Le Val-de-Grâce

Le Monastère Royal du Val de Grâce du côté des jardins vers 1760 - Gallica

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome I, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 256-257 :
« Un peu au-dessus des Carmélites et de l'autre côté de la rue, se présente majestueusement l'abbaye royale du Val-de-Grâce. Cette abbaye de religieuses bénédictines réformées était originairement située dans une vallée près de Bièvre-le-Châtel, nommée Val-profond. Elle y était sous le titre de Notre-Dame du Val-de-la-Crèche, titre que lui avoir donné la reine Anne de Bretagne : sa fondation dans cet endroit remontait jusqu’au XI siècle. La situation désagréable de cette abbaye, dont les bâtiments exposés aux inondations étaient près à tomber en ruines, fit penser aux moyens de les transférer à Paris, et ce fut à cet effet qu'on acheta un grand emplacement au Faubourg Saint Jacques et une maison appelée le Fief de Valois ou le Petit Bourbon en 1625.
La reine Anne d'Autriche, s'étant déclarée la fondatrice de ce nouveau monastère, fit rembourser les 36 000 liv. payées pour le prix de cette acquisition. Les religieuses en prirent possession le 10 septembre de la même année, jour où cet établissement fut béni sous le titre de Val-de-Grâce de Notre-Dame de la Crèche. Mais ce ne fut qu'après la mort du cardinal de Richelieu et celle de Louis XIII, que cette Princesse, mise à la tête de l'administration, put exécuter le vœu qu'elle avait fait de bâtir un temple au Seigneur qui avait exaucé ses prières, en faisant cesser une stérilité de vingt-deux ans, et donnant un héritier à la Couronne. Ce monument, un des plus magnifiques et des plus réguliers qu'on ait érigés dans le siècle dernier, est dû à la piété de cette princesse, femme de Louis XIII, qui le fit élever en action de grâces de la naissance du roi Louis XIV. Ce fut le roi lui-même qui posa la première pierre de l'église, le 2 avril 1645, n'étant âgé que de 7 ans. Et Monsieur, frère unique du roi, posa celle du cloître en 1655.
L'architecture est du dessin de François Mansart, qui en monta les travaux jusqu’au rez-de-chaussée ; mais pour des raisons particulières, il fut changé. LeMuet, architecte, fut mis à sa place, ayant sous lui LeDuc et Duval, dont l'un conduisait les dedans et l'autre les dehors. Mais tous trois ensemble, quoiqu'en réputation, ne répondirent pas à ce que l'on attendait d'eux. Mansart, piqué avec justice, se vengea de leur incapacité de la manière la plus ingénieuse. II entreprit la chapelle du château de Fresnes à sept lieues de Paris, où il exécuta en petit le superbe dessin qu'il avait imaginé pour le Val-de-Grâce et en fit un chef-d'œuvre. »

La reine Anne d’Autriche, très pieuse, faisait de fréquentes retraites dans les abbayes de femmes autour de la capitale. En dehors de la prière, elle trouvait dans ces lieux des endroits qui lui permettaient d’échapper aux intrigues de la cour. Elle se lia d’amitié avec la prieure d’une abbaye bénédictine située dans une vallée près de Bièvre-le-Châtel, nommée Notre-Dame du Val-de-la-Crèche. C’est cette abbaye, en partie ruinée, qui fut transférée au sud de Paris sur un terrain donné par la reine, l’hôtel du Petit-Bourbon. En 1625, les religieuses s’installèrent dans les premiers bâtiments construits, le reste n’étant terminé qu’à la fin des années 1650.

L'abbaye du XVIIe siècle (mai 2012)
L'entrée de l'église (mai 2012)  

La longueur des travaux est due au fait que le roi accepta très mal les retraites de sa femme qui ne lui avait pas donné d’héritier. Il lui interdit même de se rendre à l’abbaye en 1636-1637. L’année suivante, la reine donna naissance au dauphin. En 1642, le cardinal de Richelieu, premier ministre, mourut et, quelques mois plus tard, le roi à son tour décéda. La reine, devenue régente du royaume et proche du cardinal Mazarin, put alors financer la fin de la construction du Val de Grâce. Ainsi, en 1645, le jeune Louis XIV posa la première pierre de l’église de style baroque conçue par François Mansart, église dont la reine avait fait le vœu avant de devenir mère. Mansart ne termina pas l’église puisqu’il fut renvoyé au bout d’un an, peut-être en raison du coût des travaux du palais que la reine voulait construire à proximité. Ce furent les architectes Jacques Lemercier, Pierre Le Muet et Gabriel Leduc qui achevèrent les travaux.

À la Révolution, l’abbaye devint un bien national. En 1793, la convention nationale décida que l’abbaye serait un hôpital militaire. En 1797, l’hôpital devent un centre d’instruction pour les services médicaux militaires, l’École du Val-de-Grâce, ce qu’il est toujours. Les bâtiments modernes de l’hôpital ont été construits sur le jardin de l’ancienne abbaye, un musée, une bibliothèque et l’école occupent toujours les bâtiments conventuels, à proximité de l’église.