Quartier Saint-Marcel ou Saint-Marceau

 

Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut,
Dictionnaire historique de la Ville de Paris et de ses environs, vol. II, 1778, p. 357 :
"Clos-payen. Ainsi nommé d'une maison appartenant au sieur Payen. On y blanchit une quantité surprenante de toiles, à la faveur de la petite rivière de Bièvre ou des Gobelins, qui passe auprès."

Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, Tome I, livre 4, Paris, Pocket, 1996, p. 215-216 :
« Combien l’abord de Paris démentit l’idée que j’en avais ! [...] Je m’étais figuré une ville aussi belle que grande, de l’aspect plus imposant, où l’on ne voyait que de superbes rues, des palais de marbre et d’or. En entrant par le faubourg Saint-Marceau je ne vis que de petites rues sales et puantes, de vilaines maisons noires, l’air de malpropreté, de la pauvreté, des mendiants, des charretiers, des ravaudeuses, des crieuses de tisane et de vieux chapeaux. Tout cela me frappa d’abord à un tel point que tout ce que j’ai vu depuis à Paris de magnificence réelle n’a pu détruire cette première impression, et qu’il m’en est resté toujours un secret dégoût pour l’habitation de cette capitale. »

Le faubourg Saint-Marcel – appelé aussi Saint-Marceau – était un quartier situé au sud-est de Paris, le long de la Bièvre et de la route de Melun. Il fut assez tardivement urbanisé. Le culte de Saint-Marcel – l'un des premiers évêques de Lutèce – semble dater du IVe siècle mais la collégiale fut construite au XIe siècle.

Une enceinte protégeait le faubourg. Aussi, dès la fin du XIIIe siècle, de grands seigneurs ont-ils fait édifier leurs demeures le long de la Bièvre. Un siècle plus tard, ce sont les artisans qui investirent le faubourg, attirés eux aussi par la Bièvre, dans laquelle ils déversaient tous les déchets. Les bouchers l'utilisaient comme un égout à ciel ouvert ; quant aux tanneurs et aux teinturiers, qui en utilisaient l’eau, ils la polluaient également. En dépit de cela, la Bièvre attirait des auberges sur ses rives et nombreux étaient les clients qui venaient y consommer les productions locales, à savoir du vin et de la bière.

À la fin du XVe siècle, un teinturier, Jean Gobelin, s’installa sur les bords de la rivière et, en 1663, Louis XIV y créa la « Manufacture royale des meubles et tapisseries de la Couronne », qui produisait des tapisseries réputées mais aussi de la vaisselle et des meubles vendus dans toute l’Europe. Si les artisans étaient prospères, la majorité de la population vivait sordidement, le quartier ayant mauvaise réputation :

Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, 1783, chapitre LXXXV :
« C'est le quartier où habite la populace de Paris, la plus pauvre, la plus remuante et la plus indisciplinable. Il y a plus d'argent dans une seule maison du faubourg Saint-Honoré, que dans tout le faubourg Saint-Marcel, ou Saint-Marceau, pris collectivement. [...] La police craint de pousser à bout cette populace ; on la ménage, parce qu'elle est capable de se porter aux plus grands excès. »

Dans la série, Bourdeau aménage dans ce quartier au printemps 1776, concluant : « Le peuple va au peuple. » C’est un faubourg qui a participé activement à la Révolution, ce qui explique qu’il ait été touché par les transformations haussmanniennes, l’ouverture de larges artères – les boulevards Saint-Marcel et Arago – étant un obstacle aux émeutes urbaines. Toutes les strates historiques du faubourg ont disparu dans cette rénovation, y compris la collégiale Saint-Marcel. La Bièvre, étymologiquement la rivière des castors, devenue un cours d’eau insalubre, est recouverte depuis 1912 et rejoint les égouts de Paris.