La statue équestre d'Henri IV

 

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome II, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 10-11 :
« Cette statue, dit M, de Sainte-Foix, est la première et le premier monument général et public de cette espèce qu'on ait élevé dans Paris à la gloire de nos rois. Elle est posée sur le môle ou bastion de la pointe de l'Île du Palais, qui forme place, et partage le Pont-neuf en deux parties, vis-à-vis l'ouverture de la Place Dauphine. Aux quatre coins du piédestal, qui est de marbre blanc, sont attachés sur des trophées d'armes antiques, des esclaves en bronze de grandeur naturelle, soutenus sur un soubassement de marbre bleu turquin. La figure du roi parfaitement belle, est d'un nommé Dupré, sculpteur. Le cheval, que les connaisseurs trouvent trop gros, est de Jean de Bologne, élève de Michel Ange. François Marie de Miniers, premier du nom, Grand-duc de Toscane, en fit présent à Marie de Médicis sa fille, pour lors régente du Royaume. Les esclaves et autres ornements sont de Francaville, sculpteur, natif de Cambrai. La première pierre du piédestal fut posée par Louis XIII, le 2 juin 1614, et la statue fut élevée le 23 août suivant. On mit dans le ventre du cheval une inscription en français, écrite sur un parchemin renfermé dans un tuyau de plomb, où sont marqués les noms des principaux officiers qui assistèrent à la cérémonie. Le tout ne fut achevé qu'en 1635, sous le ministère du Cardinal de Richelieu qui en ordonna les inscriptions. Elles expliquent les principales actions de ce grand roi. »

La statue représentant Henri IV à cheval, érigée quatre ans après sa mort (en 1614) sur le terre-plein où se rejoignent les deux parties du Pont Neuf, fut la première statue royale équestre, détachée de tout monument, réalisée en France. Elle était l'œuvre du fondeur Pierre Tasca, d'après un modèle de François Franqueville, élève de Jean Bologne. Elle fut longtemps désignée comme "le cheval de bronze" et devint une attraction pour les Parisiens. C'est pourquoi elle apparaît souvent comme un repère dans la série de Jean-François Parot.

Comme toutes les statues royales, elle fut fondue pendant la Révolution. Elle fut cependant reproduite à l'identique sur le Pont Neuf en 1818, selon la volonté de Louis XVIII. Le fondeur, François Lemot, utilisa le bronze d'une statue de Desaix, place des Victoires. Bonapartiste, il aurait dissimulé dans la statue une petite effigie de Napoléon et La Henriade de Voltaire, auteur détesté par la monarchie en raison de son anticléricalisme.