Le Point du Jour

Source Gallica

 

La rive droite de la Seine était longée par un chemin de halage jusqu’au pont de Sèvres que Nicolas emprunte maintes fois dans la série pour aller à Versailles.

Au XVIIIe siècle, des auberges et des cabarets offraient aux bateliers les plaisirs d’une pause et c’est sans doute l’un d’eux qui donna son nom au lieu-dit : le Point du Jour, formé de quelques masures et d’un débarcadère. Le Point-du-Jour servait de débouché aux moines de l’Abbaye Ste Geneviève, qui depuis le XIIe siècle cultivaient de la vigne dans le village d’Auteuil.

"Les concerts du Point du Jour" par Jules-dolphe Chauvet (1883) - Source Gallica

Dès le XVIIIe siècle, la berge du Point du Jour était un lieu très fréquenté le dimanche par les Parisiens. Venus par des coches d’eau, ils se divertissaient dans les guinguettes et des baraques de jeux. Derrière, c’était la campagne : des potagers et des prés.
 

 

Mais ces cabarets disparurent lorsqu’on commença à aligner les quais et à les surélever pour contrer les inondations. Le Point du Jour se transforma et fut partiellement annexé par la capitale à partir du 1er janvier 1860, lorsque Chaillot, Passy et Auteuil furent rattachés à Paris. Aujourd’hui, le Point du Jour, coupé en deux par le boulevard périphérique, est divisé entre Paris et Boulogne-Billancourt. En 1866, la ligne du chemin de fer d’Auteuil, prolongée pour former la Petite Ceinture, donna naissance à la gare du Pont du Jour. Le viaduc d’Auteuil, dit du Point du Jour, œuvre de Bassompierre, qui enjambait le port, fut reconstruit en 1958 : c’est l’actuel Pont du Garigliano.

Le Port du Point du Jour ne désigne plus de nos jours que le lieu où accostent quelques péniches en contrebas du quai Louis Blériot.

Le viaduc du Point du Jour (1873) - Gallica

 

 L'ancien marché du Point du jour par JA Chauvet (1879) - Gallica

Le Point-du-Jour avec Paris au large,
Des chants, des tirs, les femmes qu'on « rêvait »,
La Seine claire et la foule qui fait
Sur ce poème un vague essai de charge.

On danse aussi, car tout est dans la marge
Que fait le fleuve à ce livre parfait,
Et si parfois l'on tuait ou buvait,
Le fleuve est sourd et le vin est litharge.

Le Point-du-Jour, mais c'est l'Ouest de Paris !
Un calembour a béni son histoire
D'affreux baisers et d'immondes paris.

En attendant que sonne l'heure noire
Où les bateaux-omnibus et les trains
Ne partent plus, tirez, tirs, fringuez, reins !

Verlaine. Jadis et Naguère, "L'Aube à l'envers"(1884)

 

 

 

 

Le point du Jour, le point blanc de Paris,
Le seul point blanc, grâce à tant de bâtisse,
En neuve et laide et que je t’en ratisse,
Le point du Jour, aurore des paris !

Le bonneteau fleurit « dessus » la berge,
La bonne tôt s’y déprave, tant pis
Pour elle et tant mieux pour le birbe gris
Qui lui du moins la croit encore vierge.


Il a raison le vieux, car voyez donc
Comme est joli toujours le paysage :
Paris au loin, triste et gai, fol et sage,

Et le Trocadéro, ce cas, au fond.


Puis la verdure et le ciel et les types
Et la rivière obscène et molle, avec
Des gens trop beaux, leur cigare au bec :
Épatants ces metteurs-au-vent de tripes !

 

Verlaine, Parallèlement, "Nouvelles variations sur le Point du Jour"(1888)