Le Temple

La Tour du Temple , où fut enfermée la famille royale en 1792 - Gallica
 
Vue du Temple le 1er septembre 1792 (Gallica) :
on exhibe la tête de la duchesse de Lamballe au bout d'une pique.

 

Le Voyageur français ou la connaissance de l’ancien et du nouveau monde. Mis au jour par M. l’Abbé DELAPORTE, tome XLII, Paris, chez Moutard, 1794, p. 332-336 :
« Après la rue de la Corderie, située derrière cet ancien hôpital [l’hôpital des Enfants rouges], on trouve le Temple. L’ordre de Malte, ou de Saint-Jean-de-Jérusalem, ne possède ce bel établissement que depuis la destruction de celui des templiers. Ces deux ordres prirent naissance à-peu-près dans le même temps à Jérusalem, au douzième siècle, et l’on croit qu’ils s’établirent à Paris peu de temps après. En 1147, les templiers y tinrent un chapitre composé de cent trente chevaliers. Le pape Eugène III et le roi Louis le Jeune y assistèrent. Dès lors on leur donna le Temple, qu’ils conservèrent jusques sous le règne de Philippe le Bel. Ce même roi confirma d’abord les privilèges dont ils jouissaient dans leur censive, qui n’était point encore dans l’enceinte de Paris, mais qui formait un bourg particulier, que l’on appelait la ville neuve du Temple. Vous savez […] quel fut le sort funeste des templiers sous le même règne, en 1312 : ils furent supprimés par le concile de Vienne. L’année suivante, le parlement rendit un arrêt qui mit en possession du Temple les chevaliers de l’ordre hospitalier de Saint-Jean ; et depuis ce temps ils en sont restés les maîtres. Le Temple a une enceinte particulière qui est à présent renfermée dans celle de Paris, mais qui, comme je viens de le dire, a été longtemps au dehors. Elle est formée de hautes murailles antiques, garnies de créneaux, avec des tours d’espace en espace. On en remarque une des plus exhaussée que les autres, accompagnée de quatre tourelles, que l’on distingue à cause de leurs toits pointus, couverts d’ardoises. Cette tour a servi de magasin d’armes. Mais à présent elle ne renferme que les titres ou archives du grand prieuré et de la langue de France, et des salles où s’assemblent les chapitres, qui se tiennent particulièrement le jour de Saint Barnabé. [...] L’hôtel des grands prieurs de France fut commencé par Jacques de Souvré, fils du maréchal de ce nom, qui avait été gouverneur de Louis XIII. Après la mort de ce grand prieur, il resta longtemps imparfait. Vers 1720 ou 1721, le chevalier d’Orléans, fils naturel du duc d’Orléans régent, ayant obtenu ce grand prieuré sur la démission du chevalier de Vendôme, fit achever, perfectionner et embellir cet hôtel. »

L’ordre du Temple avait construit cette commanderie, la plus vaste du royaume, pour servir de chef-lieu à la province de France. Elle porta le nom de Villeneuve parce qu’elle était en dehors de l’enceinte de Paris, au milieu d’un marais, et qu’il existait une maison du temple à l’intérieur des fortifications, le vieux Temple. Le bâtiment que Delaporte décrit est le donjon, la Tour du Temple haute de 50 m, construit à la fin du XIIIe siècle par le prieur Jean le Turc. À l’intérieur de la courtine, l’ordre possédait des bâtiments pour le logement des templiers, un cloître, mais aussi des bâtiments annexes pour les chevaux et une église gothique, construite sur le plan octogonal du Saint-Sépulcre de Jérusalem, ainsi que les terrains autour de l’enclos. Quand l’ordre fut dissout, ces bâtiments revinrent aux chevaliers de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem. À la fin du XVIIe siècle, une partie de l’enceinte fur abattue et des hôtels particuliers sont construits à leur place : ce sont les hôtels de l’actuel quartier du Marais. Pourtant, il devait en rester des pans importants, puisque Delaporte décrit la muraille à la fin du XVIIIe siècle.

Bien que libertin et athée, Louis François de Bourbon-Conti fut nommé en 1746 grand prieur de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Paris. Cette nomination, sollicitée auprès de Benoît XIV par Louis XV lui-même, visait à éloigner, sans pour autant l’humilier, un prince de sang ambitieux et prompt à ourdir des intrigues. Opposé à l’absolutisme et proche des Jansénistes, Conti prit du reste le parti des parlements contre le roi et ne se rendit plus à Versailles à partir de 1756. Il fit construire des nouveaux bâtiments dans l’enclos du Temple, qui échappait à la juridiction du roi. En tant que grand prieur de l’ordre, le prince Conti avait du reste des privilèges intéressants tel que le droit d’asile. Il ne revint à Versailles qu'à la mort du roi, en 1774. Il était cependant toujours aussi frondeur et Jean-François Parot laisse entendre qu’il a pu être l'un des instigateurs secrets de l’émotion populaire de la Guerre des farines. Aussi Nicolas remarque-t-il « avec intérêt » que la maison rue de Vendôme est proche des dépendances du Temple.

Après le 12 août 1792, le donjon servit de dernière résidence à la famille royale. C’est de cette prison que le roi et la reine partirent en 1793 pour l’échafaud et le jeune Louis XVII mourut dans la Tour du Temple en 1795.

La Révolution fut fatale aux vestiges du Temple : l’église, vendue comme bien national avec le cimetière qui l’entourait, fut rasée dès 1796. Quant à Napoléon, voulant éviter de rappeler le souvenir des Bourbons – qui ne pouvait que nuire à sa dynastie –, il fit raser le donjon en 1808. Depuis, il ne reste rien de cette formidable forteresse des Templiers en dehors des noms qui rappellent sa présence.