La ménagerie du roi, à Versailles

La ménagerie de Versailles prise du côté de Versailles, sous Louis XIV (Perelle)

La ménagerie de Versailles prise du côté de Saint-Cyr, sous Louis XIV (Aveline)

Gustave Loisel, Histoire des ménageries de l'antiquité à nos jours, Paris, Octave Doin et Henri Laurens, 1912, planches IX et XI.

GEORGES-LOUIS LE ROUGE, Curiosités de Paris, Versailles, Marly, Vincennes, Saint-Cloud et des environs, Paris, Libraires associés, 1778, tome 2, p. 220 :
« C'est un petit château bâti sur les dessins de J.H. Mansart, pour y prendre les plaisirs de la vie champêtre et de la solitude, où feue Madame la Dauphine de Bourgogne était fort souvent. On y renferme une quantité d'oiseaux et d'animaux curieux, et de toutes espèces les plus rares.
D'abord, vous vous rendrez, d'une première cour dans une seconde, où vous verrez un petit bâtiment en dôme de figure octogone, dont l'escalier conduit dans un salon magnifique, aux deux côtés duquel sont deux appartements que cette défunte princesse occupait par semestre.
Ce salon est octogone, tout doré, et rempli de glaces et de belles peintures : il y a autour un balcon de fer doré, d'où vous verrez les cours et les environs. Chaque appartement est composé de cinq pièces : celui d'été, qui est à droite, est orné de peintures d'une grande beauté, et d'un grand nombre de petits tableaux excellents. Celui d’hiver est à gauche, peint et orné de même. Descendez pour voir le dessous, c'est une fort belle grotte ; mais gardez-vous d'un jet d'eau tournant qui est au milieu, aussi bien que des sources qui donnent de l'eau jusque dessus les montées : il vaut mieux rire aux dépens d'autrui, qu'aux vôtres.
Après avoir vu les appartements, examinez la cour octogone : remarquez qu'elle est remplie d'un grand nombre de petits tuyaux souterrains ; lorsque l'on les sait jouer, ils forment une espèce de parterre de jets d'eau, qui donnent le plaisir de voir mouiller copieusement ceux qui ne s'en méfient pas.
Au bout de cette cour, vous en devez voir sept autres séparées par de grandes grilles : chacune de ces cours renferme différentes espèces d'animaux, et ce qui leur est nécessaire. Depuis la mort de Louis XIV, les environs de ce lieu ont bien changé ; les terres, quoique dans le grand parc, sont labourées et ensemencées.
La volière de la ménagerie est la plus belle et la plus magnifique de France, elle est toujours remplie d'oiseaux d'une singularité et d'une rareté extraordinaire. »

DEZALLIER D'ARGENVILLE, Voyage pittoresque des environs de Paris, (4e éd. corr. et augm.), Paris, Debure l'aîné, 1779, p. 150 :
« Ce pavillon est entouré de plusieurs cours grillées, destinées aux animaux de toute espèce que la ménagerie renferme. On dirait que l'Afrique a payé un tribut de ceux qu'elle produit, et que les autres parties du monde ont fait hommage au roi de ce qu'elles ont de plus rare et de plus singulier en animaux et en oiseaux.  »

L'un des premiers travaux que Louis XIV fit à Versailles fut l'aménagement d'une ménagerie tout près de l'ancienne ferme de Louis XIII, sur le chemin de Saint-Cyr. Confiée à Le Vau, la ménagerie commença à prendre forme dès 1663, avant même la percée du Grand Canal. Les sept cours dont parle Le Rouge étaient disposées en éventail autour d'une cour centrale. Ces cours étaient gazonnées et pourvues de bassins et de jets d'eau qui jaillissaient quand le roi venait se promener. La première cour était réservée aux cigognes. La seconde accueillit d'abord des grues de Numidie, les demoiselles, avant de devenir la Cour de la Volière. On ménagea dans la troisième un enclos pour les oiseaux d'Afrique, qui prit le nom de Cour des Pélicans. La quatrième, le Rond-d'eau, avait en son centre un bassin circulaire avec des poissons. Dans la cinquième cour, exposée au midi, vivaient des autruches, des hérons d'Égypte, de grandes aigrettes et des pintades. La sixième cour était la Cour des Oiseaux. La septième et dernière cour, appelée la Basse-cour, alimentait la table du roi en volailles, paons, moutons de Barbarie à grosse queue, sangliers etc.

