Le Palais Royal
Le Palais-Royal en 2010.
M. Thiéry, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris,
1787, tome 1, p. 270.
IIllustration de Jean-Baptiste Scotin, dans la Description de Paris,   
de Jean Aimar Piganiol de la Force, Théodore Legras, Paris, 1742 - Gallica 
 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 236, 238, 265, 266 et 268 :
« Les fondements de ce palais [...] furent commencés en 1629, sur les ruines des hôtels de Mercœur et de Rambouillet, par Jacques le Mercier, architecte d’Armand-Jean Duplessis, cardinal et duc de Richelieu, Cet édifice fut d'abord appelé hôtel de Richelieu, et ensuite palais Cardinal. Ce cardinal ayant légué au roi ce palais et plusieurs meubles et bijoux d'un grand prix, par son testament fait à Narbonne en 1642, le 7 octobre 1643, la reine Anne d'Autriche, veuve de Louis XIII, régente du royaume, quitta le Louvre pour venir s'établir au Palais Cardinal avec le roi Louis XIV et le duc d'Anjou ses fils ; pour lors on donna à ce palais le nom de Palais Royal qu'il a toujours retenu depuis. Louis XIV, après en avoir accordé la jouissance à Monsieur son frère, l'a donné à M. le Duc d'Orléans son petit-fils en faveur de son mariage avec Marie de Bourbon, légitimée de France. II n'existe plus des bâtiments construits par le Mercier que les parties latérales de la seconde cour.
La façade extérieure de la première cour a été décorée de nouveau sur les dessins de M. Moreau, architecte du roi et Chevalier de ses Ordres, lors de la reconstruction de la salle d'Opéra après l'incendie dit 6 Avril 1763.
L'ordre dorique règne dans toute l'étendue de la façade extérieure de ce palais sur la rue St. Honoré. [...] Toute la décoration de ce palais va être changée par le nouveau projet de M. Louis, habile architecte, dont Mgr. le Duc de Chartres a agréé les plans, et dont l'ensemble magnifique s'étend uniformément dans le pourtour du jardin, qui, quoique resserré dans un plus petit espace, ne perd rien de ses agréments. [...]
Mgr. le Duc d'Orléans a voulu, 1°- qu'il fut élevé un corps de bâtiments dont l'étendue fût de la largeur du jardin, pour servir à l'augmentation de l'ancien palais. 2°- Qu'un autre bâtiment environnant tout le reste du jardin, réunît à l'avantage de masquer les anciennes maisons, qui étaient sans agréments pour le jardin, celui de pouvoir être occupé par des particuliers aisés, et décoré avec assez de richesse pour sembler être une dépendance immédiate et nécessaire du palais. 3°- Enfin qu'il fut établi dans toutes ces nouvelles constructions des promenoirs couverts à l'usage du public, qui communiquassent ensemble, et qu'on ouvrirait également dans la suite, dans tout le rez-de-chaussée du palais habité aujourd’hui. [...]
Le rez-de-chaussée des trois corps de bâtiments, décoré en pilastres, est en partie occupé par des boutiques, où l'on trouve des choses de luxe et d'agrément, et par une galerie-couverte, percée autour du jardin par cent quatre-vingts arcades, à chacune desquelles il y a un réverbère ; quoique cette galerie ne serve que de communication pour joindre le palais, où seront établis les principaux promenoirs, on a encore ménagé dans la partie parallèle à la rue neuve des Petits-Champs, deux vestibules, chacun de cinquante pieds de long sur soixante de profondeur, afin de faciliter la réunion du public, ainsi que les débouchés. »

Le palais devenu royal a connu un épisode de la Fronde, ce que Thiéry ne mentionne pas. En 1648, la foule parisienne envahit le palais pour vérifier la présence de la famille royale soupçonnée de vouloir chercher refuge en province. Devenu roi, Louis XIV abandonne le palais pour le Louvre tout proche et le confie à son frère Philippe en 1661. En 1692, Philippe II, duc d’Orléans et futur régent de France en devient propriétaire.

