Le Palais de justice
 
Vue du Pont au Change et du Palais de justice en 2010.
Vue du Pont au Change et du Palais de justice au XVIIIe siècle (Source Gallica)  
 

M. THIERY, L'Almanach du voyageur à Paris, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 485-490 :
« Commencé vers le neuvième siècle par les ancêtres de Hugues Capet, le Palais de la Cité fut successivement augmenté par les rois Robert, S. Louis et Philippe-le-Bel. Lorsque Charles V abandonna le Palais pour aller occuper l’Hôtel de S. Pol qu'il avait fait bâtir, ce n’était, dit M. de Saint-Foix, qu'un assemblage de grosses tours qui communiquaient les unes aux autres par des galeries, dont la vue s'étendait sur les villages d'Issy, Meudon et Saint Cloud. Son jardin, nommé jardin du Roi, occupait le terrain où sont aujourd'hui les cours Neuve et Lamoignon. Ce jardin, à l'endroit où est aujourd’hui la rue du Harlai, était séparé, par un bras de rivière, de deux petites îles que l'on joignit l’une à l'autre, et sur lesquelles on commença en 1608 à bâtir la Place Dauphine.
[...]
L'incendie du 10 Janvier 1776 ayant consumé toute la partie du Palais qui s'étendait depuis la Galerie des Prisonniers jusqu’à la Sainte-Chapelle exclusivement, il fut question d'abattre les décombres, et de faire dans cette partie un bâtiment dont la solidité annonçât l'importance. Nous allons en donner la description, d'après la note qui nous en a été communiquée par l’architecte qui en a conçu le plan.
[...]
Le bâtiment principal de la cour du Mai est flanqué de deux ailes formant galeries. Celle qui se prolonge sur le côté de la grande Salle s’appelle la Galerie Dauphine, terminée par un grand escalier à deux rampes, pour conduire à couvert dans la grande Salle dite des Procureurs. L’autre régnant le long de la Sainte-Chapelle contiendra deux sacristies, les pièces du Trésor et les archives, et a dans son rez-de-chaussée trois arcades qui communiqueront de la cour du Mai à celle de la Sainte-Chapelle.
Ces deux ailes ou galeries seront terminées par deux pavillons sur la rue de la Barillerie. Ces pavillons auront pour décoration à leur extrémité, quatre colonnes doriques, et s'aligneront aux Ponts au Change et Saint-Michel. Une grille de vingt toises de face, entre ces deux pavillons, fermera cette cour et laissera tout ce monument à découvert.
Les anciens bâtiments faisant l'enceinte actuelle du palais sur la rue de la Barillerie, étant abattus, formeront une place en avant de cette grille, où viendra aboutir la rue de la vieille Draperie. »

Au IVe siècle, l'île de la Cité était entourée d'un mur qui protégeait le grand castellum ou palatium, situé à la pointe occidentale de l’île. C’était au palatium que se trouvait le Tribunal du prétoire. À partir du IXe siècle, menacés par les attaques normandes, les rois carolingiens renforcèrent les remparts et transformèrent le palais en résidence royale. Robert II le restructura : à la pointe de l’île, une partie résidentielle s’ouvrait sur un jardin tandis qu’au nord-est du palais, étaient construites la Salle du Roi, l’Aula Regis, qui deviendra plus tard la Grand-Salle, ainsi qu’une Chambre du Roi. Une chapelle – la chapelle Saint-Nicolas – fut édifiée.

Chaque roi apporta sa touche au palais, mais c’est au XIVe siècle que furent réalisées les modifications les plus importantes. Entre 1242 et 1248, aussi élevée qu’une cathédrale gothique (36 mètres de long, 17 mètres de large, 42,5 mètres de haut sans la flèche) la Sainte-Chapelle s’éleva à la place de la chapelle Saint-Nicolas.

Louis IX fit aussi construire une salle sur l'Eau qui devait sans doute servir de salle de réception, le Grand Degré qui accédait à la galerie des merciers, laquelle permettait au roi d’aller directement de ses appartements à la Chapelle Haute de la Sainte Chapelle, ainsi que la fameuse Tour Bonbec, où l’on mettait les prisonniers à la question.

Le Palais de la Cité fut donc la résidence des rois de France jusqu’à ce que Charles V décide de s’établir dans l'hôtel Saint-Pol. Le Palais de la Cité ne fut pas délaissé pour autant. En 1370, Charles V demanda à un horloger lorrain, Henri de Vic, une horloge pour la tour nord-est : ce fut la première horloge publique de la capitale. En 1371, cette tour de l'Horloge reçut une cloche en argent. Le palais étant devenu un lieu de réception plutôt que de résidence, on créa l’emploi de concierge et le nom de « conciergerie » s'étendit à l'ensemble des bâtiments que ce concierge avait pour mission de surveiller : le logis du concierge, celui du roi et la prison attachée à l'exercice de la juridiction du concierge. À partir de 1381, le rez-de-chaussée de l'ancien palais royal fut utilisé comme prison. La conciergerie devint une annexe du Châtelet.

Le palais fut partiellement endommagé par plusieurs incendies. La salle des pas perdus en 1601, la Grand’Salle en 1618, la flèche de la Sainte Chapelle en 1630, et la Cour des comptes en 1737, durent être reconstruites. En 1776, sous le règne de Louis XVI, un incendie détruisit une grande partie du palais, de la Conciergerie à la Sainte Chapelle, ce qui entraîna un remaniement notable, que note Nicolas dans L’Année du volcan.  :

« Le Palais de justice avait brûlé en 1776, des prisonniers enfermés au-dessus de la conciergerie avaient allumé un feu afin de s’échapper à l’abri du désordre qui s’en suivrait. Les dommages pour le bâtiment furent considérables et la restauration venait juste d’être achevée. Il avait fallu un impôt spécial au prorata des capitations de tous les habitants. La décision avait occasionné grande rumeur et émotion. Nicolas constata qu’on n’avait pas encore complètement abattu les échoppes dont la ligne irrégulière resserrait la rue de la Barillerie et n’aurait permis l’entrée dans la cour du Mai que par les deux portes de l’ancienne ouverture gothique. Ces antiquités allaient faire place à une grille monumentale forgée et décorée dont Nicolas admira les prémices et la porte centrale déjà en place surmontée d’un globe à couronne, doré et fleurdelisé. La cour était flanquée de deux ailes d’ordre dorique formant galeries, l’une sur le côté de la Grand’Salle et l’autre le long de la Sainte Chapelle. »

La démolition du palais après l'incendie, par Charles Thierry (1777) - Source Gallica

La façade qui donne sur la Cour du Mai, à l'entrée principale du Palais, fut reconstruite entre 1783 et 1786 en style néo-classique avec colonnade et une grille monumentale en fer forgé très ouvragé, exécutée par le maître serrurier Bigonnet, fut placée à l’entrée.

C'est dans la cour du Mai que l’on exécutait certaines sentences du Parlement : ainsi que le décrit Jean-François Parot dans L’Inconnu du pont Notre-Dame, la comtesse de la Motte fut condamnée à y être battue et marquée au fer rouge, après l’affaire dite « du Collier» (1786)

 

Le Palais de Justice, dessin du XIXe siècle (source Gallica) La Sainte Chapelle, par Nicolas Ransonnette
XVIIe siècle - Source Gallica

Sous la Révolution, le Palais fut le siège du Tribunal révolutionnaire du 6 avril 1793 au 31 mai 1795.

Un nouvel incendie le 24 mai 1871 conduira à un nouveau chantier d’envergure en 1883.