La route de la Révolte

Chemin qui deviendra en 1750 la route de la Révolte, sur la carte des environs de Paris,
dressée par le Sr Roussel et le Sr Le Rouge en 1730 (Gallica).

Maison de l'avenue de la Révolte où est mort le duc d'Orléans
le 12 juillet 1842 (Gallica)
 

 

EDMOND JEAN FRANÇOIS BARBIER, Journal historique et anecdotique du règne de Louis XV, Renouard et cie, 1851, volume 3, p. 142 :
« Juin 1750. Le Roi était venu dimanche [7 juin] coucher à la Muette, dans le bois de Boulogne, d'où il est parti lundi à quatre heures du matin, pour chasser dans la forêt. En arrivant, il a cinq relais ; il y a dix-huit lieues ; il lui faut six heures.
Ordinairement, il vient par les remparts de Paris, pour gagner la porte Saint-Denis, et messieurs de ville l'attendent sur son passage. Cette fois-ci, il est sorti du bois de Boulogne par la porte Maillot, pour traverser la plaine et gagner Saint-Denis à travers les terres ; cela a fait tenir des discours. Les uns ont dit qu'il n'avoit pas passé par Paris, par crainte, à cause des dernières émotions populaires ; les autres qu'il avoit voulu marquer du mépris au peuple, à cause de leur sédition. Le premier motif est plus vraisemblable. »

Journal et mémoires du marquis d'Argenson,Renouard, 1864, p. 213-214 :
« Juin 1750. Au lieu que Sa Majesté devait partir le 5, elle est partie secrètement de Versailles la nuit du 6 au 7 pour Compiègne, où on l'attendait peu, et, pour punition, dit-on, au peuple révolté, le monarque n'a point passé par Paris. On a ouvert un chemin nouveau dans la plaine de Saint-Denis, à travers les champs dont la moisson s'avançait, et encore craint-on qu'il ne s'embourbe par les pluies continuelles qu'il fait aujourd'hui. Tout cela a un air de fuite qui désole les bons Français ; voilà la haine inspirée au roi contre les Parisiens plus grande qu'elle n'était chez Louis XIV. »

Des enlèvements d’enfants en mai 1750 avaient soulevé une vive émotion, alimentant les rumeurs les plus folles. On accusa même le roi de se baigner dans le sang des enfants disparus. La réaction des Parisiens fut donc très violente. Un certain Labbé, qui faisait office de mouche auprès Berryer, fut même battu à mort et déposé devant le domicile du lieutenant général de police.

Face à cette émotion populaire, Louis XV – qui n’avait guère envie de prendre de risques – voulut éviter la capitale lorsque, le 7 juin 1750, il alla voir sa fille Louise de France, prieure au Carmel. Les circonstances valurent au chemin qu’il emprunta le nom de Chemin – ou de route – de la Révolte.

En fait le chemin emprunté par Louis XV existait depuis longtemps. Il est visible sur le Plan de Paris et de ses environs, de Roussel en 1730. De Versailles, on s’engageait sur la route de Versailles à Paris jusqu’au pont de Sèvres. Celui-ci franchi, on suivait le chemin des Princes jusqu’à la porte des Princes. En obliquant vers l’ouest, on gagnait la route de Versailles à Saint-Denis par où passent les convois. C'est ce chemin qu'a rejoint Louis XV le 7 juin 1750, en quittant La Muette.

Le chemin emprunté par le roi depuis 1750 pour rejoindre l'abbaye de Saint-Denis - Plan de Paris et de ses environs, de Roussel en 1730-1739 (Gallica)

Cette voie est une allée sinueuse du Bois de Boulogne, qui relie la porte de Boulogne à la porte Maillot. Au-delà de la porte Maillot, on rejoignait directement Saint-Denis en passant par la plaine des Sablons, Clichy la Garenne et Saint-Ouen : le chemin est nettement visible sur la carte des Environs de Paris, dressée par le Sr Roussel et le Sr Le Rouge en 1730. Il n’est donc pas été créé en 1750, comme le dit le marquis d’Argenson, mais il fut aménagé.

C’est ce tracé que suivra, de Versailles jusqu'à Saint-Denis, le convoi funèbre de Louis XV en 1774.

Sur la route de la Révolte s'élève la chapelle funéraire de Saint-Ferdinand, érigée à l'endroit où, le 12 juillet 1842, le duc d'Orléans – le fils aîné du roi Louis-Philippe – mourut des suites d'une chute de cheval.