L'Île Louviers

 

Illustration de Description de Paris, par Jean-Baptiste Scotin (Gallica)

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome II, Paris, Hardouin et Gattey, 1785, p. 298 :
« Elle sert aux marchands de bois pour les chantiers. »

SAVARY DES BRÛLONS (Jacques) et SAVARY (Philémon-Louis), Dictionnaire universel de Commerce Jacques Savary, Freres Cramer & C. Philibert, 1750, Volume 1, p. 830 (article « Chantier ») :
« [Les] marchands de bois, outre les chantiers attenant leurs maisons, qu'ils ont en plusieurs lieux de la Ville de Paris, pour les bois légers, ont aussi un lieu au dessous de l'Arsenal, au bout du quai des Célestins, où ils font aborder, & gardent les bois carrés trop pesans, & trop incommodes pour être transportés; comme sont les poutres, poutrelles, poinçons, pannes, chevrons, sablières, &c. Ce lieu s'appelle L'Ile Louviers. On y entre par un pont de bois, qui porte d'un bout sur le bas du quai des Célestins, & de l'autre sur l'Ile. »

L'île Louviers (ou Louvier) n'existe plus car elle a été rattachée à la rive au XIXe siècle.

L'ile a porté aussi le nom d’île aux Javiaux : le mot désignait un amas de sable et de limon. Le nom de Louviers vient de son propriétaire au début du XVe siècle, le prévôt des marchands Nicolas Louviers. Elle n’était pas bâtie et a longtemps servi de pâturage avant d’être, en 1700, achetée par la ville pour servir d’entrepôt pour le bois de chauffage.

Île Louvier [sic], par Martial (1839) - Gallica

Elle se situait dans la continuation de l’île Saint-Louis vers l’amont de la Seine. Le pont de Grammont, dont il est question dans le texte cité ci-dessus, reliait l’île à la berge par-dessus le bras de la Seine appelé bras de Grammont. C’est là, à l’Arsenal, à proximité du pont, que le carrosse de Louis XVI attend Nicolas dans La Pyramide de glace. C'est l'occasion pour Nicolas de décrire au souverain le commerce du bois de chauffage destiné aux Parisien:

« Le gros bois arrive par voie d’eau. Des charrettes viennent chercher les commandes et les transportent en ville. Cependant, Sire, rien n’est garanti à l’acheteur. Il faut quelquefois qu’il escorte lui-même le convoi, car le chapardage commence dès le chantier et se poursuit tout au long des rues au profit des boulangers, rôtisseurs et tenanciers de tavernes qui profitent de l’aubaine. »

Détail du tableau d’Antoine Perrot, conservé au Carnavalet : Vue de l’île Louviers ; effet de neige (1830) Source Wikimedia

Pour l’heure, le bois entreposé est abandonné sous la neige.

C'est le comblement du bras de Grammont qui rattacha définitivement l’île à la berge en 1843 .