Les jardins du Tivoli
Les jardins du Tivoli aux Porcherons (1790)
L'emplacement des trois jardins du Tivoli en 1775 (carte de Jaillot).
 

BACHAUMONT, Mémoires secrets, le 14 juillet 1771 :
« Le sieur Boutin, receveur général des finances, frère de l'intendant des finances, si fameux dans l'histoire de la Compagnie des Indes, fait beaucoup parler de lui aujourd'hui, mais d'une façon plus glorieuse que le dernier. C'est un virtuose renommé par son goût pour les arts. Il a entrepris de créer dans un faubourg de Paris un jardin singulier, où il rassemblera tout ce que la nature agreste et cultivée peut fournir de productions et de spectacles, en quelque genre que ce soit. Il a nommé le lieu Tivoli, et quoique l'entreprise de ce chef-d'œuvre ne soit pas à son point de perfection, on en parle avec emphase : la curiosité l'exalte ; on se presse de l'aller voir, mais on n'y peut entrer que par billet. On veut que M. Boutin ait déjà répandu un million dans cet établissement.  »

Mémoires de la baronne d'Oberkirch, Charpentier, libraire-éditeur, 1869, Volume 1, p. 252 :
Le juin 1782 « Nous [la baronne d'Oberkirch et la comtesse du nord] allâmes avant le déjeuner visiter le jardin de M. Boutin, receveur général des finances, puis conseiller d'État, puis trésorier de la marine et frère de l'intendant des finances, dont il a été question lors de la création de la Compagnie des Indes. Il a donné à son jardin le nom de Tivoli, mais l'appellation populaire est : la Folie Boutin. Folie est le mot ; il y a dépensé ou plutôt enfoui plusieurs millions. C'est un lieu de plaisance ravissant, les surprises s'y trouvent à chaque pas ; les grottes, les bosquets, les statues, un charmant pavillon meublé avec un luxe de prince. Il faut être roi ou financier pour se créer des fantaisies semblables. M. Boutin fait souvent en cet endroit des soupers fins qui ne sont pas moins somptueux que le local.  »

Le nom de Tivoli fut donné par référence aux jardins de la ville de Tivoli en Italie centrale mais le peuple appelait ce lieu Folie Boutin du nom de celui qui commença à aménager dès 1766 ce domaine de huit hectares en y érigeant des pavillons. Boutin, fils du fermier général et lui-même receveur général des finances, orna ces jardins de rochers, de fausses ruines et de jeux d’eau. L’endroit, quoique payant, était devenu en 1771 un lieu de promenade très célèbre, ainsi que le soulignent les Mémoires secrets. Aussi est-ce l'un des endroits que visitent à Paris, en 1782, le comte et la comtesse du nord (cf. le récit ci-dessus de la baronne d'Oberkirch). L'Enquête russe y fait une rapide allusion.

À la Révolution, Simon-Gabriel Boutin fut décapité et ses jardins confisqués, mais ils ouvrirent à nouveau en 1795 sous la forme d’un parc d’attraction, qui attire beaucoup de monde, comme en témoigne Johann Georg Heinzmann dans son Voyage d'un Allemand à Paris et retour par la Suisse (1800) :

« Le jardin Tivoli attire préférablement l'attention du beau monde. Tous les étrangers et gens oisifs qui raffinent sur leurs récréations et leur variété y trouvent leur compte, car on y a rassemblé tout ce qui peut satisfaire les yeux et les oreilles. De la musiquedes salles à danserdes foiresdes bosquets des jets d’eaux, des perspectivesdes pyramides, des berceauxdes labyrinthesdes comédies en plein airdes joueurs de gobeletdes arlequinsdes bateleursdes marchands de modesdes joueurs d'orgues et de violondes chansonniers ; il y a dans ce jardin même une bergerie, où des enfants en habit de berger, gardent les troupeaux. Toutes les nuits, outre un feu d'artifice, le jardin est toujours éclairé au moyen d'un nombre innombrable de lampions, qui réfléchissent la lumière à traders des verres teints en vert, en rouge, en jaune et en bleu. Les spectateurs, qui sont souvent rassemblés jus qu'au nombre de 12 000, y restent jusqu'après minuit ; ils forment eux-mêmes, par la diversité de leurs costumes bizarres, recherchés, brillants, luisants, etc. le plus intéressant spectacle.  »

"Mode du Jour" "Les amusements de la Bague Chinoise au Jardin de Tivoli".
Gravure fin XVIIIe - début XIXe (www.lebonton.com)/
Souvenir de Tivoli (1795-99) - Gallica

Deux ans plus tard, la famille du financier récupéra le domaine, mais à la suite de dégradations, les jardins furent fermés une première fois en 1810. Ils furent définitivement lotis en 1825 par les héritiers Boutin. Actuellement, à l’emplacement des jardins du Tivoli, est bâtie la gare Saint-Lazare.