Sainte-Avoie (ou Sainte-Avoye)

 

 
L'église des Blancs-Manteaux aujourd'hui

Le Voyageur français ou la connaissance de l’ancien et du nouveau monde,
mis au jour par M. l’Abbé DELAPORTE, tome XLII, Paris, chez Moutard, 1794, p. 157-158 et p. 162-163 :
« Le quartier Sainte-Avoie est derrière celui de la Grève, dont il est séparé, au midi, par une partie de la rue de la Verrerie. Il est borné, à l’orient, par le quartier Saint-Antoine ; au nord, par celui du Temple ; et à l’occident, par celui de Saint-Martin. [...] Si l’on entre dans la petite rue de l’Homme-armé, on arrivera bientôt à la rue des Blancs-manteaux, qui traverse celle de Sainte-Avoie dans la vieille rue du Temple. C’est là qu’on trouve le couvent des Blancs-manteaux, où un étranger, qui y est attiré par la curiosité, est bien étonné de voir des moines noirs, tels que les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. C’est que cette maison était autrefois habitée par d’autres religieux qui portaient des manteaux blancs. Ils étaient d’un ordre connu en Italie sous le nom de Servites ou serviteurs de la Mère de Dieu, dont l’institution remonte à l’an 1255. »

Ce quartier doit son nom à Sainte Avoie, une martyre qui, selon la légende, aurait accompagné Sainte Ursule en 451 et qui, captive des Huns, aurait été nourrie en prison par la Vierge avant d’être décapitée pour avoir refusé de devenir l’épouse d’un chef barbare. Ce qui restait du monastère des Filles de Sainte-Avoye et de l’hôpital dédié aux vieilles femmes infirmes, fondés par Saint Louis, fut complètement détruit par le percement, en 1838, de la rue Rambuteau.

Au début du XVIIIe siècle, le quartier Sainte-Avoye, le XIIIe de Paris, était le moins peuplé. Il ne comptait que onze mille âmes, alors que celui de la Cité avoisinait les quarante deux mille, mais il était célèbre pour ses hôtels particuliers. L’un des plus remarquables était l’hôtel de Soubise, l'actuel Musée des Archives Nationales.

Si, de la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie à celle des Blancs-Manteaux, on peut aisément suivre le parcours qui conduit Nicolas jusqu’à la maison des Lardin, il faut toutefois, pour s’y retrouver, convertir la rue du Singe en rue des Guillemites et celle du Puits en rue Aubriot.

Quant à la rue des Blancs-Manteaux elle-même, elle fut pendant la Révolution le théâtre de massacres, immortalisés dans une chanson écrite par Jean-Paul Sartre et chantée par Juliette Gréco sur une musique de Joseph Kosma : Dans la rue des Blancs-Manteaux.

Dans la rue des Blancs-Manteaux
Ils ont élevé des tréteaux
Et mis du son dans un seau
Et c'était un échafaud
Dans la rue des Blancs-Manteaux

Dans la rue des Blancs-Manteaux
Le bourreau s'est levé tôt
C'est qu'il avait du boulot
Faut qu'il coupe des généraux
Des évêques, des amiraux,
Dans la rue des Blancs-Manteaux

Dans la rue des Blancs-Manteaux
Sont v'nues des dames comme il faut
Avec de beaux affûtiaux
Mais la tête leur f'sait défaut
Elle avait roulé d'son haut
La tête avec le chapeau
Dans l'ruisseau des Blancs-Manteaux