La porte de la Conférence
La porte de la conférence au XVIIe siècle, d'après une gravure d'Israël Sylvestre et Perelle
(L-M. Tisserand, Topographie historique du vieux Paris, Imprimerie impériale, 1866)

 

Pierre-Thomas-Nicolas HURTAUT et MAGNY, Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, Paris, Moutard, 1779, tome IV, p. 124-125 :

« CONFÉRENCE, ( Porte de la) ainsi nommée à cause de la première des conférences qui se tinrent à Suresnes entre les députés du Roi et ceux de la Ligue, le 19 avril 1593. Cette porte était située sur la rive droite de la Seine attenant les Tuileries, et fut démolie en 1730. Les historiens ont varié sur le nom de cette porte, sur le lieu et le temps où elle fut bâtie. M. Jaillot dans ses Recherches sur Paris, Quartier du Palais-Royal, pag. 13, dit qu'il n'y a guère d'apparence que les Conférences de Suresnes, tenues 40 ans avant que cette porte fût bâtie, lui aient fait donner le nom qu'elle a porté, et il n'est pas plus vraisemblable, ajoute-t-il, qu'elle le doive à celles qui ont précédé la paix des Pyrénées en 1659, puisqu'elle est figurée sur les plans de Quesnel en 1608, de Merian en 1620, désignée sous le nom de Porte de la Conférence dans de Chuyes, sur le plan de Gomboust de 1652, et dans les Mémoires de Brienne à l’année 1653.

Nos historiens ont confondu la Porte-Neuve, proche le Louvre, qui était presque d'alignement avec la rue St. Nicaise, et la Porte de la Conférence qui était au bout des Tuileries, à l'extrémité de la terrasse qui règne le long de la rivière. Ces deux portes ont existé toutes les deux dans le même temps, comme on peut s'en convaincre par l’inspection du plan de Boisseau de 1643, de celui de Gomboust 1652, et même du sixième plan du Commissaire Lamarre. Elle fut rebâtie, dit Germain Brice, dans le temps que le Cardinal Mazarin et Dom Louis de Haro étaient occupés aux Conférences du Traité de Paix des Pyrénées, qui fut suivi du mariage de Louis XIV. Mais l'on trouve aussi dans quelques auteurs, qu'elle portait ce nom longtemps auparavant, qui lui fut donné à l’occasion de la retraite de Henri III, le jour des barricades ; et que ce fut là que François de Richelieu, Grand Prévôt de France, père du cardinal du même nom, arrêta les peuples incités par les ennemis du royaume qui voulaient suivre le roi, pour tâcher de le surprendre : ce sage officier, en conférant avec eux, donna le temps au roi d'avancer chemin, et de s'éloigner de ces factieux, ce qu'il fit heureusement, et alla coucher à Trappe, proche de Versailles, et le lendemain à Chartres, où ses fidèles serviteurs l'allèrent trouver aussitôt qu'ils surent qu'il y était heureusement arrivé. »

Quoi qu'il en soit, détruite en 1730, la porte de la Conférence, présente sur les plans de Jaillot et de Delagrive en 1713 et 1728, disparaît des plans ultérieurs. Aussi, quelle qu'ait été la polémique au XVIIIe siècle, il paraît bien improbable que le baron Van Eyck y soit arrêté en octobre 1761 par des commis recherchant de la contrebande alors que, revenant de Versailles, il entre dans Paris (cf. L'Homme au ventre de plomb) :

« Si, jouant sur l’authenticité, la toponymie s’avère un outil efficace pour créer un effet de réel, celui-ci n’est toutefois qu’un effet d’annonce qui ne parvient pas à gommer la fiction. » (Pascale Arizmendi, "Nicolas Le Floch", le Tableau de Paris de Jean-François Parot, Presses Universitaires de Perpignan, 2010, p. 271)