L'hôtel de Besenval (ou Chanac de Pompadour)

L'hôtel Chanac de Pompadour (sous la neige), qui fut aussi l'hôtel du baron de Besenval, abrite l'ambassade de Suisse depuis 1938.

M. THIERY, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome II, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, p. 578-579 :
« En rentrant dans la chambre à coucher, et traversant le grand cabinet, on arrive à une galerie que vient de faire construire M le Baron de Bezenval, pour y rassembler les tableaux qui composent sa collection. Cette galerie est éclairée par le haut.
De cette galerie on passe dans une espèce de vestibule, éclairé aussi du haut. On y trouve en face une statue de bronze de cinq pieds de proportion, représentant l'Amour ; et à droite, deux bustes aussi de bronze, posés sur des gaines. On descend à gauche dans le souterrain par un charmant escalier. Un grand bas-relief, placé sur le côté de cet escalier, entre deux bustes de marbre blanc, représente des femmes au bain. Au-dessous dans une niche d'un quarré-long, est placé un taureau antique exécuté en marbre bleu turquin.
L'escalier est remarquable par la justesse de son appareil ; il est en pierre à marches découpées, et paraît se soutenir en l'air, sans être pour ainsi dire porté par rien ; il conduit à un autre vestibule souterrain qui sert d'antichambre à une délicieuse salle de bain. On trouve dans ce second vestibule une belle table de marbre de rapport, et un vase de porphyre sur un cippe de pareille matière. L'inscription que l'on lit sur le mur, annonce que ces vestibules, l'escalier et la salle de bains ont été construits sur les dessins et conduite de M. Brongniart, architecte du roi. »

Construit en 1704 pour l’abbé Pierre de Chanac de Pompadour par l’architecte Pierre-Alexis Delamair, l'hôtel dans lequel Nicolas rencontre le baron de Besenval prit d'abord le nom de son premier propriétaire : hôtel Chanac de Pompadour. C'est en 1767 qu'il fut acheté à la maréchale de Luxembourg par Pierre-Victor de Besenval, « Lieutenant-général des armées du roi, Grand-Croix, Commandeur de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, Inspecteur général des Gardes-Suisses, et Honoraire Amateur de l'Académie royale de Peinture et Sculpture » (Thiéry, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, tome II, p. 574).

Le baron Besenval confia à l’architecte Brongniart l'aménagement d'une salle à manger. En 1782, il fit aussi construire, par le même architecte, la salle de bain dont parle Thiéry. Celle-ci, aménagée en sous-sol, était ornée de nymphes antiques sculptées par Clodion. Elle était, aux dires de Weber, le frère de lait de Marie-Antoinette, devenue dans la capitale une véritable curiosité. Cependant, si sa baignoire était alimentée en eau chaude, le sous-sol, lui, était glacial : aussi les mauvaises langues alléguèrent-elles qu'elle n'avait servi qu'une fois, ayant provoqué la mort par pneumonie d'un soldat suisse qui s'y était plongé. Les bas-reliefs de Clodion sont actuellement exposés au musée du Louvre, dans l’aile Richelieu.

Élément du décor de la salle de bains de l'hôtel du baron de Besenval : Pan poursuivant Syrinx sous le regard de l'Amour, par Clodion.
Conservé au Louvre (base Joconde)

Au XVIIIe siècle, l'hôtel du baron Pierre-Victor de Besenval – ou Bezenval – était du reste très célèbre par les collections qu'il abritait et dont Thiéry fait un inventaire exhaustif dans son Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris. La passion de Besenval pour les œuvres d'art était telle que, pour préserver celles qu'abritait son hôtel, il ne tenta pas de s'opposer aux révolutionnaires.

À sa mort, en 1791, ce fut son fils naturel, le maréchal de Ségur, qui hérita de cet hôtel.

Au cours du XIXe siècle, l’hôtel fut habité par de hauts personnages tels que les descendants de Lucien Bonaparte, frère de Napoléon 1er, entre 1855 et 1870. C’est à cette époque que l’hôtel fut surélevé d’un étage par l’architecte Chabrier.

Ses bâtiments de l’avenue Hoche étant devenu trop petits, l’Ambassade de Suisse en France acquit l’hôtel en 1938. Dix ans auparavant, en 1928, la façade sur le jardin, la décoration de la chambre à coucher, ainsi que la décoration de la salle à manger et du cabinet étaient inscrits aux Monuments Historiques.