Place Vendome ou place Louis-le-Grand
La place de Louis le Grand avec la représentation de la marche des chars et cortège des gardes de la ville le 13 février 1747 (Gallica)
La foire Saint-Ovide sur la place Vendôme vers 1760 (Gallica) Le rétablissement de la statue de Napoléon Ier sur la place Vendôme.
Gobaut, 1833-1863. (Gallica)

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 121-122 :
« M. le Marquis de Louvois, Secrétaire d'État et Surintendant des Bâtiments du Roi, ayant inspiré à Louis XIV l'idée d'acquérir 1'hôtel de Vendôme et tous les terrains voisins, pour en former une place qui, en facilitant la communication des rues St. Honoré et neuve des Petits-Champs, fut décorée de bâtiments où l'on pût placer magnifiquement la Bibliothèque royale, les Académies, l'hôtel des Monnaies, et un autre pour les Ambassadeurs extraordinaires. La disposition de ces bâtiments devant être sur trois lignes, le côté de la rue Saint-Honoré devait être tout ouvert pour donner plus d'air et d'étendue à cette place, qui aurait eu 86 toises de longueur sur 78 de largeur.
Ce vaste et magnifique projet adopté par le roi, les acquisitions se firent et, les démolitions terminées en 1687, les travaux commencèrent et continuèrent jusqu’à la mort du Marquis de Louvois, arrivée subitement en 1691 : pour lors tout fut abandonné. Le roi donna à l'Hôtel-de-Ville les terrains et matériaux, à la charge de faire bâtir une place sur les plans et dessins de Jules-Hardouin Mansart. Cette nouvelle place, qui existe aujourd'hui, fut commencée en 1699. Sa figure est un carré tronqué dans les angles : elle a 75 toises de long sur 70 de large, et n'est ouverte que par les deux extrémités, c'est-à-dire, rue Saint-Honoré en face des Feuillants, et rue des Petits-Champs vis-à-vis les Capucines. L'architecture qui règne au pourtour est d'ordre corinthien en pilastres ; au milieu de chaque face sont des corps avancés, revêtus de colonnes engagées qui portent des frontons triangulaires, dont les tympans sont décorés des armes de France : sur les entablements sont des figures assises. La base totale de ces édifices est un stylobate ou piédestal continu, orné de refends et d'arcades en plein cintre dont la clef est couverte d'un mascaron. Les chapiteaux, bandeaux de fenêtres, et autres ornements de sculptures ont été exécutés ou conduits par Jean-Baptiste Poultier, sculpteur de l'Académie Royale. Au milieu de cette place est la statue équestre de Louis XIV, en bronze, vêtu à la Romaine, sans selle et sans étrier. »

Dans la série, la place est nommée soit place Louis-le-Grand, soit place de Vendôme. Comme le souligne Jacques-Antoine DULAURE, dans son Histoire physique, civile et morale de Paris (Paris, Guillaume et compagnie, 1821-1822, tome VI, p. 459), l’histoire explique très bien ces deux noms, l’hôtel de Vendôme ayant été détruit pour créer l’espace nécessaire à l’aménagement de la place : « Cette place fut alors nommée place des Conquêtes. Quand on y eut placé la statue équestre de Louis XIV, on voulut lui donner le nom de place de Louis-le-Grand, et, pendant la révolution, celui de place des Piques ; mais le vulgaire routinier, lui continuant la dénomination de l'hôtel qu'elle remplaçait, l'appela constamment place Vendôme, et ce nom a prévalu. »

Un autre bâtiment fut racheté et détruit pour dégager de l’espace, à savoir le couvent des Capucines, reconstruit au nord de la place en 1688. Comme l'église de ce couvent abritait les reliques de Saint Ovide, données en 1665 par le duc de Créqui, il s'établit sur la place Vendôme une foire, la foire de saint Ovide, qui avait lieu à la fin d'août. Cette foire était très prisée à la moitié du XVIIIe siècle.

Jules-Hardouin Mansart construisit les façades classiques des bâtiments afin de donner une unité architecturale à la place. À la mort du promoteur, Louvois, les façades furent cédées à la ville et les bâtiments publics abandonnés au profit d’hôtels particuliers. On se souvient, que dans Le Noyé du Grand Canal, c'est là que Nicolas assiste à une séance de Mesmer, dans l'hôtel des frères Bourret.

En 1792, la statue de Louis XIV fut détruite et la place prit le nom de place des Piques l’année suivante. Sous le premier empire, la colonne Vendôme, imitée de la colonne Trajane à Rome, remplace la statue. Napoléon Ier se faisant statufier lui aussi en César. La colonne est abattue en 1871 par la Commune et rétablie par la IIIe République.

La place est connue aujourd’hui pour abriter les grandes maisons de joaillerie : Boucheron, Cartier, Chaumet, etc. Elle l'était déjà au XVIIIe siècle. Ainsi, dans L'Enquête russe, Nicolas revient-il place Vendôme pour y interroger le joailler de la reine, M. Böehmer.