La folie Monceau, folie du duc de Chartres
Vue des tentes turques du parc Monceau. Gravure de Jean-Baptiste Delafosse d'après Carmontelle (1779) - Wiikipédia

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 64-65 :
« Jardin anglais de S. A. S. Monseigneur le Duc de Chartres, à Monceaux. Ce jardin renferme quantité de choses curieuses, et n'est fermé du côté des champs que par un fossé, moyen peu dispendieux d'agrandir ses possessions, puisqu'il semble joindre les espaces extérieurs au terrain qu'on occupe. En face de l'entrée principale est une espèce de portique chinois qui sert d'entrée au jardin. Sous ce portique, on communique à gauche au pavillon du prince par une petite galerie couverte. Pareille galerie sur la droite rend au pavillon bleu, d'où l'on passe à une autre galerie qui mène à un pavillon dont tous les objets sont transparents, puis au pavillon jaune, de là aux serres chaudes que l’on traverse, et au bout desquelles on trouve un petit pavillon chinois orné de glaces peintes en arabesque, etc. Une de ces glaces s'ouvrant par le moyen d'un bouton, vous entrez dans le jardin d'hiver, fabriqué dans une vaste et immense galerie. Sa porte cintrée est décorée, de deux cariatides, qui soutiennent un entablement dorique. Derrière les arbres placés près de cette porte une statue de faune, tenant deux torches, éclaire l'entrée d'une grotte formant cabinet à l'anglaise. L'eau tombe en cascade sur les rochers qui sont auprès. Parmi les arbustes groupés sur ces roches sont des raquettes et des coraux factices, dont les tubes creusés servent à placer des bougies le soir. Toute, cette galerie, garnie d'un sable fin et rouge, est remplie d'arbres et d'arbustes en fleurs tout l'hiver, comme lilas, vigne de Judée, aburnum, noyers des Indes, bananiers, palmiers, cerisiers, cafiers, thés, cannes de sucre, etc. »

En 1778, le duc de Chartres fait aménager par le peintre, architecte et paysagiste Louis Carrogis dit Louis Carmontelle, un vaste terrain qu’il avait acheté à la fin de la décennie précédente dans le village de Monceau au nord de Paris. C’est l’origine de la "Folie" de Monceau, où se mélangent des bâtiments des civilisations antiques, musulmane, chinoise avec des éléments baroques (grottes, cascades et fontaines), sans oublier les références maçonniques, le duc étant grand-maître du Grand Orient de France. Le jardinier écossais Thomas Blaikie donne une touche britannique à ce jardin en 1783. bordercolor="#000066"
À gauche : "Ruines" dans le parc. Dessin de Champin (Édouard Charton, Le magasin pittoresque, Aux Bureaux d'Abonnement et de Vente, 1851)
À droite : les mêmes ruines en mai 2012.
La pyramide
et ses admirateurs en mai 2012
Ci-dessus, la pyramide. Dessin de Sargent
(Adolphe Joanne, Paris illustré, nouveau guide de l'étranger
et du parisien
, Paris, Hachette, 1863)

Le duc de Chartres-duc d’Orléans, devenu révolutionnaire, fait de sa "folie" un espace public en 1793. La ville de Paris, propriétaire de la moitié du jardin depuis le Second Empire, a demandé à Haussmann de l’organiser en renforçant son aspect anglais tout en conservant quelques bâtiments de Carmontelle comme la pyramide, la colonnade, la grotte et la cascade. L’autre moitié du terrain est lotie par le banquier Pereire pour permettre la construction des hôtels de la bourgeoisie industrielle, faisant du quartier l'un des plus riches de Paris.
Le jardin à l'anglaise (mai 2012)
La naumachie. Dessin de Champin (Édouard Charton,
Le magasin pittoresque, Aux Bureaux d'Abonnement et de Vente, 1851)