Le Pont Neuf
L'ancienne et  ... la nouvelle Samaritaine

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome II, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 8-9 :
« Ce fut Jacques Androuet du Cerceau, fameux architecte, qui donna les dessins, et eut la conduite de ce magnifique pont, le plus grand et le plus passager de Paris. Les travaux de cette grande entreprise commencèrent sous le règne de Henri II, le 31 Mai 1578. Ce Prince, accompagné de Catherine de Médicis sa mère et de Louise de Lorraine son épouse, en posa solennellement la première pierre au mois de juin suivant. Cet ouvrage demeura suspendu par les troubles qui arrivèrent dans ces temps-là. Henri IV y fit mettre la dernière main en 1604 sous la conduite de Guillaume Marchand, architecte et colonel de la Ville. Ce pont s’étend sur les deux bras de la Seine qui ont formé l'île du Palais. Sa longueur est de 170 toises ; et sa largeur, de 12, a été partagée en trois parties : celle du milieu sert pour les voitures, et les deux autres sont des banquettes ou trottoirs pour les gens de pied. Sur chaque pile est une avancée en demi-cercle, de la largeur de la pile. Autour de ces rondelles, et dans toute la longueur du pont, règne une corniche fort solide, portée par de grandes consoles soutenues ou arrêtées par de très beaux mascarons. Ce pont est formé de douze arches ; sept du côté du Louvre jusqu’au môle où est la statue d’Henri IV, et cinq depuis ce môle jusqu'au bord opposé du côté de la rue Dauphine. Une des beautés principales de ce pont est la superbe vue dont on y jouit. »

Malgré son nom, le Pont Neuf est le pont de pierre le plus vieux de Paris. Sa construction a commencé sous le règne d’Henri III en 1578 et ne s'est achevée que sous Henri IV, en 1604. Jusque là, seuls deux ponts de bois permettaient de traverser la Seine.

Le Pont Neuf est en fait composé de deux ponts indépendants qui se rejoignent sur la pointe ouest de l'Île de la Cité – dite pointe du Vert Galant – avec sept arches sur le grand bras de la Seine et cinq sur le petit bras. Ces arches n’ont pas toutes la même largeur. Les corniches du pont sont ornées de trois cent quatre-vingt quatre masques grotesques, ou mascarons.

Le Pont Neuf était une innovation en matière d'urbanisme car – contrairement à l'usage et malgré sa largeur (20 m) – on n'y avait pas construit de maisons, ce qui permettait aux Parisiens de jouir d'une belle vue sur la Seine. Seule une pompe – la Samaritaine – avait été installée sur l'une de ses corbeilles. De plus, il était bordé de trottoirs : le fait est remarquable car, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, aucune rue de la capitale n'en était dotée.

Ce monument fut très vite un objet d'attraction pour les Parisiens et les étrangers. On venait s’y promener car l'animation y était permanente. Des comédiens, des bonimenteurs, des montreurs de marionnettes et d’animaux donnaient des spectacles et des étals de commerçants s'étaient installés sur les trottoirs, remplacés en 1775 par des échoppes en pierre. Les bouquinistes envahirent les quais à partir de 1670.

Le Pont Neuf est resté un ouvrage de prestige : il fut l'objet – du 22 septembre au 7 octobre 1985 – d'un emballage de Christo.