Ramponneau, Le Tambour royal et La Grande Pinte

L'affluence au Tambour royal : au dehors comme au dedans (Source Gallica)

AUBLET DE MAUBUY, Histoire des troubles et des démêlés littéraires : depuis leur origine jusqu'à nos jours inclusivement, Paris, rue du Four Saint-Honoré n° 85, 1779, p. 151 :
« Ramponneau, marchand de vin de la Basse-Courtille, ayant pris pour enseigne un tambour, avec cette devise si connue, Ce qui vient de la Flûte retourne au Tambour, attira beaucoup de monde chez lui, et devint si célèbre que les grands et les petits allaient le voir par un esprit de curiosité, dont Paris de temps à autre nous fournit des exemples singuliers. Pendant très longtemps Ramponneau fut l'objet des conversations et le sujet de toutes les chansons. II vérifia la devise qu'il avait choisie ; ses affaires déclinèrent, ce qui fit que pour profiter des circonstances et de l'enthousiasme que causait son nom, sans savoir pourquoi, il s'engagea avec le sieur Gaudon pour une somme de 400 liv., à monter sur son théâtre, et à se faire voir au peuple sur les boulevards ou à la foire. Leur marché fut, qu'il en toucherait la moitié après son début, l'autre moitié cinq semaines après, sans y comprendre la moitié du bénéfice, que les représentations produiraient. »

Né en 1724 dans une région de vignobles – la province du Nivernais –, Jean Ramponeau (ou Ramponneau) s’est installé très jeune comme cabaretier à la Courtille, le mot « courtille » désignant un endroit champêtre où les bourgeois allaient se divertir, hors de l’enceinte de Paris. Ayant repris le Cabaret des Marronniers qui était situé en dehors des limites de Paris, il était exempté des taxes d’octroi. Comme il vendait son vin bien meilleur marché que ses confrères, il attira beaucoup de monde dans son cabaret, qu’il avait rebaptisé le Tambour royal.

À la date du 1er juin 1760, on lit d’ailleurs dans la Correspondance littéraire, philosophique et critique de Grimm et de Diderot que « Ramponeau, de simple cabaretier de la Courtille, est devenu un des plus célèbres personnages de la France. Pour avoir vendu son vin un peu meilleur marché que ses confrères, pour avoir donné à boire à tous les laquais de Paris, Ramponeau est devenu l'unique objet d'attention et d'entretien et de la cour et de la ville. » Le lieu était très fréquenté, y compris par des bourgeois et des nobles qui venaient s’y encanailler. Il devint un phénomène de mode : les vêtements se portaient « à la Ramponneau », « être ramponneau » signifiait être ivre et « ramponner », sortir bruyamment le matin des cabarets après une nuit de boisson. Louis XV lui-même se plaisait à écouter le compte-rendu qu’on lui faisait, à sa demande, des bons mots, souvent orduriers, de Ramponneau.

Ainsi que le décrit Jean-François Parot dans Le Sang des Farines, le cabaret du Tambour royal était une immense salle dominée par une « cheminée monumentale ». Sur ses murs on voyait une peinture où Ramponneau, représenté en Bacchus, chevauchait un tonneau. La peinture était ainsi légendée :
 

« Voyez la France accourir au tonneau
Qui sert de trône à Monsieur Ramponeaux.»

On y voyait aussi de nombreux graffitis : Mon aise fait tout, La Camargo, Belle humeur, Crédit est mort, bonun vinum laetificat cor hominis, Gallus cantavit, Le docteur et Polichinelle.

Cependant, s’il défraie la chronique en juin 1760, c’est aussi en raison de ses démêlés avec Gaudon. Ce dernier était un joueur de marionnettes qui, espérant profiter de la notoriété de Ramponneau, l’avait engagé comme acteur. Or, ayant réfléchi, Ramponneau se rétracta en raison de scrupules religieux et cassa le contrat, ce qui donna lieu à Gaudon de le poursuivre en justice. Le procès fit beaucoup de bruit, en raison du plaidoyer que Ramponneau prononça devant ses juges et dont Voltaire lui-même rend compte (Œuvres complètes, tome VIII, Paris, Firmin Didot frères, 1870, p. 600-601).

En 1772, Ramponeau ouvrit un deuxième cabaret, la Grande Pinte, à la barrière d'Antin, endroit maintenant occupé par l’église de la Trinité. Il rebaptisa ce cabaret Les Porcherons. Il y vendait du vin blanc, toujours à un prix plus bas que ses voisins et avec le même succès. En juin 1780, dans L'Honneur de Sartine, Nicolas et Bourdeau vont d'ailleurs y boire du vin blanc de Suresnes de la réserve du patron, qui leur conte son histoire.

Atteint de folie en 1800 et interné, il mourut deux ans plus tard à Paris.