Saint-Etienne-du-Mont, l’abbaye Sainte Geneviève et le Panthéon
L'église Saint-Étienne du Mont dans la première moitié du XIXe siècle (dessin de Frederick Nash, Gallica) et en novembre 2011.
 La vieille église Ste-Geneviève et St Etienne, par Duchateau (1807) - Gallica

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 2, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 231-232, 233-234 et 240-241 :

« St-Etienne-du-Mont. La première église qui se présente sur cette place est celle de S. Étienne du Mont, dont la fondation est fort ancienne. La cure de cette paroisse dont l'église est contiguë à celle de Sainte Geneviève, a de tout temps été à la nomination de l'abbé de Sainte Geneviève et est toujours conférée à un chanoine régulier de cette abbaye. L'église de S. Étienne du Mont est très grande et bien élevée ; les principales beautés, sont les voûtes et les galeries qui tournent autour des piliers. L'on monte à ces espèces de galeries par deux escaliers dont les portes sont sous le jubé. Ces escaliers sont d’un aspect surprenant ; ils sont à jour : on voit le dessous des marches portées en l'air par encorbellement. L'architecte a voulu étonner par la hardiesse et la science de cette construction. Le jubé, orné de sculptures gothiques, n’est point assez élevé, et est porté par une voûte en cintre surbaissé. Les figures qu'on y voit sont de Biard Père. On admire trois bas-reliefs de Germain Pilon, incrustés au mur derrière le chœur, et un tombeau du Christ, autour duquel sont les trois Maries, grandes comme nature, sous une voûte dans le passage de cette église à celle de Sainte Geneviève. [...] Les tapisseries de cette église représentent le martyre de Saint Étienne, et méritent l'attention des connaisseurs.

Abbaye royale de sainte Geneviève. Clovis, premier roi chrétien, sollicité par la reine Clotilde, son épouse et par Sainte Geneviève fonda sur le Mont Locutitius, après la bataille de Tolbiac, une église qui fut consacrée par S. Rémi, en l'honneur des apôtres S. Pierre et S. Paul, vers la fin de l'an 507. Sainte Geneviève, décédée le 3 janvier 512, fut inhumée dans la chapelle souterraine de cette église que les Normands détruisirent dans leurs incursions. Elle fut reconstruite sur les mêmes fondements au neuvième siècle, et c'est probablement vers ce temps-là qu'on y établit des chanoines séculiers. Louis VII, dit le Jeune, à l’occasion d'un tumulte survenu dans la maison lors du séjour du pape Eugène III, qui vint se réfugier à Paris en 1147, leur substitua des chanoines réguliers tirés de l’abbaye de Saint Victor. Eudes, qui avait été prieur de Saint Victor, fut le premier abbé de la réforme ; douze religieux l’accompagnèrent et remplacèrent les anciens. S. Guillaume, depuis abbé en Danemark, fut le seul des anciens chanoines qui embrassa cette réforme. Depuis cette époque, la règle de S. Augustin s'est conservée dans cette maison, devenue le chef-lieu d'une congrégation, qui a pour chef un abbé. [...] Cette abbaye a été exemptée de la juridiction des évêques et soumise immédiatement au S. Siège par le pape Alexandre III en 1165 ; et par une distinction particulière, nos rois se sont réservés la connaissance de toutes les affaires de cette abbaye, qu'ils se font engagés de ne point donner en commande. Les abbés ont la prérogative d'être juges et conservateurs des privilèges apostoliques, et l'une des deux dignités de chancelier de l'Université est toujours affectée à l'un des chanoines de cette abbaye. L'ancienne église, telle qu'on la voit à présent, paraît avoir été bâtie ou du moins réparée vers le treizième ou quatorzième siècle. [...]

La nouvelle église que l’on bâtit maintenant, est un monument digne des curieux. Le terrain destiné pour cette église, fut béni par l'abbé de Sainte Geneviève, le 1er août 1758. Ce nouvel édifice, élevé sur les dessins de feu M. Soufflot, chevalier de l'Ordre du Roi, et architecte de Sa Majesté, représente par son plan, une croix grecque de trois cents quarante pieds de long, compris le péristyle, sur deux cent cinquante de large, compris les épaisseurs des murs. Le péristyle est composé de vingt-deux colonnes d'ordre corinthien : leur diamètre est de cinq pieds et demi ; et la hauteur, base et chapiteau compris, est de cinquante-sept pieds. Les six de front sur le devant portent un fronton de cent vingt pieds de large qui est évidé en dedans, et la voûte qui couvre ce péristyle est ornée de sculptures sur les arcs doubleaux et de deux tribunes aux extrémités. [...] Ce portail est une imitation de celui du Panthéon à Rome. »

L'église Saint-Étienne-du-Mont qui est la première église que décrit Thiéry sur la colline Sainte Geneviève n’est pas la plus ancienne des constructions religieuses qu’il décrit. Elle date du début du XIIIe siècle et elle est contiguë à l’ancienne église voulue par Sainte Geneviève et autour de laquelle a été construite une abbaye. La présence de nombreux pèlerins sur les reliques de la sainte explique la nécessité de ces deux églises. Elle prend le nom de Saint-Etienne-du-Mont, en rappelant le nom que portait auparavant Notre-Dame de Paris, la cathédrale Saint-Etienne-en-l’île. La population de la paroisse est nombreuse et des agrandissements de l’église sont nécessaires un siècle plus tard. À la fin du XVe siècle, l’église fut reconstruite sous la direction de l’architecte Étienne Viguier. Le gothique flamboyant et le style renaissance dominent à l’intérieur de l’église. La façade et le buffet d’orgues datent du XVIIe siècle.

