Le Jardin du Roi
Le cèdre du Labyrinthe, par Jean-Baptiste Hilair (1794) - Gallica

 

Le belvédère dans le Labyrinthe du Jardin des Plantes au XVIIIe siècle - Gallica

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome II, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 172, 178, et 179 :
« JARDIN ROYAL DES PLANTES ET CABINET D’HISTOIRE NATURELLE DU ROI. En continuant la rue Censier, qui communique à celle du Jardin du Roi, et remontant cette dernière, on trouve à droite la grille formant la principale entrée du Jardin Royal des Plantes. Le cabinet d'histoire naturelle occupe les bâtiments qui sont sur la droite de cette cour : ils vont être augmentés pour lui donner plus d'étendue.
Ce cabinet est ouvert au public les mardis et jeudis après midi, depuis la St. Martin jusqu’à la St. Louis. Une grille en annonce l'entrée : sur le premier palier de l’escalier qui conduit aux salles qui composent ce cabinet, se voit la statue en marbre du Pline français, M  le comte de Buffon, intendant des Jardin et Cabinet de Sa Majesté : cette statue, commandée par le roi, a été sculptée par M  Pajou, sculpteur du roi, professeur et trésorier de l'Académie Royale de peinture et sculpture. [...]
La galerie qu'on va construire, est destinée à recevoir tous les squelettes des animaux dont M. de Buffon a fait la description dans son Histoire naturelle. Cette galerie aura 64 pieds de long sur 50 de large.
Tout attache dans ce cabinet, où tout porte l’empreinte du génie de l'historien sublime de la nature : et on ne peut le quitter sans admirer l’ordre et l'arrangement qu'y a mis M. Daubenton, M. le comte de Buffon, de l'Académie Française, trésorier de l'Académie Royale des Sciences, membre des Académies de Londres, de Berlin, de l’Institut de Bologne, de Florence, d'Édimbourg, de Philadelphie etc., etc, intendant du Jardin et du Cabinet, loge dans le bâtiment neuf qui est au fond de la cour à droite. [...]
Guy de la Brosse, médecin de Louis XIII, ayant le projet de former un jardin pour la culture particulière de la botanique, eut le talent d'engager ce prince dans cette vaste entreprise. Ayant obtenu, le 15 Mai 1635, des lettres patentes pour l’établissement du Jardin Royal, il fit l’acquisition des terrains en 1636, et fit construire les logements nécessaires et les halles convenables pour les démonstrations de botanique, de chimie, d'anatomie et d’histoire naturelle. »

En créant le Jardin royal, Guy de la Brosse, médecin de Louis XIII, avec une idée toute simple, à savoir cultiver des plantes médicinales pour soigner le roi, d’où la première appellation du jardin : "Jardin royal des plantes médicinales". En 1635, le roi finança l’achat du terrain et d’un château dans des espaces agricoles du faubourg St. Victor, à l’extérieur des limites de Paris : le jardin fut inauguré cinq ans plus tard.

Le créateur du jardin voulait aussi en faire un lieu d’enseignement de la médecine : aussi fit-il venir des professeurs de Montpellier, où une médecine moderne était enseignée. L’Université de Paris, mécontente, s’opposa à la délivrance de diplômes, ce que le roi accepta.

Sous Louis XIV, Colbert continua de financer le jardin dirigé par le botaniste Guy-Crescent Fagon, petit-neveu de Guy de la Brosse. Le roi fit construire une galerie où il déposa les collections de son propre cabinet de curiosités. Des explorateurs alimentèrent le jardin en plantes dont certaines, tropicales, furent acclimatées.

Sous la Régence, le jardin prit le titre de Jardin royal des plantes. Le deuxième véritable fondateur du jardin et du cabinet fut Georges-Louis Leclerc de Buffon, nommé intendant du jardin en 1739 jusqu’à sa mort, en 1788. Buffon était un véritable savant, : le titre de Pline français, que l'on trouve sous la plume de Thiéry, lui va très bien puisqu’il publia trente-six volumes de son Histoire naturelle. Buffon agrandit le jardin et continua de bâtir de nouveaux bâtiments : entre autres, une serre et un amphithéâtre.

L'amphithéâtre du Jardin du Roy et la nouvelle serre prise du Jardin de Botanique, par Jean-Baptiste Hilair, 1794 - Gallica

Quant au Labyrinthe, dans lequel Nicolas attend Semacgus dans Le Noyé du Grand Canal, c'est une butte qui domine le Jardin des Plantes. On y trouve le premier cèdre du Liban introduit en France et planté en 1734 par Bernard de Jussieu. En juillet 1783, dans L'Année du volcan, Nicolas revient se promener dans le Jardin du roi car il aime ce lieu, et particulièrement le « kiosque à belvédère de fer, au couronnement pyramidal » :

« Une sphère dominait le tout dans laquelle était suspendu un globe terrestre qui servait de marteau pour annoncer midi. Il aimait à l’heure précise voir le mécanisme mis en branle par le contrepoids libéré grâce à la rupture d’un fil de crin consumé par les rayons d’une loupe inclinée aux diverses hauteurs du soleil. Nicolas fut cependant déçu. L’astre était présent, on distinguait à l’œil nu son orbe rougeâtre voilé par un brouillard diffus qui baignait la ville d’une aura sanglante. Aucun rayon n’atteignit la lentille et midi ne fut point sonné. Il erra ensuite dans le jardin, s’émerveillant à chaque pas que les terres les plus lointaines fussent représentées sur la scène parisienne par toutes les plantes acclimatées. Il admira surtout un cèdre du Liban d’une grandeur prodigieuse et, dans l’une des serres chaudes, des cierges du Pérou qui venaient de fleurir. »

Buffon s’était en effet entouré d’une équipe de naturalistes voyageurs qui sillonnaient le monde pour de nouvelles découvertes, le plus connu étant Joseph de Jussieu qui parcourut le Pérou. Louis Jean-Marie D’Aubenton, dit Daubenton, natif de Montbard en Bourgogne et ami d’enfance de Buffon, seconda ce dernier dans l’organisation des collections, ce que note aussi Thiéry.

Les seuls titres de Buffon suffisent à montrer le rayonnement du Jardin et de ses savants. La Révolution s’intéressa au Jardin et voulut en faire un instrument d’éducation au service du public et un lieu de recherche scientifique. Dans ce cadre, en 1793, la Convention créa le Muséum national d’histoire naturelle, pourvu désormais d’un directeur. Sous l’impulsion d’Etienne-Geoffroy Saint-Hilaire, les animaux vivants entrent dans le Muséum et un zoo est créé.

De nouveaux bâtiments furent construits pour accueillir les multiples collections tout au long des XIXe et XXe siècles.

Le musée du Jardin des Plantes, par Augustus Charles Pugin (XIXe siècle) - Gallica