Saint-Sulpice
Vue perspective de l'église Saint-Sulpice, Jean Baptiste Lallemand (XVIIIe siècle).
Source Gallica.
  Saint-Sulpice, mai 2012

Le Voyageur français ou la connaissance de l’ancien et du nouveau monde, mis au jour par M. l’Abbé DELAPORTE, tome XLII, Paris, chez Moutard, 1794, p. 33-35 :
« On ne peut pas fixer précisément l’époque de sa fondation, qu’on croit être du onzième siècle. [...] Mais comme le faubourg ne se trouvait pas bien peuplé, [l'église] était petite. Sous le règne de François Ier, elle parut déjà insuffisante pour le nombre des paroissiens. On y ajouta, en 1548, une nef en prolongation, le vieux bâtiment restant pour le chœur. En 1614, on ajouta des chapelles à cette nef, et, en 1646, on arrêta un plan de nouvelle construction. [...] On en forma un autre en 1655. [...] La partie du chœur, qui était la plus ancienne, fut abattue, rebâtie, et achevée en 1675. Celle de la nef, qui n’était que du seizième siècle, subsista jusqu’en 1701. [...] Enfin en 1701, on abattit la nef, et l’on travailla encore assez lentement à en faire une autre, jusqu’en 1715, et même en 1718. [...] La nef fut entièrement achevée en 1736. [...] Depuis cette époque on a achevé entièrement le portail, et bâti deux tours servant de clocher. »

La construction a continué jusqu'en 1749. La conception de la façade, composée de deux portiques superposés et de deux tours inégales, hautes de soixante-huit et de soixante-treize mètres est due principalement à l'architecte Servandoni. Le vaisseau a cent quarante mètres de long et trente-trois mètres de haut sous voûte. Le résultat fut diversement aprécié au XVIIIe siècle. Voltaire, dans dans Des Embellissements de Paris, cite cette réalisation comme une contribution essentielle à la beauté de la capitale. Le père Marc-Antoine Laugier – cité dans L'Affaire Nicolas Le Floch – se montre beaucoup plus réservé dans son Essai sur l’architecture (Paris, Duchesne, 1753). « Je ne suis ni frappé ni saisi, je trouve l’édifice fort au-dessous de sa réputation. Je ne vois que des épaisseurs et des masses », écrit-il, ajoutant :

« Que dirai-je du grand portail ? C’est une idée excellente, mais manquée. Le sieur Servandoni touchait presque à la perfection, il s’est arrêté en deçà. Pour faire quelque chose de ce portail, il aurait fallu accoupler les colonnes non en profondeur, mais de front ; supprimer dans le premier entablement cette énorme corniche dorique, qui aura tant de peine à résister aux injures de l’air ; mettre le second ordre en colonnes isolées comme le premier, au moyen de quoi on aurait au moins sauvé l’ouvrage d’un excès de grossièreté. »

En 1783, dans L'Année du volcan, Nicolas déplore « que cette église magnifique ne soit point terminée ». Seule la tour nord, dans laquelle on vient de placer les cloches, est achevée mais « la grande place envisagée par l’architecte Servandoni n’a pu, faute de moyens, être menée à bien ».

Saint-Sulpice (mai 2012)

Pendant le Directoire, en 1794, les théophilanthropes se rassemblaient à Saint-Sulpice pour célébrer leur culte et le portail s'ornait d'un nouveau nom, à savoir Temple de la Raison.

Le 15 brumaire an VIII (6 novembre 1799), le conseil des Anciens, et le conseil des Cinq cents y donnèrent une superbe fête en l’honneur de Bonaparte de retour d'Égypte, ce qui valut à Saint-Sulpice de s'appeler alors Temple de la Victoire. Six mois après, l'ancien nom de l'édifice fut rétabli.

Le dimanche 23 décembre 1804, le pape Pie VII y célèbra la messe.