L'église de la Madeleine

L'église de la Madeleine dans la première moitié du XIXe siècle

Dans Le Magasin pittoresque,
Paris, Aux bureaux d’abonnement et de vente, 1834, volume 2

A Paris chez Basset, 1840 - Source Gallica
 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome 1, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 90-94 :
« Paroisse de la Madeleine de la Ville-l’Évêque [La Ville-l'Évêque était un bourg où les évêques de Paris avaient un séjour ou maison de plaisance, des granges, terres, dîmes, etc.]
Cette église, qui n'était originairement qu'une chapelle succursale de Saint-Germain-l'Auxerrois, fondée par Charles VIII, fut érigée en paroisse en 1639 et rebâtie en 1660. Elle ne contient rien qui soit dans le cas de mériter l'attention des curieux. L'orgue a été réparé et augmenté, en 1784, par le sieur Somer le jeune. Ce faubourg, s'étant considérablement augmenté et cette église devenue insuffisante pour le nombre de ses paroissiens, Louis XV ordonna par lettres-Patentes du 6 février 1763 la construction d'une nouvelle église paroissiale dont nous allons donner la description ci-après. [...]
Louis XV ayant ordonné la construction d'une nouvelle église paroissiale pour le faubourg Saint--Honoré, dont l'ancienne église était devenue beaucoup trop petite relativement à l'étendue de son territoire, la conduite et l'inspection en furent confiées au feu sieur Contant d'Ivry premier architecte de Monseigneur le Duc d’Orléans, et architecte du Roi. La bénédiction du terrain, choisi pour remplacement de cette église, se fit le 3 Avril 1764. Les travaux, commencés immédiatement après sur les plans et dessins de cet artiste, furent continués jusqu’à sa mort, arrivée en 1777. Sa Majesté Louis XVI, par Arrêt de son conseil du 7 Février 1777, chargea pour lors M. Couture le jeune, l’un de ses architectes, et de son Académie royale d'Architecture, de la conduite et des travaux de cette église, et en même temps de dresser un nouveau plan pour satisfaire aux représentations qui lui avaient été faites par le curé de la Madeleine sur l’insuffisance des proportions de la nef, et remédier aux inconvénients ; ce qui a donné lieu au changement de décoration pour le portail, et à différentes parties de l'intérieur de l'église, en conservant le plus possible les constructions déjà faites. Ce monument, qui doit terminer la vue de la place de Louis XV par la rue Royale, présentera un aspect magnifique, qui ajoutera encore à la beauté de cette place et des bâtiments qui l’environnent. »

 

Le déplacement de la Madeleine de 1771 (Plan de Vaugondy) à 1775 (Plan de Jaillot).

Jean-François Parot évoque de façon dramatique le cimetière de la Madeleine et la vieille église dans Le Fantôme de la rue Royale. Les victimes de la catastrophe sont exposées dans le cimetière de la Madeleine tandis qu’« une foule morne et dense » se presse aux abords du cimetière et que « les cris et les pleurs des familles », lugubres, s’élèvent dans l’église.

L’église était au début – hors les murs – celle d’une paroisse de faubourg, le faubourg de la Ville-l’Évêque sur lequel l’évêque de Paris exerçait sa suzeraineté depuis le haut-Moyen-âge. Une première chapelle avait été construite au XIIIe siècle. Elle fut remplacée en 1492 par une chapelle dédiée à Sainte Madeleine, Sainte Marthe et Saint Lazare. Cette chapelle, devenue église, fut agrandie dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. C’est à cette église que fait référence Jean-François Parot dans Le Fantôme de la rue Royale. Elle ne fut démolie qu’en 1801. Devenu un quartier de Paris en 1722, le faubourg est profondément remanié par la construction de places et l’ouverture de la rue Royale. C’est à l’extrémité de cette rue, sur l’emplacement d’un hôtel, qu’est décidée la construction de la nouvelle église.

Thiéry explique bien les vicissitudes des débuts de la construction, avec la mort du premier architecte et le changement de plan en 1777. Guillaume-Martin Couture dit « le Jeune », s’inspira alors du projet de Jacques-Germain Soufflot pour l'église Sainte-Geneviève. La Révolution arrêta le chantier et les sous-sols furent loués à un marchand de vin. On envisagea un temps d’y construire la bibliothèque nationale ou un nouvel opéra. Les projets pour les bâtiments se multiplièrent au début du XIXe siècle. Napoléon Ier voulait y installer la Banque de France et la Bourse avant d'y envisager un temple à la gloire de ses armées en 1806, projet abandonné en 1812, où l'on revint à celui d’une église. L’architecte de Napoléon, Alexandre-Pierre Vignon, élève de Claude-Nicolas Ledoux, donna au bâtiment l’aspect d’un temple gréco-romain. Le retour des Bourbons ne changea rien au projet napoléonien et Vignon continua son chantier, ralenti par manque d’argent. Quant à Louis-Philippe Ier, il envisagea de transformer l’église en gare avant de reprendre en 1845 le projet initial.

La Madeleine en mai 2012.
Perspective sur les marches de la Madeleine (mai 2012)