La place des Victoires  

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome I, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 300-302 :

« Ce monument de la reconnaissance de François d’Aubusson, duc de la Feuillade, Pair et Maréchal de France, pour toutes les faveurs et grâces qu'il avait reçues de Louis XIV, est situé quartier Montmartre. La place, de forme circulaire, a quarante toises de diamètre ; elle fut construite en 1686, sur les dessins de Jules Hardouin Mansard. Les bâtiments, d'une même symétrie, sont décorés de pilastres ioniques : des arcades ornées de refends en sont la base ; six rues qui viennent rendre à cette place, la dégagent beaucoup et semblent lui donner plus d'étendue. Au milieu est une statue de Louis XIV sur un piédestal de marbre blanc veiné. Ce prince est représenté debout, vêtu des habits de son sacre, foulant aux pieds un Cerbère. Derrière le roi, la Victoire, un pied posé sur un globe et l'autre en l'air, pose d’une main une couronne de laurier sur la tête de ce héros et de l'autre tient un faisceau de palmes et de branches d'olivier. Sur la plinthe et sous les pieds du roi, est cette inscription en lettres d'or : Viro immortali.

Ce beau groupe de plomb doré, accompagné du globe, d'une massue d'Hercule, d'une peau de lion, d'un casque et d'un bouclier, a treize pieds de haut ; il a été fondu d'un seul jet et pèse plus de trente milliers. Aux quatre coins du piédestal, qui a douze pieds d'élévation, sont quatre esclaves de bronze, de vingt-deux pieds de proportion, enchaînés et assis sur des trophées placés sur le soubassement qui sert d'empattement au piédestal. [...] C'est Desjardins, sculpteur, qui a donné les dessins et a conduit la fonte de ce beau monument, dont la dédicace se fit le 18 mars 1686. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme l’indique le texte de Thiéry, cette place circulaire a été créée sur une idée du maréchal de la Feuillade pour célébrer les victoires des nombreuses guerres qui ont marqué le siècle de Louis XIV. D'après l'un de ses contemporains, La Feuillade aurait eu en outre le dessein d'acheter un caveau dans l'église des Petits-Pères et de le prolonger jusqu'au milieu de la place des Victoires afin de se faire enterrer sous l'effigie de son monarque. Jean-François Parot le note d'ailleurs au passage dans L'Homme au ventre de plomb, soulignant également que la place a fait place nette dans un quartier « jadis mal famé ».
L’architecte, Jules Hardouin Mansard, a dessiné cette place en privilégiant, conformément au style des constructions classiques, la symétrie. La statue du roi victorieux est l’œuvre de Martin Desjardins. Les « quatre esclaves de bronze » représentent quatre nations vaincues par les armées du roi et illustrent les sentiments de résignation, d’abattement, de colère et d’espérance que sont censés ressentir les peuples défaits.
La place des Victoires avec la statue en pied de Louis XIV, dans Description de Paris,
de Piganiol de la Force ( 1742). Source Gallica.
En 1792, la statue royale est fondue pour produire des canons, glorieuse fin pour un monarque belliqueux. Les nations vaincues sont préservées et actuellement visibles au Musée du Louvre. La place change de nom et devient place des Victoires nationales. En 1810, Napoléon fait ériger une statue du général Desaix, général révolutionnaire tué à Marengo (Italie) mais, en 1828, Charles X lui substitue une nouvelle statue de Louis XIV : il s'agit cette fois d'une statue équestre, que nous pouvons encore voir de nos jours.
 
La place des Victoires et sa statue équestre au siècle suivant : Dulaure, Histoire physique, civile et
morale de Paris depuis les premiers temps historiques jusqu’à nos jours
(1829).