Le pont au Change
 


 

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome I, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 490-491 :
« Ce pont, situé sur un bras de la Seine, fait face au Grand-Châtelet. Le nom de pont au Change lui vient de ce que Louis VII ordonna que son change et tous les changeurs de Paris demeurassent sur ce pont, qui originairement n'était que de bois. Ayant été brûlé le 14 octobre 1621, on le reconstruisit en pierre en 1639 ; il fut achevé en 1647, et bâti aux dépens des propriétaires incommutables des maisons qui sont dessus. A l'extrémité des deux issues de ce pont, du côté du Grand-Châtelet, est placé un monument où l’on voit une statue de Louis XIV à l'âge de dix ans ; la Victoire paraît au-dessus, tenant une couronne de laurier dont elle va couronner le jeune Prince qui est élevé sur un piédestal à côté duquel Louis XIII et la Reine Anne d'Autriche sont représentés, de grandeur naturelle, vêtus de leurs habits royaux. Ces figures sont en bronze, sur un fond de marbre noir : au-dessous sont des captifs en bas-reliefs : le tout a été sculpté par Simon Guillain. À l'autre extrémité de ce pont, vis-à-vis la tour de l'horloge du palais, est un très bon méridien, tracé dans cet endroit par M. de Cassini, en 1732, sous la prévôté de M. Turgot. Les maisons de ce pont devant être abattues incessamment, la vue des quais deviendra magnifique, et l'air en circulant librement sera infiniment plus pur. »

Avant la domination romaine, il existait un pont en bois  : c'est le Grand-Pont que cite Jules César dans la Guerre des Gaules. Ce pont fut détruit lors de la résistance organisée à Lutèce par le chef gaulois Camolugène, environ cinquante ans avant notre ère. Depuis, le pont ne cessa d'être reconstruit. Il le fut d'abord au même endroit, c'est-à-dire à l'emplacement de l'actuel pont Notre-Dame, sur le cardo (axe nord-sud de la cité romaine). Il portait alors le nom de Grand-Pont car il franchissait le grand bras de la Seine entre l’île de la Cité et le Grand Châtelet sur la rive droite, alors que le Petit-Pont enjambait le petit bras de la Seine. Lors d'une reconstruction ultérieure – vraisemblablement après la prise de la ville et l'incendie de Paris par les Vikings, à la moitié du IXe siècle –,  le Grand-pont fut déplacé à l'emplacement du pont au Change.

Le pont au Change, bâti en pierre mais surchargé de maisons, par Victor-Jean Nicolle (XVIIIe siècle). Source Gallica.

À partir de 1141, le Grand-Pont prit le nom de pont au Change, en raison des changeurs de monnaies – souvent Lombards ou Cahorsins (habitants de Cahors) – qui y avaient établi leurs officines sur ordre de Louis VII, ainsi que l’indique Thiéry. Ces changeurs avaient installé leurs bancs de change dans des boutiques construites sur le pont. Des artisans joaillers et des orfèvres avaient fait de même, interdisant définitivement toute vue sur le fleuve.

Le pont fut à plusieurs reprises endommagé par les crues du fleuve ou les glaces qu'il charriait. En 1621, c'est un incendie qui le ravagea. Aussi fut-il reconstruit en pierre, de 1639 à 1647, aux frais des artisans qui y travaillaient et qui obtinrent l'autorisation d'y rebâtir des maisons : le nouveau pont comprenait sept arches de pierre et supportait deux rangs de maisons. Ce n'est qu'en 1786, par l'édit du roi du 7 septembre, que maisons et boutiques, qui défiguraient le pont, furent détruites, démolition saluée par les hygiénistes.

Vue du Pont au Change et du Palais de justice, L Gd (17.. ) : la nouvelle perspective
offerte par le pont au Change, dégagé à la fin du XVIIIe siècle. Source Gallica.