Le pont Notre-Dame
Le pont Notre-Dame, en bois, avant l'édit royal de 1786. Raguenet (1756). Musée Carnavalet.
   

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome I, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 554-555 :
« La première pierre de ce pont fut posée le 28 mars 1499 par Guillaume de Poitiers, gouverneur de Paris. Une inscription mise à une des arches nous apprend qu'il fut achevé le 10 juillet 1507. [...] Ce fut Jean Jocondus, religieux dominicain né à Vérone, homme d'un mérite rare, qui eut la conduite et direction de ce pont élevé sur ses dessins. Ce pont était chargé dans toute sa longueur de trente maisons d'un côté et de trente-une de l'autre. Toute la partie du levant est abattue au moment où nous écrivons. Deux pompes placées au-dessous du pont Notre-Dame élèvent l’eau de la rivière pour la distribuer à plusieurs fontaines de la Ville. Ces pompes, de l'invention de MM. Rennequin, donnent cent pouces d’eau par minute ; quatre gros tuyaux fournissent de l'eau dans un réservoir de distribution qui est en haut. Ces pompes sont sous la direction de Madame de la Periere, une des descendantes des inventeurs. »

Il existait un pont romain sur l’axe principal de franchissement de la Seine, le cardo (axe nord-sud de la cité romaine). Ce pont s'appelait Grand-Pont entre l’île de la Cité et la rive droite. Le petit bras, vers la rive gauche, était appelé Petit-Pont. Au IXe siècle, le Grand-Pont fut reconstruit un peu plus loin, prenant en 1141 le nom de pont au Change. À sa place, on reconstruisit un autre pont en bois, appelé pont de la planche-Mibray, du nom d'une rue aujourd'hui disparue. Ce pont ayant été détruit par une crue du fleuve en 1406, le roi Charles VI fit construire à sa place le premier pont Notre-Dame. Toujours en bois, ce pont supportait soixante maisons. Non entretenu, il s’effondra le 25 octobre 1499. Sa reconstruction se fit alors en pierre, sous la direction de l’architecte Fra Giovanni Giocondo [Jean Joconde], humaniste italien de la Renaissance au service du roi Charles VIII, à la fois architecte, archéologue et savant. Ainsi qu'on peut le lire dans le texte de Thiéry, ce nouveau pont à six arches, achevé en 1507, supportait autant d'édifices que le précédent, à savoir soixante-et-une habitations et boutiques. Il était sur ce point semblable à la plupart des ponts parisiens. En 1756, Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet le peint ainsi dans La joute de mariniers entre le pont Notre-Dame et le Pont-au-Change. Le pont ne fut débarrassé de ses maisons qu'en 1786, au terme du combat mené tout au long du siècle par les hommes des Lumières pour aérer les villes. Aussi, dans Le Cadavre anglais, Nicolas Le Floch peut-il encore déplorer, comme son "contemporain" Mercier, « la présence des maisons gothiques qui surplomb[ent] le pont sur chacun de ses côtés, dérobant au regard les deux extrémités de la ville ».

Sous le second Empire, le pont Notre-Dame fut reconstruit sur ses bases mais il ne comportait plus que cinq arches. En 1919, pour faciliter la navigation sur la Seine, les trois arches du milieu furent remplacées par une arche unique, métallique, qu’il est possible d’observer actuellement.

Le texte de Thiéry signale aussi des pompes qui alimentaient les fontaines de la ville. Elles furent installées par deux ingénieurs : en 1670 pour l’une et en 1671 pour l’autre. La première fut arrêtée l’année de la démolition des maisons, la seconde continua de fonctionner jusqu’en 1858 ; elle fut démolie trois ans plus tard.