Le palais d’origine construit pour le Cardinal de Richelieu en 1622 par l’architecte Jacques le Mercier a pratiquement disparu dans le vaste projet immobilier du Duc de Chartres, Louis Philippe IV Joseph d’Orléans, en 1781. C'est un incendie du palais en 1773 qui est à l'origine de ce projet. Celui-ci, imaginé par M louis, était innovant en ce sens qu'il envisageait de rentabiliser la reconstruction du palais par la vente de boutiques à des commerçants au rez-de-chaussée des bâtiments. On construisit à cet effet, dès 1781, des galeries qui firent parler les Parisiens non seulement parce qu'elles furent la cause de l'abattage des arbres de la grande allée, qui avait été conçue sous Richelieu, mais aussi parce que leur caractère public encourageait les gens du peuple à les fréquenter. Les jardins eux-mêmes cessaient d’être privatifs pour devenir des jardins publics. Le duc y gagna finalement en popularité, ce qui était aussi le but du futur Philippe-Égalité. Le lieu devint très fréquenté, non seulement parce qu’il y avait des théâtres et des cafés, mais aussi parce que de nombreuses prostituées fréquentaient les galeries et le jardin.

Voici ce qu'écrivait Goldoni, qui avait visité Paris en 1781 (Mémoires de M. Goldoni pour servir à l'histoire de sa vie et à celle de son théâtre, Paris, Chez la Veuve Duchesne, 1787, volume 3, p. 243-244) :
« Voilà le Palais-Royal renouvelé, rebâti, achevé : on a beau dire, on a beau critiquer, je n'y entre jamais sans un nouveau plaisir, et l'affluence du monde qui le fréquente actuellement, vient à l'appui de mon jugement.
L'enceinte du jardin est rétrécie, dit-on ; elle est encore assez vaste, pour offrir des allées d'été, des allées d'hiver, et un espace très considérable au milieu, qui n'est jamais rempli. — Il n'y a pas assez d'air. — Ceux qui ne cherchent que de l’air doivent préférer les Champs-Élysées ; mais ceux qui aiment à rencontrer dans le même endroit la société, le plaisir et la commodité, auront de la peine à se détacher du Palais-Royal.
Des arcades qui garantissent de la pluie et du soleil, des marchands très-achalandés, des magasins d'étoffe, de bijouterie et tout ce qui peut fournir à la parure, à l'habillement, à la curiosité ; des cafés, des bains, des restaurateurs, des traiteurs, des hôtels garnis, des établissements de société, des spectacles, des tableaux, des livres, des concerts, des appartements assez commodes en dedans, très ornés et trop ornés peut-être en dehors ; toujours du monde, des gens d'affaire, des commerçants, des politiques, chacun y trouve à s'occuper utilement, à s'amuser agréablement ; autant les goûts sont différents, autant les plaisirs du Palais-Royal sont variés.
Il arrive parfois, quelques querelles, quelques tapages. Mais où n'en arrive-t-il pas ? La police y veille comme partout ailleurs ; et il y a de plus, des Suisses toujours prêts aux premiers mouvements.
Des gens de mauvaise humeur trouvent le Palais-Royal indécent ; il n'y a rien à craindre pour les personnes décentes ; j'ai vu suivre aux Tuileries, des femmes très honnêtes, et les forcer de se retirer, parce qu'elles avaient quelque chose d'extraordinaire dans leur parure, ou dans leur figure ; cela n'est jamais arrivé au Palais-Royal, il y a trop de foule pour qu'une personne soit fixée et entourée d'une cohue de curieux ou d'étourdis.
On a soin dans certains jours et dans certains moments de séparer le peuple d'avec le monde comme il faut ; s'il s'en mêle quelquefois mal à propos, les cotillons des bonnes ne salissent pas les robes des dames parées ; c'est en passant, on n'y prend pas garde ; c'est un endroit public, un endroit marchand, utile, commode, agréable ; vive le Palais-Royal. »

Les galeries du Palais-Royal

En 1789, ce même jardin se trouva au centre de l’agitation révolutionnaire : les gardes allemands y chargèrent la foule et, devant le Café de Foy, Camille Desmoulins y appela les Parisiens à rechercher des armes pour défendre l’Assemblée Nationale. Dans cette recherche des armes, le peuple de Paris s’empara de la prison de la Bastille. Philippe Égalité fut guillotiné en 1793 et son palais devint bien national.

Napoléon Bonaparte y logea jusqu’en 1807 l'une des assemblées sans pouvoir de son régime dictatorial, le Tribunat. La famille d’Orléans récupéra le palais au retour des Bourbons en 1814 et l’habita jusqu’à la révolution de 1848, même si le palais officiel du roi était celui des Tuileries. Le fils de Philippe-Égalité, devenu en 1830 le roi Louis-Philippe Ier dut s’exiler en Angleterre après cette date. Pendant la révolution, le Palais royal, symbole de la famille régnante fut pillé par les révolutionnaires. Incendié pendant la commune de 1871, il fut restauré et devint l'un des palais de la République.

