Marly
Le château de Marly au XVIIe siècle (Gallica) La machine de Marly en 1750 (Gallica)
 

Jean-Aymar PIGANIOL DE LA FORCE , Description de Paris, de Versailles, de Marly, de Meudon, de S. Cloud, Paris, Chez la Veuve Delaulne, 1736, tome II, p. 610-12 :
« Ce palais est composé d'un grand pavillon isolé et de douze petits, six d'un côté et six de l’autre. […] Les petits pavillons sont joints les uns aux autres par des berceaux qui se terminent à deux petits pavillons de treillage qui sont derrière le château. Tous ces pavillons servent de logement à des personnes de qualité. Ils n'ont rien de particulier, mais dans les deux derniers on voyait les deux globes dont feu le cardinal d’Estrées avait fait présent au Roi Louis XIV, après la mort duquel ils furent transportés à Paris. […] La grande cascade était proprement une rivière qui en tombant de fort haut formait des nappes larges et parfaitement belles. Au bas il y a plusieurs bassins ornés de groupes de figures, etc. Le côté du parterre qui est en face du grand pavillon, offre une vue très belle et très étendue. On descend de là dans un second parterre qui est orné de statues de marbre, et au milieu duquel est un beau bassin que l'on nomme la Fontaine des quatre gerbes. […] La cascade rustique descend d'une montagne fort rapide au haut de laquelle est un grand bassin du milieu duquel s'en élève un petit de métal doré, porté par trois tritons. […] La machine pour élever les eaux est sur la rivière de Seine entre Marly et la Chaussée. C'est un ouvrage unique dans fon espèce. Elle est composée de quatorze roues, sept sur le devant et autant sur le derrière. Ces roues ont chacune deux manivelles qui sont attelées à treize grandes chaînes, à sept petites, et à huit équipages qui mènent soixante et quatre corps de pompes sur la rivière, soixante et dix-neuf à mi côte, et quatre vingt-deux au puisard supérieur. Ces deux cent vingt-cinq corps de pompes font monter les eaux sur une tour qui est à six cent dix toises de la rivière. L'eau étant dans la tour, entre dans l'aqueduc qui a trois cent trente toises de long ; et de là est conduite par deux tuyaux de fer de dix-huit pouces, jusqu'aux réservoirs de Marly, qui en sont éloignés de trois cent cinquante toises. »

Le domaine de Marly, rebaptisé Marly-le-roi, fut acheté en 1676 par Louis XIV, qui y fit construire par l’architecte Jules Hardouin-Mansart et son élève Robert de Cotte un château plus intime que Versailles et surtout moins soumis à l’étiquette. Le séjour à Marly, dans l’intimité du roi et de sa famille, était très recherché par les courtisans mais peu y étaient invités. Le jardin et surtout les bassins et les cascades alimentés en eau par un aqueduc et la machine de Marly, servaient de cadre aux loisirs du roi et de sa centaine d’invités.

L'aqueduc de Marly par Cécile Marchand, vers 1780 (Gallica)

Le roi et sa famille habitaient le pavillon central tandis que les invités séjournaient dans l'un des douze pavillons répartis de part et d’autre du grand canal. Ainsi que le mentionne Piganiol de La Force, deux de ces pavillons accueillaient au début du XVIIIe siècle les globes de Coronelli représentant la terre et le ciel.

Louis XV et Louis XVI appréciaient peu le lieu. Le premier fit démolir la grande cascade dont les marbres servent à la construction d’églises parisiennes. Dans L'Enquête russe, le comte et la comtesse du nord visitent Marly, ce qui donne lieu en revanche à une description enthousiaste sous le regard de Nicolas (JCLattès, 2012, p. 430) :

« Marly avait les honneurs de la curiosité grand-ducale ; Nicolas retrouvait avec plaisir un lieu découvert jadis lors d’un des rares séjours du feu roi, qui ne l’appréciait pas. Pour le coup, l’éblouissement avait été immédiat. L’homme du roi et de l’État aimait la grandeur écrasante de Versailles, l’homme privé goûtait Marly, dont la splendeur n’accablait pas. L’hôtel du grand roi et ses douze pavillons aux façades en trompe-l’œil ordonnaient familièrement les eaux et la végétation autour d’eux. Jardins, terrasses et bosquets offraient l’image d’une harmonie simple et sans apprêts, d’une symphonie entre l’élégance des bâtiments et l’enjouement de la nature. Partout les eaux étaient présentes, en pièces, bassins, cascades et abreuvoirs, et si proches, et si humaines, que de beaucoup d’endroits on entendait le saut des carpes. Ces poissons gigantesques avaient-ils connu Louis XIV ? Les écailles multicolores de ces monstres bienveillants étincelaient au soleil de juin. C’était un mélange de bleu, de jaune, de blanc et d’or, des joyaux vivants et agités. Nicolas songeait que tout homme, fût-il le plus grand roi du monde, avait droit à une retraite, à un refuge aimé. Marly s’imposait comme le théâtre favori des fuites de l’esprit, du repos de l’âme et du rêve. Ici s’adoucissait la rigide étiquette et le monarque, libéré, pouvait écarter les atours obligés et s’en remettre à son choix souverain. Ici Louis faisait retour sur lui-même, tout y concourait. Une nostalgique émotion submergeait Nicolas, alors qu’en l’honneur du grand-duc, les eaux jouaient et s’élevaient en crépitant. Bientôt un arc-en-ciel se forma au-dessus des bassins, suscitant des murmures d’admiration. Il songea à Ranreuil, à son granit et à ses bruyères, à ses marais et aux vents du libre océan. »

Pillé par les révolutionnaires en 1789, le château fut vendu comme bien national et démantelé par son propriétaire, un industriel parisien. Napoléon Ier racheta le parc en 1811.