Les Invalides

Une conception proche de celle de l'Escurial. Google Earth (21/7/2010)

Ci-contre les Invalides, dans Dulaure,
Histoire physique, civile et morale de Paris depuis les premiers temps historiques jusqu’à nos jours,
Paris, Guillaume et compagnie, 1829, tome IV, après la page 170.

 

 

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome II, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 609-610 :

« HÔTEL ROYAL DES INVALIDES.

Henri IV avait projeté de former un établissement pour pourvoir à la subsistance et au logement des officiers et soldats blessés au service de leur patrie. Ils furent d'abord placés rue de l’Oursine, dans la maison de la Charité chrétienne.

Louis XIII destina le château de Bicêtre pour remplir cet objet. Il y fit faire en conséquence en 1634 des bâtiments considérables, et cette maison fut appelée la Commanderie de Saint Louis. Sa mort empêcha le succès de cette entreprise et Louis XIV disposa de cette maison en 1656 en faveur de l'Hôpital-Général. Environ dans le même temps, M. et Madame Berthelot avaient fait bâtir une maison assez spacieuse rue de la Lune, à la Ville-Neuve, qu'ils consacrèrent pour recevoir 50 soldats malades. Il y avait aussi dans la rue de Sèves un hôpital pour quelques soldats estropiés mais ce prince crut avec raison donner un nouveau degré de splendeur à son règne, en faisant élever en faveur des militaires pauvres, âgés et blessés, un monument digne de sa grandeur et de sa piété. Il donna ses ordres pour l’acquisition d'un terrain convenable, et affecta les fonds nécessaires pour les édifices et pour la dotation de cet établissement, par Arrêt de son Conseil d'État, du 12 Mars 1670. Les fondements en furent jetés le 30 novembre de l'année suivante. Ce monument, qui suffirait seul pour rendre immortelle la mémoire de ce monarque, tant par sa grandeur que par sa magnificence, est un asile honnête et assuré pour les officiers et soldats blessés et hors d'état de servir.

On y compte environ 3 000 hommes, tous bien nourris et bien entretenus. Deux compagnies détachées de cent hommes chacune y montent journellement la garde.

Ce qui a constitué d'abord une partie des revenus de ce glorieux établissement mérite d'être remarqué. Elle venait de ce que l’on appelait autrefois Oblats. Ces Oblats, fort anciens dans l’Église, étaient des Moines-Lais que le Roi mettait dans chaque abbaye de sa nomination, pour y être nourris et entretenus ; et c'était pour l'ordinaire des soldats estropiés. Cet entretien fut converti en pensions que payaient les abbayes et ces pensions furent appliquées à l'Hôtel des Invalides. On y ajouta ensuite les 3 deniers pour livre sur toutes les dépenses de la guerre.

Louis XIV eut toujours beaucoup d’affection pour l’Hôtel Royal des Invalides ; il s'y transporta souvent pendant son règne : c'était son objet favori, et il voyait avec complaisance l'Europe y applaudir. Il conserva ces sentiments jusqu’au dernier soupir. »

C’est donc par un édit royal du roi Louis XIV, le 24 février 1670, qu’a été décidée la construction de l’Hôtel des Invalides, lequel devait servir de refuge aux vieux soldats de ce monarque belliqueux. Le but n’était cependant pas seulement humanitaire. Si l'édifice devait protéger « ceux qui ont exposé leur vie et prodigué leur sang pour la défense de la monarchie » afin qu'ils passent, comme le dit le texte royal, « le reste de leurs jours dans la tranquillité », il répondait aussi à une vision sécuritaire que mettent en valeur les romans de Jean-François Parot : ces vieux soldats, blessés et estropiés, étaient en effet le plus souvent de tous les mauvais coups et présentaient un risque que la police signale à plusieurs reprises dans ses rapports. Leur intégration dans les abbayes ayant échoué, il ne restait plus au monarque qu’à les loger, d’autant qu’un traitement plus humain de ces invalides lui assurerait de nouveaux soldats, si utiles à ses nombreuses guerres.

Louvois confie la construction de l’Hôtel à l’architecte Libéral Bruant, dans un espace encore peu urbanisé, la plaine de Grenelle. L’organisation des quatre cours autour d’une cour centrale plus grande copie en fait le plan de l’Escurial, le palais-monastère bâti un siècle auparavant par Philippe II d’Espagne aux environs de Madrid. Les travaux sont rapidement menés, de mars 1671 à 1674, et les premiers invalides sont hébergés en octobre 1674, les officiers ayant droit à une chambre individuelle tandis que les soldats logent dans des dortoirs de cinq ou six lits. L’Hôtel accueillera jusqu’à 4 000 invalides au milieu du siècle des Lumières. Les invalides doivent travailler dans des ateliers intégrés à l’Hôtel : ils fabriquent des uniformes, des souliers, des tapisseries. L’ordre et la discipline gardent toute leur rigueur militaire.

 

C’est en traversant à cheval leur esplanade zébrée d’éclairs, que Nicolas Le Floch est en quelque sorte foudroyé par la beauté des Invalides : « il se surprit à aimer Paris », conclut le narrateur (L’Énigme des Blancs-Manteaux).