Cimetière des Saints Innocents
  

  

 

Partie du cimetière qui donnait sur la rue aux Fers , par Charles-Louis Bernier (1786) 
Source Gallica 
Partie du cimetière adossée à la rue de la Lingerie, par Charles-Louis Bernier
Source Gallica  
 
Fragment de pierre tombale retrouvée dans une cave.

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 479 :
« Le marché aux herbages et aux choux, qui se tient rue de la Ferronnerie, et en obstrue le passage, doit être transféré incessamment sur l'emplacement du cimetière des Innocents, fermé depuis quelques années. La partie des charniers régnant le long des rues Saint-Denis, de la Lingerie et aux Fers devant être abattue, ainsi que les maisons qui y sont adossées, formera de ce lieu un très vaste marché, ouvert de trois côtés, rendra la circulation plus facile dans ce quartier, et dégagera les rues de la Ferronnerie et Saint-Honoré de bien des embarras.  »

Dans la série policière de Jean-François Parot, l’odeur des morts est évoquée à plusieurs reprises comme particulièrement prégnante. Ainsi dans L’Affaire Nicolas Le Floch, au cœur de l’hiver 1774, le marché et le cimetière des Saints-Innocents, ayant perdu leur animation habituelle, « ne se manifest[ent] que par l’odeur méphitique qui s’exhal[e] de ces lieux en dépit de la froidure du temps ».

La présence de ce cimetière est attestée dès le XIIe siècle. Sans doute existait-il auparavant puisque l’on a retrouvé sur le lieu, pendant les fouilles de 1973-74, des sarcophages en plâtre mérovingiens. Pendant des siècles, les morts du cimetière ont donc côtoyé les vivants qui venaient s’approvisionner aux différents marchés. Les plus riches y avaient une sépulture individuelle tandis que les plus pauvres y étaient jetés dans des fosses communes que l’on ne recouvrait que lorsqu’elles étaient pleines.

Les ossements, déterrés pour laisser de la place à de nouvelles inhumations, furent d’abord entreposés sous les auvents le long des trois côtés de la clôture construite à la fin du XIIe siècle. Aux XIVe et XVe siècles, le parallélépipède que formait le cimetière fut progressivement entouré d’arcades au-dessus desquels on exposait les ossements exhumés afin qu’ils fussent rapidement réduits en poudre. Il y avait quatre charniers : le Vieux charnier le long de la rue aux Fers, le Petit charnier, dit également de la Vierge le long de la rue Saint-Denis, le charnier des Lingères, parallèle à la rue de la Ferronnerie et le charnier des Écrivains le long de la rue de la Lingerie.

Les murs des galeries étaient décorés de fresques, la plus célèbre étant la danse macabre, sous le charnier des Écrivains.

Le cimetière des Innocents et le quartier des Halles. La Danse macabre. Illustrations de Paris à travers les âges [s.n.] - Gallica

C’est aussi sous une arcade qu’était enfermé le squelette d’albâtre attribué à Germain Pilon et appelé la Mort Saint-Innocent. Haute d’un mètre, la statue tenait d’une main son linceul et de l’autre un cartouche où figurait cette inscription : "Il n’est vivant, tant soit plein d’art,/Ni de force pour résistance,/Que je ne frappe de mon dard,/Pour bailler aux vers leur pitance."

La Mort Saint-Innocents par Charles-Louis Bernier (178.) - Gallica

Au XVIIIe siècle, l’odeur des morts imprégnait donc le centre de Paris. Aussi une vaste campagne fut-elle menée tout au long du siècle pour éloigner les cimetières des vivants. Cette campagne aboutira en 1780 à la fermeture du cimetière des Innocents, ce dont Mercier se félicite dans le Tableau de Paris (chapitre 205) : « Le Parlement écouta les réclamations des habitants qui environnent le cimetière ; il consulta des chimistes et des physiciens. Les connaissances nouvellement acquises sur l’air méphitique, furent employées utilement. Il fut reconnu que l’air du cimetière des Innocents était le plus insalubre de Paris. Les caves adjacentes étaient méphitisées au point qu’il fallut en murer les portes : le danger était pressant ; le cimetière fut fermé le 1er décembre 1780. »

Tous les ossements des centaines de milliers de cadavres ensevelis dans le cimetière des Saint-Innocents depuis son origine sont entreposés dans les carrières souterraines devenues catacombes. C'est ce que décrit Jean-François Parot dans L'Inconnu du pont Notre-Dame : en 1786, Bourdeau et Nicolas supervisent l'acheminement des corps du quadrilatère des Innocents jusqu'aux catacombes de Montrouge.

Sur l'emplacement du cimetière, on aménagea une place sur laquelle on installa en 1788 la fontaine des Innocents. Anciennement adossée à l'église des Innocents, elle fut dotée d'une quatrième face.