Saint Jean de Latran
Tour de l'ancienne commanderie de St Jean de Latran (dessin du XIXe siècle).
Source Gallica.
Ruines de l'ancienne commanderie de St Jean de Latran.
Source Gallica.

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 2, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 301-302 :
« Un passage qui est en face des Écoles de Médecine, rue St. Jean-de-Beauvais, conduit au cloître de la Commanderie de St. Jean-de-Latran, dont l'entrée principale est par la place de Cambrai. Ce cloître occupe un grand espace de terrain mal bâti : cet endroit étant privilégié, il y a toutes sortes d’artisans. Cette commanderie, ancien chef-lieu du Grand-Prieuré de France, possède aujourd'hui la seconde dignité qui est le Grand Bailliage de la Morée. Dans la cour principale est une tour carrée qui paraît être d'une grande antiquité et qui est le chef-lieu de l'endroit. Dans le chœur de l'église se voit le tombeau de Jacques de Souvré, Grand-Prieur de France ; morceau recommandable, composé et exécuté par François Anguier l'aîné : des pattes de lion de bronze, terminées par des rinceaux d'ornements du meilleur goût, soutiennent le sarcophage de marbre noix sur lequel on voit ce commandeur à demi-couché ; son bras droit est soutenu par un ange, une cuirasse est à ses pieds ; [...] Dans une chapelle attenant l’église est une épigraphe d'un nommé Huard, mort en 1553, après avoir fait le tour du monde. L'église paraît être de la fin du quinzième siècle. Elle sert de paroisse pour l'enclos, et est desservie par un chapelain de l'Ordre de Malte. La vieille tour que l'on voit en avant de l'église a servi autrefois pour loger les pèlerins de Jérusalem, dont les Hospitaliers avaient pris St. Jean pour patron. On ignore d'où vient à cette commanderie le surnom de Latran.
 »

Comme les Templiers, les Hospitaliers de Saint-de-Jérusalem s’installèrent à Paris au début du XIIe siècle. L’enclos de la Commanderie était d'ailleurs conçu comme celui du Temple, avec une partie réservée aux habitations, où logaient non seulement les moines et le commandeur mais aussi des artisans qui profitaient des exemptions de l’enclos. Aussi l’église était-elle celle des moines hospitaliers mais aussi de tous ceux qui vivaient dans l’enclos.

Comme cet enclos échappait à la juridiction royale, il servait de refuge à tous les pauvres, qui fuyaient la traque de la police. C'est ce que souligne Jean-François Parot dans Le Cadavre anglais : c'est entre ses murs que la vieille Émilie a trouvé asile.

La tour, en dehors de son rôle défensif, servait quant à elle d’hôpital aux pèlerins de passage.

Le nom de St. Jean-de-Latran a été donné tardivement à la commanderie au XVIe siècle. La tour et l’église survécurent à la Révolution. La tour fut le lieu des expériences du docteur Bichat au début du XIXe siècle. L’ensemble des ruines a été démoli en 1860.