du voyageur à Paris, Paris, Hardouin et Gattey, 1784, p. 110-111 :
« Bains Chinois. Il y a au bas du Pont de la Tournelle, Quai Dauphin, deux bateaux de bains, dans lequel [sic] sont construits plusieurs bains, formant autant de cabinets dans lesquels passe la rivière avec son courant ordinaire, et divisés de manière que chaque personne reçoit ses eaux séparément. Ces cabinets, fort propres, offrent tout ce qui peut être utile, moyennant 14 sols par personne, On y fournit du linge qui se paie séparément. »

JOSEPH-JACQUES GARDANE, Gazette de santé, contenant les nouvelles découvertes sur les moyens de se bien porter & de guérir quand on est malade, Imprimerie de Baudouin, dimanche 2 juin 1782, p. 87 :
« Avis Divers. Le sieur Turquin est inventeur d'un bateau, appelé Bains Chinois, placé au bas du Pont de la Tournelle, vis-à-vis le quai Dauphin. Ce bateau, par sa mécanique, offre au public 22 bains, dont une moitié est destinée, d'un côté, pour les dames, et l’autre pour les messieurs. Ce bateau est ouyert dans toute sa longueur, de manière que la rivière entre rapidement et distribue ses eaux dans les cabinets servant de baignoires, à la hauteur d'environ trois pieds. Chaque cabinet reçoit ses eaux séparément et les rend par un antre conduit, de sorte que celui qui se baigne n'est jamais dans l'eau qui sert à un autre. Ces bains sont propres et se trouvent placés de manière à recevoir une eau pure, à cause de leur emplacement à la partie supérieure de Paris. Ce bateau présente une double galerie dans sa longueur, qui sert d'entrée à ces bains. Chaque cabinet est de sìx pieds quarrés, très-propre, clos et couvert. On y a ménagé jusqu'à des commodités à l'anglaise, un siège, une tablette, un portemanteau, un miroir, un cordon de sonnette, etc. »

Les bains publics ou étuves sont apparus aux XIIIe et XIVe siècles : ils sont le premier signe d’une recherche plus grande de l’hygiène corporelle. Ils ont très vite mauvaise réputation en raison de la fréquentation des lieux par les prostituées.

C’est aussi le cas des bains flottants sur la Seine. Ces bains étaient des bateaux arrimés, divisés en appartements qui offraient au client une baignoire et de l’eau chaude ou froide à volonté. Ils utilisaient directement l’eau pompée dans le courant. Le premier fut créé le 13 mars 1761 par un barbier – Poitevin – près des Tuileries. Ce bateau avait un étage. Cet étage, comme le rez-de-chaussée, était divisé par une galerie qui permettait d’ouvrir, de chaque côté, sur 12 à 15 chambres de bains. Chacune était éclairée par une fenêtre donnant sur la rivière. Le second établissement de bains flottants s’établit la même année près du quai d'Anjou à la pointe de l'Ile Saint-Louis.

Le 2 juin 1782, la Gazette de santé, contenant les nouvelles découvertes sur les moyens de se bien porter & de guérir quand on est malade annonce la création par Turquin, au bas du pont de la Tournelle, quai Dauphin, de Bains dits chinois – à ne pas confondre avec les Bains chinois du boulevard des Italiens. Ce sont les bains dont parlent Gardane et Thiéry. Le fleuve passait au travers de plusieurs baignoires en bois mais la baignade ne pouvait se faire qu’en été, lorsque l’eau de la Seine était suffisamment chaude. Très vite, les Parisiens sont conquis par ces bains censés être plus hygiéniques.

Le 24 avril 1784, Guignard, qui avait racheté l’établissement de Poitevin, fut autorisé par la Ville à créer un nouvel établissement de cent bains chauds payants (vingt-quatre sols,) répartis sur quatre bateaux, en contrepartie de douze bains chauds gratuits pour les plus démunis. Deux de ces bateaux devaient être arrimés près du Pont-Royal tandis que les deux autres le seraient au pont de la Tournelle et au Quai de l’Horloge. Cependant, dès que les lettres patentes furent enregistrées, Guignard ne construisit qu’un seul bateau, énorme, qu’il plaça au Pont-Royal, près des Bains Poitevin, qu’il avait déjà installés à cet endroit, gênant ainsi la circulation fluviale. Il réussit par ailleurs, grâce à de subtiles manœuvres à éconduire les pauvres. En 1787, il fut rappelé à la loi par le Parlement.

Quant à Turquin, qui avait aussi créé une école de natation à proximité des bains chinois, il ouvrit avec son gendre Deligny la première piscine sur la Seine près du quai d’Orsay, en 1801. Cette piscine Deligny, déplacée sur d’autres barges, a continué ses activités jusqu’en 1993.