La porte Saint-Martin

La porte Saint-Martin, dans Le Rouge, Curiosités de Paris
(Paris, Saugrain l'aîné, 1778)
La porte Saint-Martin en 1829, par Civeton (Gallica).
On y voit la perspective des portes qui ponctuent le boulevard, bordé d'arbres.
 

Georges-Louis LE ROUGE, Curiosités de Paris, Versailles, Marly, Vincennes, Saint-Cloud et des environs, Paris, Saugrain l'aîné, 1778, 8e édition, tome 1, p. 222-223 :
« Ce beau monument fut élevé en 1674, sur les dessins de Blondel, par Bullet, qui en a eu la conduite. Tout le corps de l'architecture a cinquante-quatre pieds de hauteur, & autant de largeur : il est percé de trois portes ; celle du milieu a dix-huit pieds de large, & les deux autres en ont neuf chacune. Elles sont accompagnées de bossages rustiques, avec des bas-reliefs, dont ceux du côté de la Ville représentent, l'un, la prise de Besançon, avec cette inscription : LUDOVICO MAGNO, Vesontione Sequanisque bis captis et fractis, et fractis Germanorum, Hispanorum et Batavorum exercitibus. Præfectus & Ædiles P. anno R. S. H. M. DC. LXXIV ; & l’autre, la rupture de la triple Alliance. De l'autre côté, la prise de Limbourg, & la défaite des Allemands, sous la figure de Mars qui repousse un aigle, avec ces mots : LUDOVICO MAGNO, quod Limburgo capto. Impotentes Hostium minas ubique repressit. Præfectus & Ædiles P. anno R. S. H. M. DC. LXXV. Ces beaux ouvrages sont de Le Hongre, de Le Gros, de Marcy & de Desjardins, excellents sculpteurs. Le boulevard conduit, d'un côté, à la Porte Saint Denis, & de l'autre, à celle de Saint Antoine que vous verrez ensuite. Il est partout garni de quatre rangées d'arbres qui forment une grande allée, & deux contre-allées, où l'on se promène agréablement : la vue y est belle & réjouissante. »    

L’actuelle porte Saint Martin s'inscrit dans un carré parfait. Elle fut érigée en 1674 par Pierre Bullet sur le boulevard que Colbert avait ouvert sur le tracé de l’enceinte de Charles V : elle s’élève du reste presque à la même place que l’une des portes de cette enceinte. Comme les autres portes, cet arc de triomphe, percé de trois ouvertures, glorifie Louis XIV. Les bas-reliefs célèbrent par des allégories les victoires du monarque, en l’occurrence celles remportées en Franche-Comté au cours des guerres de Hollande.

Sur la face tournée vers la capitale, l’un de ces bas-reliefs – d'Étienne Hongre – représente Louis XIV en Hercule : couronné par la Victoire, il foule au pied ses ennemis. L’autre bas-relief – de Desjardins – célèbre la prise de Besançon : une femme à genoux présente à Louis XIV les clés de la la ville. Quant à l'inscription latine mentionnée par Le Rouge, elle signifie : « À Louis le Grand, pour avoir pris deux fois Besançon et la Franche-Comté et vaincu les armées allemande, espagnole et hollandaise. Le Prévôt des marchands et les échevins de Paris. »

Vers le faubourg, sur l'un des bas-reliefs, Gaspard Marsy a donné à Louis XIV l'apparence de Mars : casqué, il repousse l'aigle germanique tandis que l'autre bas-relief – de Pierre Legros – célèbre la prise de Limbourg.