Le Petit Trianon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'entrée duPetit Trianon (Wikipédia)

 

Vue panoramique du jardin. Temple de l'Amour (Wikipédia)   

 

KARAMZIN, Voyage en France, 1789-1790, Paris, Librairie Hachette et Cie, 1885, p. 266-267 :
« D'agréables bosquets avec des parterres à l'anglaise entourent une petite maison isolée, dédiée par l'Amabilité à l'Amabilité et aux calmes divertissements d'une société choisie. Ce n'était pas la Reine, c'était seulement la belle Marie qui s'y faisait maîtresse de maison pour donner l'hospitalité à ses amis. Là, dans une galerie basse, cachée aux regards par une épaisse verdure, avaient lieu les plus agréables soupers, des concerts, les danses des Grâces. Les sofas et les fauteuils ont été couverts par le travail personnel de Marie-Antoinette ; les roses qu'elle a brodées m'ont paru plus charmantes que toutes les roses naturelles. Le jardin de Trianon est la perfection des jardins anglais. Nulle part il n'y a de froide symétrie. Partout règnent un charmant désordre, une gracieuse simplicité et des beautés champêtres. Partout les eaux suivent un libre cours, et leurs rives fleuries semblent attendre quelque bergère. Une charmante petite île se montre au regard ; dans l'épaisseur sauvage d'un petit taillis s'y élève un temple de l'Amour, où l'habile sculpteur Bouchardon a représenté l'Amour dans tout ce qu'il a de plus attrayant. Le tendre Dieu, de son regard caressant, donne la bienvenue aux passants ; dans les traits de son visage on n'aperçoit aucune astuce dangereuse, aucune perfidie traîtresse. L'artiste nous a montré l'Amour innocent et heureux. — Je vais plus loin ; j'aperçois de petites hauteurs, des champs cultivés, des prairies, des troupeaux, des chaumières, une grotte sauvage. Après les créations magnifiques, mais fatigantes de l'Art, je retrouve la Nature ; je me retrouve aussi moi-même, avec mon cœur et mon imagination. Je respire à mon aise, librement ; je goûte le calme de la soirée ; je me réjouis de voir le coucher du soleil.... Je voudrais l'arrêter, le fixer sur la voûte azurée, afin de rester plus longtemps dans le ravissant Trianon. La nuit arrive.... Adieu, lieux enchanteurs. »

Le territoire du village de Trianon a été intégré dans le parc du château de Versailles dès sa construction et son nom est resté. En 1687, Louis XIV y fit construire par l’architecte Mansart, un palais appelé Grand Trianon ou Trianon de marbre.

Le Trianon de marbre au XVIIIe siècle (Gallica)

Au milieu du XVIIIe siècle, le roi Louis XV et Mme de Pompadour, influencés par les Physiocrates, décidèrent l’implantation d’un potager et de serres pour cultiver de nouvelles plantes et des fruits tropicaux. Dans le même esprit, une ménagerie reçut des animaux domestiques. À proximité, l‘architecte Gabriel créa un jardin à la française et bâtit deux nouveaux bâtiments.

Grâce au Jardin du roi, Bernard de Jussieu et Claude Richard y développèrent un jardin botanique exotique en 1759. Les années suivantes, l’architecte Gabriel fut sollicité pour construire un petit château pour Mme de Pompadour mais cette dernière mourut avant l’achèvement des travaux en 1768. Ce château, très simple, correspondait aux goûts du roi et de ses favorites, loin de l’étiquette de Versailles.

À la mort de Louis XV, le nouveau roi offrit le domaine à sa jeune femme Marie-Antoinette, ravie de ce cadeau qui lui permettait de fuir Versailles. Elle transforma peu les bâtiments mais modifia profondément les jardins, ce que constate L’Enquête russe :

« La reine a ordonné à Richard d’en modifier le dessin. Imaginez qu’à la place de la serre chaude que goûtait tant notre feu roi… Il tira son chapeau. — … je crus être fou de découvrir des montagnes, un grand rocher et une rivière. Jamais deux arpents de terre n’ont tant changé de forme ni coûté tant d’argent. Quelques parties me parurent manquées. Trop de genres mêlés, le désordre anglais, le ton chinois et l’architecture grecque. En revanche je félicite Richard qui, se livrant à son goût et à son talent, y place de grands arbres et des espèces rares de toutes sortes. »

C’est Richard Mique qui dessina le jardin à l’anglaise décrit dans le roman de J.F. Parot, y intégrant un lac, une île, une rivière, une montagne, des rochers et une grotte. Le jardin botanique de Claude Richard fut détruit et ses éléments intégrés par Buffon dans les Jardins du Roi. En 1777, les dépenses engagées par la reine étaient telles que Necker, directeur du Trésor demanda l’arrêt des transformations. La reine obtint néanmoins la construction d’un grand rocher, d’un temple, d’un jardin alpin et d’un théâtre inauguré en 1780. Le Hameau de la reine est postérieur à L’Enquête russe : il date de 1783.

Dans L'Année du volcan, en juillet 1783, Nicolas admire le lieu :

« Il s’arrêta un moment pour admirer le bâtiment, ses allégories des quatre saisons et les huit sphinx à tête de femme accroupis sur les marches. [...] Au milieu du pavillon, Marie-Antoinette était assise devant une table aux pieds de bronze doré. De là elle pouvait admirer son domaine, distinguer le rocher et sa grotte, la chute d’eau et le pont tremblant, le lac, ses ports et sa galère fleurdelisée, enfin le temple de l’amour et la rotonde. »