La Cour des Pélicans (Gustave Loisel, Histoire des ménageries de l'antiquité à nos jours, Paris, Octave Doin et Henri Laurens, 1912, planche XIII.

La ménagerie fut d'abord, comme en témoigne le texte de Dezallier d'Argenville, un moyen pour Louis XIV de manifester sa puissance. En effet, il y exhibait les cadeaux que lui avaient faits différents souverains, tel l'éléphant donné par le roi de Portugal en 1668 – qui mourut en 1681 – ou les trois crocodiles offerts en 1687 par le roi de Siam. Colbert acheta en outre d'autres animaux à la Compagnie des Indes et confia à des savants la mission de ramener des animaux rares de leurs lointains voyages. Aussi des personnes de haut rang, venues de toute l’Europe, visitaient-elles cette ménagerie pour y admirer, outre l'éléphant mentionné plus haut, un dromadaire, des autruches, mais aussi des oiseaux-mouches, des colibris et des perroquets. La ménagerie était par ailleurs le lieu de prédilection des artistes et des scientifiques, qui s'y rendaient pour observer au naturel ces curiosités exotiques.
En 1698, Louis XIV fit agrandir la ménagerie par Jules Hardouin-Mansart et l'offrit à l'épouse du dauphin, la duchesse de Bourgogne Marie-Adélaïde de Savoie, alors âgée de treize ans.
Sous la Régence, la ménagerie fut laissée à l’abandon, bien qu’en 1722 on y introduisît un nouvel éléphant et quelques animaux sauvages, dont un lionceau et un tigre, offerts par le comte de Maurepas au jeune Louis XV, alors âgé de douze ans. Cependant, Louis XV ne manifesta guère d’intérêt par la suite pour cette ménagerie et c'est dans le salon de Mercure que lui étaient présentés les animaux qu'on continuait de lui envoyer. Seuls les peintres se rendaient encore, comme sous Louis XIV, à la ménagerie pour y peindre les animaux d'après nature, tel J.-B. Oudry qui peignit ainsi, entre autres, entre 1739 et 1753, un « Bouquetin de Barbarie », un « Tigre dans sa loge » avec des dogues excitant l'animal à travers la grille, un « Léopard », et un « Loup-cervier assailli par deux bouledogues ».

Le 22 décembre 1769, un rhinocéros, originaire d’Assam ou de la partie nord du Bengale, fut embarqué à bord d'un navire de la Compagnie des Indes, le Duc de Praslin. Offert à Louis XV, il fut exposé dans la ménagerie de Versailles de 1770 à 1793, date à laquelle il mourut des suites d'un coup de sabre. Son corps fut transféré au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, où il fut empaillé et où on peut encore le voir.

Ci-dessus, la loge d’une panthère en 1739, d’après un tableau d'Oudry
(Gustave Loisel, Histoire des ménageries de l'antiquité à nos jours, planche XVI)

Ci-contre Clara, le rhinocéros femelle, qui fut exhibé dans tous les pays d'Europe de 1743 à 1758 et qui fut peint par Oudry en 1750. Ici, il est dessiné par De Sève et gravé par C. Baquoy : illustration dans Buffon, Histoire naturelle générale et particulière avec la description du cabinet du roy, Paris, imprimerie royale, 1754, t. XI. Pl. 7, p. 202 - Source Gallica

En dépit d'un personnel assez fourni un concierge, qu'on appelait encore gouverneur, un inspecteur, un suisse, un jardinier, huit gardiens d'animaux et un garde-chasse –, la ménagerie périclite : les bâtiments tombent en ruine et les animaux vivent dans la saleté.

À la révolution, bon nombre d'animaux furent ou remis en liberté ou livrés aux écorcheurs pour nourrir le peuple et c'est grâce à Bernardin de Saint-Pierre que les derniers animaux qui avaient survécu à Versailles furent transférés au Muséum.