Les Quinze-vingts

Adolphe Berty, Topographie historique du vieux Paris. Région du Louvre et des Tuileries,
Paris, Imprimerie impériale, 1866, après la page 68.

Vue perspective du Bâtiment principal de l'Hospice des 15-20 en 1809,
dessinée par J. B. Métoyen, caissier de l'hospice (Gallica).

 

Le Voyageur français ou la connaissance de l’ancien et du nouveau monde. Mis au jour par M. l’Abbé DELAPORTE, tome XLII, Paris, chez Moutard, 1794, p. 253-255 :
« Presqu’à côté du Palais-Royal, commence la rue de Richelieu, qui se prolonge jusqu’aux boulevards, et qui est remplie de forts beaux hôtels. Vis-à-vis de cette rue, est l’ancien emplacement des Quinze-Vingts, dont l’enclos s’étendait, il n’y a pas longtemps, derrière l’hôtel de Longueville, entre les rues Saint-Honoré, Saint-Nicaise et Saint-Thomas-du-Louvre. Mais depuis peu d’années, ce pieux établissement a été transféré au faubourg Saint-Antoine. Il remonte au temps de Saint-Louis qui l’institua, en 1260, pour trois cents chevaliers, à qui les Sarrazins avaient crevé les yeux. Par la suite on se relâcha sur la qualité de chevalier et de militaire, et l’on se borna à de pauvres aveugles, auxquels on accorda quelques rentes. Mais bientôt après, ce revenu de s’étant pas trouvé suffisant, on leur donna la permission de quêter dans les églises et dans certaines places de Paris. D’ailleurs cette maison jouissait d’assez grands privilèges, entr’autres, de celui de l’exemption des maîtrises. [...] Malheureusement, depuis peu, l’église s’est trouvée trop ancienne ; et l’on a cru qu’elle menaçait ruine. On avait rétabli une partie des bâtiments : mais la vieille église était restée. On a enfin résolu, non seulement de la raser, mais de vendre tout le terrain qu’occupait ce grand établissement, et de le transférer à l’autre extrémité de Paris. [...] On a percé sur tout ce terrain de belles rues, et bâti de belles maisons. »

Louis IX est bien à l’origine de cet hospice pour aveugles, qu’il fonda à son retour de la septième croisade d’où il revenait avec un certain nombre de chevaliers aveugles. Fondé sur une numération vicésimale, le nom fait référence aux trois cents lits (quinze fois vingt) offerts par l’établissement. En France, concurrencée très tôt par le système décimal, la numération vicésimale n'existait toutefois plus au XVIIIe siècle dans la langue courante que pour les nombres quatre-vingt et quatre-vingt-dix.

Le pape Clément IV appuya cette fondation et autorisa les aveugles à mendier. Il est vrai aussi, comme le souligne Delaporte, que les revenus de l’hôpital étaient insuffisants pour la prise en charge des malades. Dans la série, on rappelle d’ailleurs que les jours de grand brouillard, les aveugles étaient loués pour guider les passants dans les rues : empruntée à Mercier, l'anecdote est racontée pour la première fois dans L'Affaire Nicolas Le Floch, puis rappelée à maintes reprises.

En 1779, sous couvert de la louable intention d'offrir aux aveugles un endroit bien plus digne, le cardinal de Rohan transféra l’hôpital au faubourg Saint-Antoine, dans une caserne désaffectée des mousquetaires noirs. Le nombre d’aveugles qui pouvaient y être accueillis était en effet beaucoup plus important que dans l’ancien hôpital. Cependant, dans les faits, le cardinal était saisi de la fièvre spéculatrice qui s'était emparée de tous les nobles et son objectif était surtout de tirer profit de l'emplacement des Quinze-Vingts, au cœur d'un quartier qui était en pleine expansion.

En 1777, Le Cadavre anglais fait allusion à ce projet de déplacement, avec cependant une petite erreur car le roman fait allusion à la caserne des mousquetaires gris. Si, comme le mentionne Jean-François Parot, la deuxième compagnie avait bien été logée rue de Charenton, on la désignait en revanche sous le nom de mousquetaires noirs. Les mousquetaires gris constituaient quant à eux la première compagnie et logeaient rue du Bac. Les deux casernes sont visibles en 1771 sur le plan de Vaugondy. Quant aux deux compagnies de mousquetaires, elles ont été supprimées sur ordre du roi le 1er janvier 1776.

Depuis son déplacement, l’hôpital des Quinze-Vingts n'a plus changé de place.