Saint-Jacques de la Boucherie

Église de Saint Jacques la Boucherie au XVIIIe siècle
(Garnerey, 1784) - Gallica

La Tour Saint-Jacques et la place du Châtelet
au XIXe siècle (S. Frisch) - Gallica

ABBÉ VILLAIN, Essai d'une histoire de la paroisse de St. Jacques de la Boucherie, Paris, Prault, 1768, p. 4 :
« L'église paroissiale, sous l'invocation de S. Jacques le Majeur, dont j'entreprends de donner un essai historique, est dans Paris la plus ancienne des églises qui portent le nom de ce saint apôtre. Elle a reçu le surnom de la Boucherie, à cause de l'ancienne Boucherie de Paris auprès de laquelle elle est bâtie, et peut-être comme ayant été élevée pour l'usage des bouchers qui habitaient le quartier où elle est. Les plus anciens des titres qui restent dans le trésor des archives de cette église, lui donnent ce surnom longtemps avant que deux autres églises de Paris du titre du même apôtre fussent bâties, et ainsi avant qu'il fût besoin de la distinguer de celles-ci.
C'est aussi une paroisse des plus anciennes de la partie de Paris où elle-est située, c’est-à-dire du côté que l'on distingue par le nom de ville. »

 

L’origine de cette église – dont il ne reste aujourd’hui que la tour – est difficile à dater. La première mention de cette église – et de sa paroisse – date de décembre 1119, dans une bulle papale de Calixte II. Cependant, au XIXe siècle, lorsqu’on a nivelé le sol pour prolonger la rue de Rivoli, on a découvert trois niveaux de construction sur l’emplacement de l’église détruite sous la Révolution. Quelques fragments ont alors permis d’avancer l’hypothèse d’une chapelle au Xe siècle, sur laquelle aurait été édifiée, à la fin du XIe siècle ou au début du XIIe, une église qui subit des remaniements au XIVe siècle et ne fut vraiment achevée qu’au XVIe siècle. L’église fut consacrée le 24 mars 1414 par l’évêque de Paris. C’est en 1508, selon l’abbé Villain, qu’on lui accola un clocher de style gothique flamboyant, qui fut achevé en 1522. Ce clocher subsiste sous le nom de tour Saint-Jacques.

Comme le dit l’abbé Villain, le nom de Saint-Jacques de la Boucherie vient de ce que l’église se situait en plein cœur du quartier des bouchers, près du Châtelet. Ce surnom permit en outre par la suite de la distinguer de deux autres églises parisiennes de construction plus tardive mais dédiées au même apôtre.
Comme beaucoup d’autres, l'église de Saint-Jacques jouissait du droit d'asile, ce qui signifiait que la justice royale ne pouvait y poursuivre ceux qu’elle avait condamnés. Une chambre fut d’ailleurs aménagée dans l’église en 1405 pour accueillir ceux qui venaient bénéficier de ce droit d’asile, lequel fut toutefois violé à plusieurs reprises, témoignant ainsi de la rivalité qui opposait le roi à l’Église. En 1358, le meurtrier de Jean Baillet, Trésorier de France, s'était réfugié dans l’église pour bénéficier de sa protection mais le Dauphin – le futur Charles VI – vint le faire enlever et le pendit.

En réponse à cette violation, l'évêque de Paris, Jean de Meulan, envoya ses gens détacher le corps du meurtrier, et ordonna qu’on lui fît de splendides funérailles dans l’église même dont le pouvoir royal avait violé les lois, funérailles auxquelles l’évêque lui-même assista. En 1406, parce qu’un autre criminel avait été recherché au sein de l’église, l'évêque fit cette fois suspendre le service religieux et attendit, pour reprendre les cérémonies religieuses, que le parlement condamnât cette violation. Le droit d’asile fut retiré à l’église par Louis XII.

L’église abritait les caveaux de Nicolas Flamel, qui avait financé la construction du portail donnant sur la rue des Écrivains, ainsi que celui de Jean Fernel, le médecin d’Henri II, qui assistait aussi la reine Catherine de Médicis dans ses accouchements.

À gauche, le tombeau de Nicolas Flamel, dessiné par Charles-Louis Bernier (fin du XVIIIe siècle) - Gallica
À droite, la Tour Saint-Jacques vue en novembre 2011 du quai de Gesvres

En 1797, l’église et la tour, devenus biens nationaux à la Révolution, furent achetés par un particulier nommé Dubois, lequel fit commerce des pierres de l’église. En 1824, les héritiers de Dubois firent construire sur son emplacement un marché, où l'on vendait du linge et des habits. Une trentaine d’année plus tard, l’endroit fut transformé en square, transformation à laquelle applaudirent les contemporains, tel Dulaure, qui écrivait en 1853, dans son Histoire physique, civile et morale de Paris : « Le marché, situé au pied de la tour, et qui couvre l'emplacement de l'ancienne église, occupe une superficie de quatorze cents mètres : on pourra donc faire là une place spacieuse, et qui embellira le quartier, l'un des plus sombres et des plus sales de Paris. »

Bien que la tour fût comprise dans la vente, Dubois avait eu l’intelligence de ne pas la raser, ce qui permit à la ville de Paris de l’acquérir en 1836. La ville de Paris a, en 2007, entrepris la restauration complète de cette tour.