Saint-Eustache

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome I, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 419-423 :
« Cette église paroissiale [est] une des plus grandes de cette Ville. Ce n'était originairement qu'une petite chapelle dédiée à Sainte Agnès, qui existait dès l’an 1113. [...] Jean de la Barre, Comte d'Étampes, prévôt et lieutenant-général au gouvernement de Paris, posa, le 19 août 1532, la première pierre de l’église qu'on voit aujourd'hui, qui ne fut terminée qu'en 1641. Cet édifice spacieux a des voûtes très élevées et assez hardies ; mais le mélange du gothique et du moderne y produit une confusion qui annonce le mauvais goût de l’architecte qui en a conduit les travaux. Les piliers y sont si multipliés, qu'il faut absolument être dans la nef pour apercevoir l’étendue de l'église. On remarque, au milieu de la voûte de la croisée et à celle qui termine le fond du chœur, deux clefs pendantes qui ont beaucoup de saillie hors du nu de la voûte, et où viennent en aboutir les arêtes. [...] Cette église, blanchie depuis quelques années, est devenue plus claire ; on a embelli quelques chapelles ; on doit refaire le maître-autel. Le portail, construit sur les dessins de feu M. Mansard de Jouy est terminé sur ceux de M. Moreau, architecte du Roi et de la Ville, et Chevalier de S. Michel, qui y a ajouté le fronton triangulaire, où M. Berner, sculpteur du Roi, a représenté dans un superbe bas-relief, le sacrifice de la messe. Aux deux extrémités sont élevées deux tours isolées en retraite de toute la saillie de l’ordre inférieur, et décorées de colonnes corinthiennes, avec pilastres, sur un attique servant de socle, et couronnées d'une balustrade. [...] Le projet est de faire une place en avant de ce portail, au moyen de laquelle on le découvrira en entier. »

 

 

Telle qu'elle apparaît de nos jours, monumentale – 33,5 m de haut, 100 m de long et 43 m de large –, l'église Saint-Eustache a été construite entre 1532 et 1640. Cependant, si sa décoration est d’époque, c'est-à-dire de style Renaissance, son architecture imite le style gothique.

La première mention d’une chapelle date de 1213. Un marchand des Halles, Jean Alais, perçut une taxe sur les paniers de poissons en remboursement d’un prêt au roi Philippe-Auguste. Le trop perçu lui permit de fonder une chapelle dédiée à Saint Agnès. En 1223, la chapelle se transforma en une église. En 1303, rebaptisée Saint-Eustache, cette église devint celle de la paroisse des Halles. La richesse des marchands permit, grâce à leurs donations, de l'agrandir au XVe siècle, avant sa transformation au XVIe siècle. En 1665, des travaux de deux chapelles entrepris sur l’ordre de Colbert entrainent la démolition de la façade, qui n’est rénovée qu’à partir de 1754.

L'église, fermée de 1793 à 1795, est ensuite transformée en Temple de l'Agriculture. Sous le Consulat, elle est rendue au culte catholique et rénovée. Ces travaux sont achevés lors de la visite du pape Pie VII, venu à Paris pour le sacre de Napoléon.

En 1844, elle fut endommagée par un incendie. Sa restauration fut dirigée par Victor Baltard, le constructeur des Halles voisines, qui fut aussi chargé de la construction du buffet d’orgues actuel. Pendant les combats des Versaillais contre la Commune de 1871, l’église subit d’importantes dégradations qui nécessitèrent une nouvelle reconstruction partielle.

Outre le tombeau de Colbert, l'église recèle le monument funéraire d'un soldat cité deux fois dans la série, à savoir le colonel Chevert.

Dans la série, elle est surtout l'endroit de prédilection de Nicolas lorsqu'il veut – grâce à l'impasse Saint-Eustache que l'on voit sur le plan et la photo – semer ceux qui le suivent.