En 1875, le Conseil d’État s’y installa : il y est toujours. Il est aussi le siège du Conseil Constitutionnel et des bureaux du Ministère de la Culture. De même, depuis 1799, la Comédie Française joue dans la salle Richelieu du Palais Royal. Depuis 1985, l’œuvre des Deux Plateaux de Daniel Buren occupe la cour d’honneur du palais.

Les colonnes Buren

Dans La Pyramide de glace, Nicolas convoqué par le Duc de Chartres visite une partie des appartements privés du Palais-Royal :

« Il fut conduit par un laquais dans la galerie d’Enée qui terminait l’enfilade des appartements à la suite du grand salon. […] La beauté de l’ensemble divertit sa réflexion. Il admira les pilastres composites, la frise de la corniche ornée de consoles accouplées et de trophées, si bellement dorés, qu’ils semblaient de métal au lieu de bois. Il avança dans la galerie, s’arrêtant devant les quatorze tableaux de Coypel qui racontaient l’histoire du héros troyen. Il approcha de la cheminée ovale qu’il jugea l’une des plus magnifiques qu’il eut jamais vues : la tablette portait deux groupes d’enfants tenant des girandoles, le tout de bronze recouvert d’or moulu. »

En 1701, le nouveau duc d'Orléans (le futur Régent) avait commandé à Antoine Coypel une suite de peintures illustrant l'histoire d'Énée pour sa galerie du Palais-Royal, érigée entre 1661 et 1692. Thiery parle de cette galerie dans son Almanach du voyageur à Paris en 1783 (p. 349), ainsi qu'en :

« Le vaste plein pied des appartemens de ce palais se termine par cette grande galerie , où Antoine Coypel a représenté, en quatorze grands tableaux, les principaux événements de l'histoire d'Enée. Sept de ces tableaux forment le plafond de cette galerie. »

La visite de Nicolas en 1784 est donc vraisemblable car, selon d'autres sources de l'époque, la galerie n'a été détruite que vers 1787 :

VATOUT (JEAN) ET SAINT-ESTEBEN, Le Palais-Royal (souvenirs historiques jusqu'en 1847 son histoire et sa description), Paris, Didier, 1852, p.182 :
« On démolit successivement en 1787 et 1788 le grand corps de logis du Palais qui fermait le jardin des princes du côté du sud ; l'aile où se trouvait le salon d'Oppenort ainsi que la grande galerie de Goypel qui séparait ce jardin de la rue de Richelieu, enfin l'aile dite l'aile de la Chapelle qui le séparait de la seconde. »

DULAURE (ANTOINE), Nouvelle description des environs de Paris, Paris, chez Lejay, 1787, volume 2, p. 254 :
« Les changements projetés au Palais Royal et qu'on exécute sur les dessins de M. Louis, intéressent bien du monde […] En conséquence de ces changements, la galerie d'Énée dont le plafond était peint par Antoine Coypel, et la décoration sur le dessin d'Oppenord, est entièrement détruite ; mais par un moyen ingénieux, on a enlevé les peintures de ce plafond. »

Il faut cependant noter que le musée Fabre signale dans une notice sur Coypel que la dispersion des tableaux de Coypel est antérieure à 1787 :

Les morceaux de réception à l’Académie royale de peinture et de sculpture (Notice du Musée Fabre : cliquez pour y accéder)
« Coypel peint dans un premier temps la voûte entre le printemps 1703 et la fin de 1705 avec sept peintures dont le morceau central [...]. Puis entre 1714 et 1717, le duc d’Orléans lui demande sept autres grandes toiles destinées à orner le mur [...]. En 1778, les tableaux sont déposés avant la destruction de la galerie en 1781-83, puis envoyés au château de Saint-Cloud. À la Révolution, ils sont intégrés aux collections nationales. Trois sont déposés par le Louvre dans des musées de province : Enée et Anchise et La mort de Didon à Montpellier en 1803, Enée et Achate apparaissant à Didon à Arras en 1938, puis à Montpellier en 2005 à l’occasion de la rénovation du musée Fabre. Les autres sont toujours en réserve au Louvre ou détruits, comme le plafond. »

Enée et Achate apparaissant à Didon, par Coypel, Musée Fabre (Montpellier) - Source Wikimedia