Les rues de la Truanderie et le puits d'amour
En rouge, l'emplacement du puits d'amour, sur le plan des Halles de Jaillot, dans Recherches critiques, historiques et topographiques sur la ville de Paris (1772)

 

JEAN-AYMAR PIGANIOL DE LA FORCE, Description historique de la ville de Paris et de ses environs, Paris, Chez les libraires associés, 1765, volume 3, p. 310-311 :
« Les rues de la Truanderie ont pris leur nom du mot Truand qui signifiait anciennement un gueux, un fripon, parce qu'elles étaient habitées par de ces sortes de gens, avant que la bourgeoisie y vînt demeurer. C'est sans doute pour cette raison que Cenal dans sa Hiérarchie appelle la grande rue de la Truanderie via Mendicatrix major, et celle de la petite Truanderie via Mendicatrix minor. Par ce que je viens de dire, on voit qu'il y a deux rues de la Truanderie. La petite mène de la rue de Mondestour au Puits-d'amour. La grande conduit de la rue Comtesse d'Artois à ce même Puits-d'amour. Ce puits est à la pointe d'un triangle couvert de maisons, où aboutissent ces deux rues, et où commence une rue nommée la rue du Puits-d'amour, ou de l’Arianne ou Arienne, qui est très courte, et se termine dans la rue S. Denis.
Le Puits-d'amour a pris son nom d'une raison qui lui est commune avec tous les puits qui sont dans des villes ou dans des lieux habités, c'est qu'il servait de rendez-vous aux valets et aux servantes qui sous prétexte d'y venir puiser de l'eau, y venaient faire l'amour.  »

Les rues de la Truanderie furent vraisemblablement ouvertes sur la moitié du petit fief de Thérouenne qu’Adam, archidiacre de Paris, puis évêque de Thérouenne, garda après avoir cédé l’autre moitié à Philippe Auguste pour la construction des Halles. Comme l’explique Piganiol de la Force, le nom donné aux rues de la Truanderie pourrait avoir pour origine le fait qu’elles étaient mal famées. Cependant, certains ont donné une autre explication, rapprochant ce mot d’un terme cru, « truage », qui désignait « un droit à payer ». Or, comme le dit Jaillot dans ses Recherches critiques, historiques et topographiques sur la ville de Paris (Paris, chez l’auteur, 1772, p. 37-38) : « Ce carrefour était la première entrée des Halles ; il est vraisemblable qu'on y percevait les droits dus sur les marchandises qui arrivaient, et que le nom en fut donné alors à la rue. »

Les rues de la Petite et de la Grande Truanderie se rejoignaient à un carrefour, alors appelé place Ariane au centre de laquelle il y avait eu un puits bien connu des Parisiens, le Puits-d’Amour. On racontait que la fille d’un homme qui tenait un rang à la cour de Philippe-Auguste, Agnès Hellébic, s'y était précipitée par désespoir, son amoureux l’ayant trahie. Trois cents ans plus tard, la même aventure faillit se reproduire : un jeune homme cette fois, mais également en mal d’amour, y chercha aussi la mort, mais la chute fut sans conséquence sinon que celle qu’il aimait, touchée par la preuve d’amour donnée, lui promit sa main. C’est ce jeune homme qui, par reconnaissance, fit reconstruire le puits en 1525, comme en témoignait une inscription citée par Sauval dans Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris. Ce puits devint ensuite le lieu où les amants allaient se promettre mutuellement un amour éternel.

Il semble toutefois qu’en 1780, lorsqu’Aimée veut y entraîner Nicolas, le puits ne soit plus guère qu’un vestige. Sauval écrivait en effet dès 1724 dans Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris (tome 1, p. 184) : « J'y ai vu tirer de l'eau il n'y a pas bien longtemps ; depuis cela, je l'ai vu tari : présentement il est comblé et à demi ruiné. Sa margelle ne tient plus. » En 1772, c’est à l’imparfait que Jaillot en mentionne l’existence dans ses Recherches critiques, historiques et topographiques sur la ville de Paris : « [Le carrefour] subsiste encore à l'endroit où les deux rues de la Truanderie forment un angle : il y avait en ce lieu un puits commun, appelé vulgairement le Puits d'amour, qui avait été rebâti en 1525. ».