L’église étant très appréciée aux XVII et XVIIIe siècles, plusieurs célébrités y furent enterrées, entre autres Blaise Pascal et Racine. Pendant la Révolution, l’église fut affectée au culte révolutionnaire avant de retrouver son rôle d’église catholique en 1801. L’église contient une châsse de Sainte Geneviève, qui date du XIXe siècle, l’originale ayant été fondue en 1793. Elle recouvre cependant la pierre tombale de la sainte déposée à l’origine dans l’église abbatiale de Sainte Geneviève. Les ossements de la sainte ayant été brûlés par les révolutionnaires, il ne reste que trois reliques au pied de la châsse.
La construction du Panthéon,
dans M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris,
tome 2, p. 240.
Abbaye Sainte-Geneviève, par Nicolas Ransonnette (17..) - Gallica  

L’abbaye Sainte-Geneviève était au départ une église construite sur un cimetière paléochrétien sur l’ordre du roi mérovingien Clovis, à la demande de sa femme Clotilde et de Geneviève. Elle était consacrée à Saint Paul et à Saint Pierre et sa construction fut décidée après la victoire de Vouillé sur le puissant royaume des Wisigoths en 507, Clovis confortant par ce geste son alliance avec les catholiques Gallo-romains. La crypte et l’église elle-même devinrent la nécropole royale des premiers mérovingiens, accueillant ainsi les dépouilles de Clovis et de son épouse. Sainte Geneviève y fut à son tour ensevelie, et la présence de ses reliques, exposées dans une châsse d’or, développa un pèlerinage qui attirait des foules de plus en plus nombreuses. Dévastée par les Normands, qui ne prirent pas Paris mais pillèrent les alentours, l’église fut reconstruite au XIIe siècle.

Le culte de Sainte Geneviève était très populaire, la châsse étant promenée dans les rue de Paris pour guérir un roi malade ou améliorer les conditions météorologiques. Ce culte trouve son origine dans le rôle que joua la sainte lors du siège de Paris par les Huns d’Attila en 451. D’origine franque, comme son nom l’indique, elle avait vingt-huit ans quand les Huns encerclèrent la ville. Elle était déjà connue pour sa vie d’ascète. Appartenant à une famille influente, elle avait assez d’ascendant pour demander aux habitants de ne pas livrer la cité aux pillards. Ces derniers, habiles à développer leur légende noire, effrayer leurs futures victimes et les inciter à se rendre, furent surpris par l’acte de résistance et levèrent le siège. Sainte Geneviève s’opposa aux Francs païens de Chilpéric Ier en 461 mais devint une partisane de Clovis qui, par habileté politique, se convertit au catholicisme, la religion de la majorité des Gallo-romains, alors que les autres barbares, bien plus romanisés que les Francs, restaient fidèles au christianisme arien. Elle mourut, âgée de huit cent quatre-vingt-dix-huit ans, en 512.

Une abbaye se développa autour de l’église et, très vite, les moines obtinrent la protection du roi de France et du pape. Au XIIe siècle, ainsi que le mentionne Thiéry, des moines qui suivaient la règle de Saint-Augustin furent installés dans l’abbaye qui prit la tête d’une congrégation, celle des Génovéfains (de Geneviève). C’est parce que l’église abbatiale était en mauvais état que l’on mit en chantier, au XVIIIe siècle, une nouvelle église, l’actuel Panthéon.

La Révolution eut raison de l’abbaye royale. En 1793, la riche châsse de la sainte fut fondue et ses reliques brûlées. L’église fut détruite en 1807 pour ouvrir l’actuelle rue Clovis, seul le clocher est conservé sous le nom de Tour Clovis, tour intégrée dans le lycée Henri IV qui occupe le reste des bâtiments conventuels. La riche bibliothèque de l’abbaye a été conservée.
L'église Saint-Étienne-du-Mont, le Panthéon et la tour Clovis, par Victor-Jean Nicolle (18..) Gallica.
Ci-dessous, l'é
glise Saint-Étienne-du-Mont et la tour Clovis,en novembre 2011

La nouvelle église décrite par Thiéry n’est qu’un chantier dans le temps des enquêtes de Nicolas Le Floch. À terme, elle aurait dû recevoir la châsse de Sainte Geneviève. Sa construction fut décidée par le roi Louis XV en 1744, à la suite d’un vœu pendant une maladie. En 1755, le projet de Jacques-Germain Soufflot fut choisi. L’architecte résidait alors à Rome : aussi ses plans pour un bâtiment de style néo-classique s’inspirent-ils du temple romain, connu sous le nom de Panthéon. La première pierre fut posée en 1764 par le roi, vingt ans après son vœu. L’architecte mourut en 1780 et son projet fut repris par Rondelet et Brébion, deux disciples qui transformèrent le plan initial. En 1791, l’église, non terminée, fut transformée par l’Assemblée Nationale en nécropole des grands hommes de la nation, ce qu’était en partie l’église voisine de Saint-Étienne-du-Mont. Le bâtiment fut alors modifié pour être en accord avec sa nouvelle fonction : il prit son apparence actuelle. En 1806, tout en restant nécropole impériale, le bâtiment redevint lieu de culte. Les Bourbons restaurèrent l’église dans sa seule fonction religieuse alors que Louis-Philippe Ier la transforma, la vouant à n’être qu’une nécropole nationale. Elle ne conserva que peu de temps cette fonction puisque Napoléon III la rétablit comme lieu de culte. Avec l’inhumation de Victor Hugo en 1885, le Panthéon cessa d’être une église et devint définitivement un monument consacré aux gloires de la nation.

Le Panthéon et la nouvelle bibliothèque Ste Geneviève, par Gaspard Gobaut (18..) - Gallica